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La voie à suivre pour la classe ouvrière en Grèce

Par Alex Lantier
17 juin 2015

Avec l'échec des négociations entre les responsables grecs et l'Union européenne ce week-end, la crise en Grèce, et de fait dans toute l'Europe, est entrée dans une phase critique.

L'UE et le gouvernement grec dirigé par Syriza ont tous deux déclaré vouloir parvenir à un accord qui permette à la Grèce d’obtenir des crédits en échange de mesures supplémentaires d'austérité imposées par Athènes. La perspective de parvenir à un tel accord, cependant, se dissipe rapidement.

L'effondrement lundi du marché boursier à Athènes et les chutes sur les marchés européens reflètent la montée des incertitudes au sein de l'élite financière quant aux conséquences de la situation en Grèce. Si un accord n'est pas rapidement trouvé, cela pourrait conduire à la faillite de l'Etat grec, à celle des banques grecques et internationales, à la sortie de la Grèce de l’euro et à la réintroduction d'une monnaie nationale, ou même à la dissolution de l'UE.

Surtout, comme l'écrit le Financial Times, la classe dirigeante craint des « manifestations violentes » par des « foules énormes », c'est à dire l'opposition de la classe ouvrière au programme d'austérité de l'UE.

Le programme dont l'UE exige l’application en Grèce est catastrophique. En sus des attaques des six dernières années – réduction de 30 à 40 pour cent du salaire moyen, hausses de l'impôt foncier, refus des soins médicaux à des millions de gens, montée du chômage de masse, de la faim et du nombre des sans abris – l'élite financière veut des coupes de 20 pour cent des retraites et une hausse des prix de l'énergie.

La paupérisation des travailleurs grecs n'est que la manifestation la plus brutale de la guerre menée par l'UE contre toute la classe ouvrière européenne, des lois ‘Hartz IV’ en Allemagne jusqu’aux programmes d'austérité détestés en Grande-Bretagne, en France et dans toute l'Europe méridionale.

Quand il est arrivé au pouvoir au début de l’année, le gouvernement grec du premier ministre Alexis Tsipras a dit clairement son soutien global du programme d'austérité des banques européennes et de la « troïka » (UE, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Il a demandé quelques concessions minimes pour justifier des milliards d'euros de coupes sociales.

Mais ce que les responsables de l'UE veulent c’est une abjecte capitulation. Alors que l'UE se prépare à couper les crédits à l'Etat et aux banques grecs, les faisant basculer dans la faillite dans leur tentative de forcer Syriza à rentrer dans les rangs, les issues possibles sont de plus en plus drastiques.

La ligne dure des « institutions » européennes a provoqué une crise politique en Grèce; le gouvernement est déchiré par des conflits internes sur la façon de procéder. Tsipras se rend bien compte qu'il ne peut pas montrer une indifférence totale aux sentiments des masses. Il sait que la décision d'abandonner la promesse électorale de mettre fin à l'austérité et son engagement à maintenir le mémorandum d'austérité de l'UE peu de temps après son arrivée au pouvoir a gravement endommagé la crédibilité de son gouvernement.

Tsipras craint qu'une capitulation totale maintenant pourrait créer des troubles sociaux de masse que son gouvernement serait incapable de maîtriser. Il sait aussi que des sections importantes et puissantes de la bourgeoisie grecque ne sont pas prêtes à accepter un retrait de la Grèce de la zone euro et encore moins une abrogation du paiement de la dette, l'imposition du contrôles des changes et d’autres mesures. Il sait bien que l’une comme l’autre issue – acceptation du diktat de l'UE ou défaut sur la dette – intensifierait la crise sociale et politique et pourrait conduire à l’intervention de l'armée, déclenchant ainsi une guerre civile en Grèce.

