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La Cour suprême des États-Unis entérine les exécutions «atroces»

Par Joseph Kishore
3 juillet 2015

La Cour suprême des États-Unis a jugé lundi que les exécutions au moyen du sédatif midazolam pouvaient continuer, en dépit de preuves substantielles que l'utilisation de ce médicament peut causer des douleurs atroces et prolongées. Cette décision a réaffirmé une position que la classe dirigeante des États-Unis a particulièrement à cœur, à savoir son droit de tuer les citoyens et de le faire par la méthode de son choix.

La décision remportée à 5 voix contre 4 dans l'affaire Glossip c. Gross ouvre la voie à l'exécution de trois prisonniers en Oklahoma, l'État qui a porté l'affaire en cour. Les exécutions dans les autres États qui ont commencé à utiliser ce médicament iront également de l'avant.

L'argument des prisonniers que l'utilisation du midazolam viole le huitième amendement de la Constitution des États-Unis interdisant les «châtiments cruels et inhabituels» est étayé par une série d'exécutions horribles. Les experts en pharmacologie qui ont soutenu leur cause ont signalé que le médicament n'avait jamais été testé comme sédatif et qu'il ne pouvait donc être utilisé pour effectuer une anesthésie adéquate. En conséquence, les prisonniers qui se font administrer du midazolam dans le cadre d'un cocktail de deux ou trois médicaments peuvent finir par se tordre de douleur lorsque les médicaments subséquents les paralysent et arrêtent leurs fonctions vitales.

Cette torture a été infligée à plusieurs reprises au cours des 20 derniers mois. La première personne à avoir été tuée avec du midazolam était William Happ, exécuté en octobre 2013. Happ serait resté conscient pendant une période prolongée et aurait eu des soubresauts répétés avant de succomber dans l'antichambre de la mort en Floride.

Dennis McGuire (janvier 2014 – Ohio), Clayton Lockett (avril 2014 – Oklahoma) et Joseph Wood (juillet 2014 – Arizona) ont tous été tués avec du midazolam. Tous ont été asphyxiés, eu le souffle coupé et se sont tordus de douleur pendant environ 25 à 90 minutes avant de mourir.

Le cas le plus notoire est celui de Lockett, qui a repris conscience pendant son exécution et a cherché à se lever de la table d'exécution avant de finalement mourir d'une crise cardiaque 43 minutes après la sédation. Un autre prisonnier qui faisait partie de cette cause a reçu la combinaison de médicaments approuvée lundi par la Cour suprême et a été tué en janvier de cette année, après que la Cour ait refusé un sursis à son exécution. Ses dernières paroles auraient été: «Mon corps est en feu.»

Pour justifier la poursuite de l'utilisation du midazolam, la majorité de la Cour suprême fait appel à une logique cruelle et tordue. Le juge Samuel Alito, écrivant au nom de la majorité constituée du juge en chef John Roberts et des juges Anthony Kennedy, Antonin Scalia et Clarence Thomas, a argumenté que les prisonniers n'avaient pas réussi à faire valoir que l'utilisation du médicament entraînait un risque substantiel de graves douleurs. Alito soutient en outre que les prisonniers n'ont pas présenté de solution de rechange valable pour leur propre exécution.

L'Oklahoma et un certain nombre d'autres États ont commencé à utiliser le midazolam pour mener des exécutions après que les fabricants aient cessé de leur vendre du pentobarbital. Cette décision a été prise en partie en réaction aux protestations publiques face à la complicité du monde pharmaceutique dans ces meurtres sanctionnés par l'État, des protestations qui en elles-mêmes sont un reflet de la montée de l'opposition populaire contre la peine de mort aux États-Unis.

Les prisonniers, écrit Alito, peuvent bien ne pas aimer qu'ils vont être tués avec du midazolam, mais «ils n'ont trouvé aucun médicament disponible qui pourrait être utilisé à la place de celui que l'Oklahoma ne peut plus obtenir».

Pratiquement, cette attente rend l'interdiction par le huitième amendement de «châtiment cruel et inhabituel» nulle et non avenue. Dans un argument sophistique tirant ses conclusions de sa prémisse, Alito reconnait que la méthode employée par l'Oklahoma peut causer des douleurs extrêmes. Toutefois, puisque la Cour suprême a à plusieurs reprises confirmé la constitutionnalité de la peine de mort, une méthode pour tuer les gens devait être autorisée, affirme-t-il. Et puisque les condamnés n'ont proposé aucune méthode de rechange valable, la méthode actuelle devait être jugée constitutionnelle.

