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Le rachat d’Areva par EDF entraîne la suppression de 6.000 emplois dans le monde

Par Anthony Torres
5 juin 2015

La restructuration de la filière nucléaire française s’accompagne d’un plan économique qui pourrait se traduire par la suppression de 6.000 postes dans le monde, d’après Le Parisien.

Une réunion s’est tenue mercredi matin à l’Elysée autour de François Hollande et en présence de Manuel Valls, Emmanuel Macron, Michel Sapin, Ségolène Royal et Laurent Fabius pour étudier le rachat par EDF de l’activité réacteurs d’Areva. Le rachat d’Areva NP par EDF aura un impact sur les travailleurs au plan international.

Cette décision fait suite à la perte par Areva de près de 5 milliards d’euros du fait d’une importante dépréciation d’actifs. Aucun ministre ne s’est prononcé à la sortie de la réunion mais le porte-parole du gouvernement a rappelé durant le compte rendu: « Le gouvernement souhaite une chose simple, c'est garantir la pérennité des entreprises dans cette filière nucléaire. Un travail est engagé avec des propositions qui seront présentées d'ici le mois de juillet ». Contrairement à ce qu’affirme le porte-parole, la décision du rachat de la filière nucléaire d’Areva par EDF était acté depuis longtemps puisque le gouvernement a validé le rachat mercredi soir.

EDF devient l’actionnaire majoritaire d’Areva NP. Areva restera actionnaire et le capital pourrait être ouvert à d'autres partenaires industriels. EDF et Areva NP pourraient ensuite créer ensemble une société commune regroupant leurs activités d'ingénierie de conception des réacteurs. L'Etat, qui détient 84,5% d'EDF et 87% d'Areva, devrait ensuite participer à une recapitalisation du groupe, dont les besoins sont évalués à 7 milliards d'euros, selon des informations de presse.

Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, a rencontré à plusieurs reprises les syndicats pour discuter de « la feuille de route » du plan stratégique d’Areva entre mars et le mois de mai. Les syndicats ont réagi positivement au discours de Macron. «Nous avons pris bonne note de la volonté du ministre de réorganiser la filière nucléaire française, de manière à ce qu'elle fonctionne et qu'un terme soit mis aux querelles intestines qui l'ont minée par le passé. C'est un signal positif » souligne Bruno Blanchon, responsable de la branche atomique à la Fédération CGT Mines Énergie.

Après l’annonce le jeudi 7 mai par le groupe Areva de la suppression de 5.000 à 6.000 emplois dans le monde, dont 3.000 à 4.000 en France, les syndicats avaient critiqué la « logique financière de l’entreprise ». Le 22 mai, Macron a rencontré de nouveau les syndicats pour discuter de l’offre de rachat en évoquant que la décision du gouvernement serait prise d’ici l’été.

Avec la catastrophe de Fukushima et l’exploitation du gaz de schiste, le monde du nucléaire est en crise. Il faut ajouter à cela qu’Areva rencontre des problèmes sur le chantier du réacteur EPR de Flamanville avec un défaut de fabrication sur une cuve qui a des conséquences sur d’autres chantier comme en Chine où l’on construit le même réacteur.

Le parc nucléaire français géré par Areva va nécessiter de gros investissements pour moderniser les centrales nucléaires. La restructuration de la filière nucléaire française pour augmenter sa rentabilité et sa compétitivité demandera donc d'importantes ressources financières, que l'Etat veut tirer des salariés par des licenciements.

Cette suppression d'emplois est réactionnaire, dictée entièrement par la course effrénée aux profits de l'aristocratie financière. Pour justifier les licenciements, les grands groupes prétendent manquer d’argent. En fait, ils disposent d'importants stocks de liquidités qui proviennent en grande partie de la création par les banques centrales américaine (Federal Reserve Bank) et européenne (BCE), de crédits publics à l’aide de programmes dits « d'assouplissement quantitatif ».

Dans un article intitulé « Que font les entreprises de leurs abondantes liquidités », Le Figaro révèle que « les entreprises américaines (hors banques) sont aujourd'hui assises sur quelques 1.733 milliards de dollars de cash (trésorerie, actifs financiers immédiatement disponibles). C'est près de 1.000 milliards de plus qu'en 2007, soit une envolée de 117% en huit ans. En Europe, ce sont 1.060 milliards de dollars de disponibilités qui s'affichent au compteur des entreprises, 43% de plus qu'en 2008. ».

EDF et Total ont chacune plus d’une vingtaine de milliards de dollars de liquidités. Ces sommes énormes tenues en réserve ne comprennent pas les liquidités que les entreprises reversent en dividendes à leurs actionnaires et d'autres formes de profits

Comme l’explique le Figaro, « les groupes n'investiront que si elles en peuvent tirer une rentabilité supérieure à moyen terme. ». Selon Larry Fink, patron de BlackRock (le premier fonds d'investissement mondial), la montée de réserves de cash « envoie un message décourageant quant à la capacité des entreprises à utiliser intelligemment leurs ressources et à développer un plan cohérent de création de valeur sur le long terme ».

Ces commentaires soulignent le fait que le système capitaliste mondial est en banqueroute totale. Incapable d’assurer les besoins de l’humanité, la bourgeoisie internationale pille les ressources de la planète anarchiquement pour accumuler les profits. En plus, les diverses bourgeoisies nationales se livrent à une concurrence féroce entre elles pour rendre leur économies plus compétitives sur le dos des travailleurs.

On ne peut combattre les licenciements qu'en mobilisant les travailleurs à travers le monde dans une lutte pour une perspective socialiste et le renversement du système capitaliste. On ne peut laisser cette lutte aux organisations syndicales et à leurs complices petits-bourgeois de la pseudo gauche, tels le Nouveau parti anticapitaliste.

En France et à travers le monde, ces forces, achetées avec une petite fraction des profits dégagés par les entreprises, ne font qu'accompagner leurs bourgeoisies dans la compétition qu’elles livrent avec d'autres nations au dépens des travailleurs.

Ces liquidités des entreprises servent à financer la collaboration entre les entreprises, l’Etat et les syndicats pour que ces derniers étouffent les luttes de la classe ouvrière. Cette collaboration a été mise en évidence dans l’affaire du comité d'entreprise (CE) d’EDF.

La CGT, qui s’occupe du CE d’EDF, le plus important de France, a été reconnue coupable de détournement de fonds en 2014. Ces fonds servaient à financer des emplois fictifs, des activités du PCF, et de la Fête de L’Humanité avec le consentement de la direction d’EDF et donc de l’Etat.