Tsipras cherche donc un compromis qui lui offre une issue. Il mise sur un appel aux secteurs de la bourgeoisie européenne qui considèrent que la ligne dure poussée par l’Allemagne pourrait avoir des conséquences imprévisibles et irréparables et qu'il est préférable de donner à Syriza quelque chose qui lui permette de maintenir sa crédibilité politique et l'aide à fonctionner comme un instrument du pouvoir bourgeois en Grèce.

La politique de Syriza, l’émanation de sa base dans certains secteurs de la classe capitaliste et des classes moyennes aisées, vise tout au plus à modifier le programme d'austérité. Tout résultat obtenu dans cette optique laisserait intact le fondement de l'assaut sur ​​la classe ouvrière: le capitalisme et la dictature économique et politique des banques.

La question politique urgente devant la classe ouvrière n’est pas de trouver la meilleure des politiques d'austérité, mais d’avancer un programme indépendant, capable de surmonter la régression sans précédent imposée par un ordre social obsolète. En Grèce, cela doit inclure:

La répudiation unilatérale de toutes les dettes de l'Etat grec: la dette énorme et non viable de l'Etat grec s’oppose aux droits sociaux les plus élémentaires de la classe ouvrière. Elle a fourni aux pirates financiers de la « troïka » d’importants moyens de chantage. En échange de fonds nécessaires au remboursement de la dette, ceux-ci exigent des coupes budgétaires barbares.

L'imposition de contrôles de capitaux: les capitalistes grecs et les sociétés transnationales opérant en Grèce expatrient déjà des fonds de la Grèce. Ils chercheraient à protéger richesses et privilèges contre des initiatives en faveur des travailleurs en accélérant la fuite des capitaux. Ce capital, formé par la richesse créée par le travail des ouvriers, doit être retenu de force en Grèce et servir à garantir les droits sociaux fondamentaux à l'emploi et aux services sociaux de la population. Cependant, de tels contrôles ne peuvent être imposés que si les banques elles-mêmes sont contrôlées par la classe ouvrière.

La nationalisation des banques et des grandes industries sous contrôle ouvrier: les secteurs clés de l'économie doivent être subordonnés aux besoins sociaux de la population. Leur soumission au contrôle démocratique des travailleurs aidera à fournir les ressources nécessaires pour inverser les suppressions d'emplois et les attaques sociales dues à l'UE.

Surtout, il est nécessaire de faire appel directement aux travailleurs d’Europe. Il n'y a aucune solution à la crise en Grèce dans les limites de la Grèce elle-même.

La confrontation qui se dessine oppose le capital financier à la classe ouvrière non seulement en Grèce mais dans toute l'Europe. « La stratégie de la Commission européenne au cours des… deux dernières années a été de réduire les coûts de main-d'œuvre dans tous les pays européens afin d'améliorer la compétitivité des entreprises européennes face à leurs rivales d'Europe orientale et d’Asie » a dit la commissaire européenne Maria Damanaki il y a deux ans pour expliquer le plan de sauvetage de l'UE pour Chypre. La stratégie du capital financier est d’augmenter sa richesse en imposant une course vers le bas du niveau de vie des travailleurs dans le monde entier.

L'assaut mené contre ​​les travailleurs grecs fait partie d'une attaque au niveau européen, voire mondial; la réussite d’une lutte s’y opposant nécessite donc la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière dans toute l'Europe et au plan international.

La classe ouvrière grecque ne peut se défendre qu'en appelant à la construction d'un mouvement de masse uni de la classe ouvrière européenne en défense des travailleurs grecs et en opposition à l'UE. Les travailleurs de toute l'Europe doivent refuser tout sacrifice demandé par la classe dirigeante au nom de la préservation de l'euro ou de l'UE. Tout en se mobilisant dans une lutte contre la politique d'austérité dans leur propre pays, leur mot d'ordre sera la défense des travailleurs grecs!

La lutte pour un tel programme requiert une rupture politique avec Syriza et tous les instruments de la domination bourgeoise en Grèce et en Europe. La question urgente reste celle de la direction révolutionnaire et de la perspective politique.

(Article original paru le 16 juin 2015)