La juge Sonya Sotomayor, dans sa dissidence, a noté que la majorité avait établi «une obligation totalement inédite pour le détenu condamné d'identifier des moyens disponibles pour sa propre exécution». Elle ajoute que selon la logique de la décision de la majorité, «il importe peu que l'État ait l'intention d'utiliser le midazolam, d'écarteler les prisonniers, de les torturer lentement jusqu'à ce que mort s'ensuive ou de tout simplement les brûler sur un bûcher».

Cherchant à dépasser en cynisme Alito au service de la réaction, le juge Antonin Scalia s'est lancé dans une attaque colérique contre les juges Stephen Breyer et Ruth Bader Ginsburg, qui, dans leur dissidence, ont suggéré que le tribunal examine à nouveau la question de la constitutionnalité de la peine de mort dans son ensemble.

Dénonçant Breyer pour jouer «le rôle des abolitionnistes dans ce drame qui n'en finit plus,» Scalia embrasse la falsification historique brute: «Les rédacteurs de notre Constitution étaient âprement en désaccord quant à la question [de la peine de mort]. Pour cette raison, ils l'ont traité de la même façon qu'ils ont géré de nombreuses autres questions controversées: ils ont laissé au peuple le soin de décider.»

Scalia écrit que Breyer, en tentant de renverser cette position, «ne fait pas que rejeter la peine de mort, il rejette aussi les Lumières».

L'utilisation du terme «abolitionnistes» a des implications politiques définies, qu'elles soient intentionnelles ou non. Le même argument du «peuple souverain» a été utilisé pour défendre l'institution de l'esclavage avant la guerre de Sécession.

Quant à la calomnie contre les Lumières et les fondateurs de la République des États-Unis qui s'en sont inspirés, Scalia ferait bien de lire Cesare Beccaria, ce philosophe des Lumières qui, dans son traité de 1764 intitulé Des délits et des peines, écrivait : «il me paraît absurde que les lois, qui sont l'expression de la volonté publique, qui détestent et punissent l'homicide, en commettent un elles-mêmes, et que pour éloigner les citoyens de l'assassinat, elles ordonnent un assassinat public».

Ayant peut-être à l'esprit des gens comme Scalia, Beccaria ajoute :

«Que doit-on penser en voyant les augustes pontifes de la justice ordonner, avec la tranquillité de l'indifférence, les apprêts du supplice où ils font traîner le criminel? Quoi! tandis que le malheureux, en proie aux convulsions de la douleur, attend en frémissant le coup qui va terminer ses jours, son juge quittera son tribunal pour aller goûter en paix les douceurs et les plaisirs de la vie, en s'applaudissant peut-être de l'autorité qu'il vient d'exercer!»

Il est bon de se souvenir de la décision de lundi sur la peine de mort lorsque vient le temps d'examiner le supposé «tournant vers la gauche» de la Cour suprême proclamé par le New York Times suite à la décision rendue par celle-ci la semaine dernière sur la question du mariage homosexuel. Comme le WSWS l'a noté, la Cour est bien prête à faire des concessions sur certaines questions démocratiques qui sont d'un intérêt particulier pour des sections plus aisées de la classe moyenne, mais quand vient le temps de considérer des questions qui touchent à des éléments fondamentaux de sa domination de classe – telle que la capacité de l'État de tuer – c'est une tout autre affaire.

Le bloc droitiste de la Cour suprême, constitué de Scalia, Roberts, Alito et Thomas, n'aurait eu aucun problème à fonctionner dans les tribunaux de l'Allemagne nazie. Des arguments similaires à ceux employés par Alito et Scalia dans la décision relative à la peine de mort peuvent être et seront utilisés pour justifier la torture, les camps de concentration et toutes sortes de mesures d'État policier. Les juges qui rendent de telles décisions méritent d'être jetés en prison ou dans un asile d'aliénés.

Pourtant, avec leurs arguments sadiques, ces semi-fascistes ne font qu'exprimer sous la forme la plus grossière les conceptions antidémocratiques et réactionnaires de la classe dirigeante américaine, défendues par l'ensemble du système politique, y compris l'administration Obama et les deux partis de la bourgeoisie.

(Article paru d'abord en anglais le 30 juin 2015)