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Québec mène une chasse-aux-sorcières contre les personnes sur l’aide sociale

Par Louis Girard
9 janvier 2015

Le gouvernement libéral du Québec tente d’effectuer un profond changement dans les rapports de classe par de brutales mesures d’austérité. En multipliant ses abus administratifs contre les gens sur l’aide sociale, les personnes les plus vulnérables de la société, le gouvernement Couillard donne le ton à la campagne que mène toute l’élite dirigeante canadienne contre la classe ouvrière.

Dans un article paru fin décembre, le journal La presse a rapporté qu’une bénéficiaire de l’aide sociale, qui mendiait pour compléter ses maigres revenus, s’est faite réclamer plus de 25.000$ par le Ministère de l’emploi et de la solidarité sociale (MESS) pour avoir omis de déclarer ses revenus de mendicité. Selon la loi qui régit l’aide sociale, la réclamation touche également le conjoint de la femme en question.

Le Tribunal administratif du Québec (TAQ), qui s’occupe des cas de litiges avec des instances gouvernementales, a défendu sa décision en disant que le couple avait «l'obligation de déclarer toutes formes de revenus susceptibles d'influer sur le montant d'aide auquel ils avaient droit». Le MESS a froidement calculé la réclamation à partir des 40$ à 60$ par semaine que la dame, suite à une enquête menée par le Ministère, a dit recevoir en mendiant.

Dans un autre épisode survenu en mai dernier, le TAQ a donné raison au MESS en lui permettant de réclamer 4.500$ à une mère de famille qui avait économisé 15.000$ depuis 1996 pour les frais d'études postsecondaires de sa fille, née la même année. Le TAQ a déclaré que la mère, qui a bénéficié de l'aide sociale de 2005 à 2008, aurait dû épuiser ce montant avant de demander de l'aide sociale.

De nombreuses mesures similaires pourraient être mentionnées. L’automne dernier, après avoir reculé sur les coupes annoncées au programme de congé parental suite à un tollé populaire, le gouvernement Couillard a annoncé qu’il irait chercher une partie des coupes qu’il souhaitait réaliser dans les poches des prestataires d’aide sociale. Brandissant le spectre des assistés sociaux supposément «en vacances dans le Sud», le gouvernement envisage aussi un partage d’informations avec les services frontaliers canadiens pour repérer les bénéficiaires de l'aide sociale qui sortent fréquemment du pays.

Le gouvernement Couillard compte par ailleurs réaliser des coupes de 211 millions de dollars au MESS dès 2015. Entre autres, il envisage se départir de 500 des 1200 employés qui y travaillent sur une base occasionnelle, ce qui équivaudrait à des coupes de 20 millions.

Et selon des reportages parus dans la presse, le gouvernement va bientôt annoncer de nouvelles mesures pour restreindre l’accès à l’aide sociale. «L’incitation économique à travailler serait plus grande qu’elle l’est aujourd’hui», a déclaré François Blais, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, lors d’une entrevue accordée cette semaine au journal Le Soleil.

Le gouvernement du Parti québécois de Pauline Marois, le prédécesseur du gouvernement Couillard, avait aussi attaqué les bénéficiaires de l’aide sociale en réduisant le supplément dont profitaient certaines catégories, dont les toxicomanes, les parents d’enfants de moins de 5 ans, et les personnes âgées de 55 à 58 ans.

Les prestations d’aide sociale sont régulièrement présentées par les médias dominants comme la preuve que l’État serait une vache à lait dont profitent de supposés «fraudeurs», en particulier parmi ceux qui dépendent de l’aide sociale pour survivre. Les montants dérisoires en jeu montrent que ces affirmations sont non fondées.

Selon les chiffres du gouvernement, il y avait 442.000 prestataires de l’aide sociale au Québec en octobre 2014, dont 317.000 ménages et 97.000 enfants. En comptant les crédits pour les taxes provinciales et fédérales, le montant mensuel que reçoit une personne seule sur l'aide sociale s’élève à 704 dollars par mois. C’est moins de la moitié du seuil de faible revenu établi par le gouvernement, soit 1498$ par mois après impôt pour une personne seule en 2011.

Les attaques contre les assistés sociaux et les autres personnes vulnérables, dont les chômeurs, sont loin d’être confinées au Québec.

Au cours des deux dernières décennies, tant au niveau fédéral que provincial, les gouvernements ont mis la hache dans les prestations d’aide sociale et de chômage. Ce processus a été mis en branle au milieu des années 90 par le gouvernement libéral de Jean Chrétien qui a réduit massivement les allocations de chômage et les critères d’admissibilité, ainsi que les paiements de transfert aux provinces. En Ontario, en 1995, le gouvernement conservateur de Mike Harris a diminué de 21,5 pour cent les montants accordés aux assistés sociaux dans le cadre de sa «révolution du bon sens», un vaste programme d’attaques contre la classe ouvrière ontarienne.

En 2013, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a implanté des mesures pour forcer les chômeurs à accepter l'offre d'un employeur même à 70 pour cent de son salaire précédent et à 100 km de son lieu de résidence. Au même moment, tel que révélé par une employée de Service Canada, les enquêteurs du gouvernement avaient des quotas de 40.000$ par mois à récupérer en prestations de chômage.