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Le gouvernement PS décidé à imposer coûte que coûte la Loi Macron

Par Francis Dubois
23 juin 2015

Mardi dernier, le gouvernement a pour la seconde fois cette année fait usage de l’Article 49-3 de la Constitution pour imposer l’adoption de la Loi Macron à l’Assemblée nationale, sans passer par un vote parlementaire et coupant court à une nouvelle discussion de son projet de loi austéritaire.

Le premier ministre Manuel Valls a annoncé la mesure à l’Assemblée nationale le 16 juin avant que puissent commencer des débats en deuxième lecture prévus jusqu’au 24 juin et comportant l’examen de plus de 1 000 amendements déposés par les députés. Avant l’annonce de la décision d’engager la responsabilité du gouvernement, celui-ci avait intégré à la loi plusieurs amendements la renforçant.

Le gouvernent a déjà laissé entendre qu’il ferait encore une fois usage du 49-3 pour garantir le passage définitif de la loi qui doit retourner au Sénat le 29 juin pour un nouvel examen. Le président François Hollande a indiqué qu’il avait l’intention d’en finir « avant le 14 juillet ».

Le gouvernement a facilement résisté à une motion de censure déposée par l’opposition conservatrice des Républicains (ex UMP) et de l’UDI le 18 juin.

Hollande et son entourage ont ces dernières semaines critiqué ouvertement la lenteur des procédures parlementaires et insisté sur un passage rapide de la loi Macron. Hollande a dit : « Nos procédures législatives et réglementaires ne sont plus du tout adaptées au monde... Ce qui est attendu… je crois, c’est que ça aille vite. »

Sous prétexte de rapidité, le gouvernement Hollande considère le parlement comme un obstacle en général. Comme en Grèce et dans d’autres pays de l’UE, l’aristocratie financière se sent de plus en plus gênée par les mécanismes parlementaires instaurés après la Seconde Guerre mondiale, quand il s’agit d’imposer contre-révolution sociale malgré une large opposition populaire. Il souligne aussi le caractère anti-démocratique de la politique menée par l’UE et par Hollande contre la classe ouvrière.

Il existe dans la population, en France comme dans l’UE, une hostilité large et profonde à cette politique de destruction sociale, bien illustrée par le taux d’approbation de 3 pour cent obtenu par la politique économique de Hollande l’an dernier. La population européenne est horrifiée par la campagne de l'UE, soutenue par le gouvernement PS, pour ruiner la Grèce et poursuivre son offensive austéritaire dans les autres pays.

Dans leur défense de la politique de l’UE et du gouvernement français, les divers partis au Parlement, de la droite conservatrice jusqu’aux « frondeurs » et à leurs soutiens en dehors du PS, ont des divergences d’appréciation; cela explique en partie les très nombreux amendements apportés à la loi tant au Sénat qu’à l’Assemblée nationale et retardant son passage.

La motion de censure était pour la forme parce que les Républicain et UDI, s’ils ont des divergences de priorité et d’accent, sont d’accord sur le fond. Libération écrit: « Et le député Les Républicains Frédéric Lefebvre votera la censure tout en déplorant la ‘mauvaise stratégie de l’opposition’ sur la loi Macron qui ‘l’empêche de peser’ sur son contenu, qu’il approuve en partie. » Les Echos comptent que « 37 députés [Républicains] sur 198 n’ont pas voté la motion de censure. Ils sont six sur trente à ne pas l’avoir votée à l’UDI,… »

Les députés « frondeurs » se sont plaints de la méthode du gouvernement, mais leur opposition est hypocrite et frauduleuse. Ils ont avant tout cherché l’unité avec Valls et Hollande au congrès du PS début juin et ne voulaient en aucun cas le faire tomber la semaine dernière. Pour bien le faire comprendre, ils ont refusé de soutenir une motion de censure tentée par le Front de Gauche. Selon Le Monde, « des ‘frondeurs’ PS ont refusé de s’y associer [au motif que leur but n’est « pas de faire chuter le gouvernement »], de même que les écologistes ».

Cette réaction des « frondeurs » souligne le caractère factice de l’« opposition » du Front de Gauche, de Jean-Luc Mélenchon et du NPA, qui s’orientent tous sur les « frondeurs » et essaient de faire prendre ces fraudeurs politiques pour une opposition de « gauche » au sein du PS. (Voir : Le Nouveau parti anticapitaliste orienté vers ceux qui critiquent Hollande au sein du Parti socialiste )

La principale préoccupation du gouvernement Hollande est d’empêcher un mouvement de la classe ouvrière en France contre sa politique et celle de l’UE. En cela, il s’appuie surtout sur le soutien politique des organisations de la pseudo gauche NPA, Front de gauche et Parti de Gauche dont le rôle principal est de bloquer une mobilisation politique de la classe ouvrière contre le PS. Toute opposition doit selon eux être contrôlée par les bureaucraties syndicales discréditées soutenant l’une ou l’autre faction du PS et elle doit rester purement syndicale, donc ne pas mettre le capitalisme en danger.

Dans un article du 16 juin sur son site web, le NPA, après avoir noté cyniquement que « le gouvernement [était] parvenu à faire passer son projet sans mobilisation significative du monde du travail », insinue que les travailleurs ne pouvaient en aucun cas lutter contre le gouvernement, parce qu’ils étaient surtout « préoccupés par des questions immédiates telles que les salaires ou la défense de leur emploi ».

Le NPA insiste ensuite pour que le contrôle politique de tout mouvement soit laissé à la bureaucratie syndicale, qu’il critique pour la forme : «…les confédérations syndicales n’ont pas pris d’autre initiative de mobilisation nationale que la journée du 9 avril. Et alors même qu’elle a été qualifiée de succès par ses organisateurs elle n’a été suivie d’aucun autre appel à la grève interprofessionnel, contrairement à ce que réclamaient de nombreux syndicats et plusieurs unions départementales au sein de la CGT. »

Combien réactionnaire et dangereuse la division du travail entre la pseudo gauche et le PS est, et combien hypocrites leurs prétentions démocratiques, se montre dans les réactions des uns et des autres aux déclarations du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble. Ce dernier avait dit le 16 avril: « La France serait contente que quelqu'un force le Parlement, mais c'est difficile, c'est la démocratie ».

Cela avait provoqué une salve de protestations outragées. Le Ministre français des Finances Michel Sapin: « La France déteste qu’on la force » et le secrétaire général du PS Jean-Christope Cambadélis: « La francophobie de Wolfgang Schäuble est insupportable, inacceptable et contre-productive ». Mélenchon avait « félicité » Cambadélis et écrit que « l’odieux Schäuble… n'aime ni la France ni la démocratie... Il doit présenter des excuses au peuple français. »

Schäuble avait dit tout haut ce que le PS pensait tout bas. Il est clair maintenant qu’il ne s'opposait pas au caractère antidémocratique de la déclaration de Schaüble, mais au fait qu'il exprimait trop clairement sa propre politique antidémocratique.

Pour lui, il fallait que ce soit l’Elysée et non Bruxelles qui force le parlement à faire taire ses critiques, toutes tactiques d’ailleurs, de la loi Macron.