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Contre la censure politique à l’Université occidentale de Sydney!

Par l’organisation des Etudiants jeunes internationalistes pour l’Egalité sociale (Australie) - EJIES
21 juillet 2015

L’International Youth and Students for Social Equality (IYSSE, Etudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale) appelle tous les étudiants à s’opposer à la censure politique visant son organisation sur le campus de l’Université occidentale de Sydney (UWS).

Depuis le 23 avril, les responsables de l’UWS imposent à l’IYSSE une série de conditions extraordinaires. Ces conditions reviennent à une tentative de l’administration de l’université d’établir un contrôle politique sur les tracts et les réunions de l’IYSSE. Elle veut aussi relever l’identité des étudiants qui participent à ses campagnes, en violation de droits démocratiques fondamentaux.

Dans un courriel envoyé le 21 mai à l’IYSSE, Katalin Stern, responsable de la sécurité à l’UWS de Bankstown, a énoncé les conditions imposées à l’organisation étudiante :

« Tout matériel diffusé par l’IYSSE devra m’être transmis par courriel 48 heures à l’avance pour être examiné.

« Les coordonnées des contacts de [nom de l’étudiant associé à l’IYSSE] et de tous les autres étudiants participant aux campagnes menées sur le campus [également].

« Un étudiant responsable doit être présent pour chaque campagne menée par l’IYSSE. »

Selon des instructions antérieures reçues du service de sécurité de l’UWS, le détail de l’intitulé et du contenu de chaque réunion de l’IYSSE doit également être soumis à la sécurité pour examen préalable.

Ces mesures visent à réduire au silence l’unique groupe présent sur le campus, qui avance une perspective socialiste et internationaliste contre l’escalade des préparatifs de guerre. C’est là une attaque contre le droit fondamental de tous les étudiants d’avoir accès et de consulter du matériel politique anti-guerre ou autre.

De plus, l’affirmation que les étudiants exerçant des activités politiques doivent donner leur nom aux autorités universitaires est une attaque fondamentale et sans précédent contre les droits civiques et politiques.

L’IYSSE est active depuis plus de trois ans à l’UWS en tant que groupe étudiant. Durant tout ce temps il a organisé sans problème des campagnes chaque semaine et parfois même deux fois par semaine. Depuis des décennies, le Parti de l’Egalité socialiste (Socialist Equality Party), la section australienne du mouvement trotskyste mondial, auquel l’IYSSE est affiliée, mène des campagnes à l’UWS Bankstown.

Il est significatif que les partisans de l’IYSSE avaient déjà, en avril, été contraints d’interrompre une première fois une campagne au beau milieu d’un déferlement de propagande militariste de tout l’establishment politique, aussi dans les universités, pour glorifier le centenaire de l’« Anzac Day » -- l’invasion, sous leadership anglais, de la Turquie à Gallipoli.

Le 23 avril, l’IYSSE avait distribué des tracts pour une réunion publique du Socialist Equality Party intitulée « Anzac Day, glorification du militarisme et course à une troisième guerre mondiale ». Les tracts appelaient étudiants, travailleurs et jeunes à s’opposer à la censure politique de cette réunion par la municipalité de Burwood, dirigée par le Parti travailliste, qui avait annulé la réservation de cette réunion, et par l’université de Sydney qui avait refusé que la réunion ait lieu sur son campus.

Une personne se disant bibliothécaire avait accosté les étudiants qui participaient à la campagne de l’IYSSE et avait affirmé que des étudiants s’étaient plaints. En réalité, la campagne de l’IYSSE avait reçu un accueil chaleureux des étudiants. Elle demanda néanmoins que l’équipe de campagne de l’IYSSE quitte les lieux. Elle disait craindre que les tracts de l’IYSSE soient associés à la bibliothèque.

Les sympathisants de l’IYSSE ont défendu leur droit de poursuivre leur travail politique sur le campus en tant que représentants d’un groupe étudiant accrédité. La personne contacta le service de sécurité dont les agents ont dûment ordonné à l’équipe de l’IYSSE de quitter le campus en prétendant qu’un tractage constituait une « action » nécessitant un préavis d’au moins une semaine et l’approbation du service de sécurité.

Le même jour, Katalin Stern, représentant le service de sécurité, a dit au téléphone à un membre de l’IYSSE que cette procédure avait été établie pour garantir que « rien d’offensant » ne soit distribué sur le campus.

Le 20 mai, les représentants de l’IYSSE rencontrèrent Stern et on leur a dit une nouvelle fois de soumettre, une semaine à l’avance, tout matériel devant être diffusé sur le campus. Lorsque les membres de l’IYSSE firent remarquer le caractère antidémocratique de cette disposition, Stern maintint son point de vue, disant cette fois que les tracts pouvaient être présentés 48 heures à l’avance.

