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Une collégienne musulmane exclue pour avoir porté une jupe trop longue

Par Anthony Torres
5 mai 2015

Une collégienne qui portait une jupe trop longue, considérée comme un signe religieux ostensible par la direction de l'établissement, s'est vue exclue de son collège à Charleville-Mézières, dans le nord-est de la France. Cette affaire souligne l'atmosphère anti-musulmane qui règne dans les milieux officiels en France.

La jeune collégienne a été exclue du collège pendant 9 jours par la principale de l'établissement. Le ministère de l'Education nationale a défendu cette décision : « En l’occurrence, il a été jugé qu’il y avait du prosélytisme de la part de l’élève. Ça n’a pas été une exclusion qui a été prononcée, mais un dialogue qui a été ouvert avec la famille. Et je note que sa mère s’est exprimée pour demander que les choses s’apaisent ».

Le traitement absurde et réactionnaire subi par cette collégienne est le résultat de l'évolution à droite de l'ensemble de l'establishment politique depuis le début des années 2000. C'est en s'appuyant sur la loi votée en 2004 et interdisant tous les signes religieux ostentatoires à l'école que la principale du collège à renvoyé la jeune fille, malgré qu’elle ne portait aucun signe religieux visible.

Le cas de cette collégienne n'est pas isolé. L'année dernière, 130 cas similaires ont été recensés et une vingtaine de cas cette année, d'après le Collectif contre l'Islamophobie en France. Le nombre d'actes anti-musulmans cette année a augmenté suite à l'attentat des frères Kouachi contre le magazine Charlie Hebdo.

Le but de la loi de 2004 est de diviser la classe ouvrière et d'encourager les sentiments anti-immigrés et le communautarisme pour instaurer une politique d'austérité et de guerre impopulaire en France et à travers l'Europe. La jeune collégienne est la victime du tournant droitier que l'Europe connaît depuis des décennies.

La loi de 2004 a été mise en place dans un contexte de mécontentement social grandissant avec la politique anti-ouvrière du président Jacques Chirac. C'était une tentative de distraire les travailleurs de la crise sociale et de l'agenda gouvernemental de réduction des retraites, d’attaque des services sociaux et de renforcement de la répression policière. La première série de discussions sur la loi a eu lieu alors que les enseignants luttaient pour défendre leurs pensions et l'éducation publique.

Les attaques contre les musulmans en France ont encouragé une série de mesures islamophobes à travers l'Europe. Il y a plusieurs années, une loi interdisant les minarets a été votée en Suisse. En Allemagne pendant plusieurs semaines des marches ont été organisées par l'extrême droite Pegida pour protester contre les musulmans.

Depuis des années, l'élite dirigeante française et européenne encourage une hystérie collective contre les musulmans pour s'attaquer plus largement à la classe ouvrière.

Sarkozy a lancé en 2009 un débat sur « l'identité nationale » et fait passer une loi contre le port de la burqa. Cette loi était un appel lancé aux électeurs néo-fascistes ayant aidé à la victoire de Sarkozy lors de l'élection présidentielle de 2007.

La loi contre la burqa et le débat sur « l'identité nationale » ont permis à l'élite dirigeante de légitimer le Front National et une escalade de guerres impérialistes contre des pays musulmans. La loi contre la burqa a encouragé l'hostilité envers la résistance afghane devant l'occupation du pays par les puissances impérialistes de l'OTAN. La mission de l'OTAN en Afghanistan fut présentée comme une lutte pour la libération des femmes.

C’est l'ensemble de la classe politique qui est responsable des lois islamophobes en France. La loi contre la burqa a reçu le soutien de Valls, l'actuel premier ministre PS de Hollande, et du PCF, puisque le député PCF André Gérin a présidé la commission pour la loi contre la burqa. La loi a obtenu le soutien de toutes les organisations de la pseudo-gauche, telles le Nouveau parti anticapitaliste (NPA).

En soutenant les lois islamophobes, ces partis petit-bourgeois démontrent leur hostilité aux droits démocratiques et à la lutte pour unifier la classe ouvrière.

La loi de 2004 a permis la victimisation de travailleurs musulmans par les employeurs comme dans le cas du licenciement d'une employée portant le voile à la crèche Baby-loup.

Quant à la loi anti-burqa proposée en 2009, elle a produit des tensions sociales et une répression policière intensifiée dans les banlieues immigrées françaises. Le cas le plus frappant est l'émeute de Trappes en 2013 après l'interpellation violente par la police d'une femme portant la burqa et de son mari.

C'est dans cette atmosphère infecte qu'une collégienne peut se voir exclue sans autre motif que d'avoir porté une jupe trop longue.