A la question de savoir pourquoi l’IYSSE était assujetti à ces conditions inédites, un autre responsable de l’UWS présent à la rencontre a dit que les instructions émanaient « d’en haut » et refusa d’être plus précis.

Le 29 mai, le Campus Life Officer à l’UWS, responsable des activités étudiantes, a dit au représentant de l’IYSSE que le matériel du groupe devait être examiné pour que « rien de préjudiciable à l’université » ne soit distribué. Il a soutenu que les responsables de la sécurité avaient le droit d’interdire les activités des étudiants sur le campus même si ce pouvoir ne figurait dans aucun document concernant les associations étudiantes. Il a déclaré en outre que ces pouvoirs étaient appliqués au « cas par cas. »

Le fait que des agents de sécurité, ou tout autre responsable de l’université, puisse décider quel matériel politique peut être diffusé sur le campus ou pas, quelles discussions peuvent avoir lieu et si des réunions peuvent se tenir est une attaque fondamentale contre les droits démocratiques non seulement de l’IYSSE mais de tous les étudiants.

Ce que les autorités universitaires entendent par matériel « offensant » et « préjudiciable » a été révélé le 23 avril par l’éviction de l’équipe de campagne de l’IYSSE du campus. Son seul « délit » avait été de s’opposer à la promotion du militarisme et de lutter parmi les étudiants pour une perspective socialiste contre la guerre.

La signification politique de la décision de censurer l’IYSSE a été montrée par les événements récents. L’Australie joue un rôle central dans les provocations des Etats-Unis envers la Chine en Mer de Chine méridionale – une situation qui risque de déclencher un conflit catastrophique dans la région Asie-Pacifique.

L’IYSSE en tant que mouvement de jeunesse du Socialist Equality Party est la seule organisation à mettre les étudiants en garde contre l’intégration totale de l’Australie dans des préparatifs de guerre avancés visant la Chine, menés dans le contexte du « pivot » américain « vers l’Asie ».

Le groupe de l’IYSSE a été largement soutenu par diverses associations étudiantes de l’UWS Bankstown où sont inscrits de nombreux étudiants originaires du Moyen-Orient, pleinement conscient des terribles conséquences des guerres prédatrices lancées par les Etats-Unis et leurs alliés dont l’Australie, en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et au Yémen

Les démarches entreprises pour faire taire l’IYSSE montrent que la course à la guerre est incompatible avec les droits démocratiques les plus essentiels. Pour préparer les conditions politiques de nouvelles guerres, l’ensemble de l’establishment politique, le parti travailliste, les libéraux et les Verts en premier, s’efforce d’intimider et de réprimer le très large sentiment antiguerre qui existe dans la jeunesse.

Les universités jouent un rôle central dans cette campagne réactionnaire. L’administration de l’Université Griffith (Queensland) avait cherché en vain à interdire l’IYSSE en début d’année. Le Clubs and Societies Committee (association universitaire) de l’Université de Melbourne a refusé d’accréditer un groupe de l’IYSSE pour des raisons politiques transparentes. L’IYSSE de l’Université de Newcastle a réussi elle, à repousser plusieurs tentatives de bloquer ses campagnes politiques.

Les universités recourent à la censure politique au niveau international. En Allemagne, les étudiants associés à « Münkler-Watch, » un blog qui critique les points de vue militaristes de Herfried Münkler, professeur en vue de l’université Humboldt de Berlin, ont été menacés par l’université et attaqués par une multitude de quotidiens, comparés même par certains à des terroristes. L’IYSSE joue un rôle pionnier dans l’opposition à la promotion du militarisme à l’université Humboldt. Elle a réussi à faire passer au parlement étudiant une résolution en défense des droits démocratiques des étudiants et qui condamne la chasse aux sorcières visant les étudiants anti-guerre.

Les étudiants à l’UWS et à d’autres universités australiennes doivent prendre position de la même manière. Si l’administration de l’UWS et d’autres universités peut contrôler et censurer du matériel anti-guerre, que se passera-t-il encore? Si des étudiants actifs dans différentes campagnes doivent donner leur identité aux agents de sécurité de l’université, alors les étudiants socialistes et ceux qui refusent la guerre peuvent être menacés de mesures disciplinaires comme la suspension ou le renvoi en raison de leurs activités politiques.

L’IYSSE appelle tous les étudiants à s’opposer à la censure politique à l’UWS dans le cadre d’une lutte pour la construction d’un mouvement socialiste et internationaliste de la classe ouvrière contre la guerre – le seul moyen d’empêcher un nouveau conflit mondial et de protéger les droits démocratiques.

(Article original paru le 25 juin 2015)