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Soixante-dixième anniversaire de la défaite du Troisième Reich hitlérien

Par Fred Williams
11 mai 2015

A Moscou le 9 mai, un défilé militaire de grande envergure a commémoré la victoire sur l'Allemagne nazie et la fin de la Deuxième Guerre mondiale en Europe. Plusieurs dirigeants internationaux de pays alliés à l'Union soviétique durant la guerre ont boycotté les cérémonies et, hormis en Russie, on a prêté bien peu d'attention à ce jour férié.

Le président américain Barack Obama brillera par son absence, tout comme le premier ministre britannique David Cameron. La chancelière allemande Angela Merkel se rendra à Moscou le 10 mai pour y déposer une gerbe.

Les classes dirigeantes des Etats-Unis et d'Europe ne souhaitent pas reconnaître le rôle central joué par la classe ouvrière soviétique dans la défaite du fascisme en Europe, en particulier dans le contexte actuel où elles font la promotion de forces fascistes et s’allient à elles dans le cadre d'une virulente campagne anti-russe.

C'est un fait historique que la défaite de l'Allemagne nazie n'aurait pas été possible sans les énormes sacrifices faits par le peuple soviétique. Près de 27 millions de citoyens soviétiques – le chiffre précis ne sera peut-être jamais connu – ont perdu la vie pour la défaite des forces nazies. Quasiment chaque famille soviétique a perdu un ou plusieurs de ses membres. Des milliers de villages furent complètement détruits et de nombreuses grandes villes transformées en ruines.

La direction stalinienne de l'Union soviétique et du Comintern, ancrée dans la théorie nationaliste et réactionnaire du « socialisme dans un seul pays », partage l'immense responsabilité tant du déclenchement de la guerre que du manque de préparation des forces armées soviétiques face à l'invasion nazie du 22 juin 1941.

Tout d'abord, le fait que la direction stalinienne n'ait pas unifié la classe ouvrière allemande des deux principaux partis ouvriers, le Parti social-démocrate (SPD) et le Parti communiste (KPD) permit à Hitler d’arriver au pouvoir en janvier 1933. Le Comintern qualifiait les membres du SPD de « sociaux-fascistes » que l'on pouvait difficilement différencier des nazis (« pas des opposés, mais des jumeaux ») et le KPD avançait le slogan de « Après Hitler, ce sera notre tour. »

La suggestion qu'Hitler tomberait après quelques mois au pouvoir désarma de façon criminelle les travailleurs allemands. Après l'incendie du Reichstag en février, Hitler utilisa des lois exceptionnelles pour écraser une résistance organisée de la classe ouvrière. Parmi les premières victimes du régime nazi figurèrent les dirigeants sociaux-démocrates, communistes et syndicaux, dont bon nombre furent tués ou déportés dans des camps de concentration.

Le coup suivant fut la Grande terreur organisée par Staline entre 1936 et 1938, qui extermina presque tous les dirigeants survivants de la Révolution d'octobre. Elle inclut une purge de l'Armée rouge en 1937 au cours de laquelle furent exécutés entre 30 000 et 40 000 officiers, ce qui revenait à décapiter l'armée à la veille de la guerre imminente. Des officiers tels que Tukhachevsky, Yakir, Eideman, Kork et Primakov qui avaient une expérience inestimable de la guerre civile et avaient depuis développé une stratégie militaire avancée, furent torturés et fusillés en mai 1937. S'ils avaient été vivants en 1941, le désastre initial de l'invasion de 1941 aurait été limité de façon considérable.

De plus, Staline adopta durant la Guerre civile espagnole une politique de Front populaire où le Parti communiste étouffa la révolution socialiste afin de préserver des alliances avec les « démocraties impérialistes » contre les forces phalangistes de Franco, soutenues par Hitler et Mussolini. La défaite de la classe ouvrière espagnole qui s'ensuivit fut la quasi garantie qu'il y aurait une guerre mondiale dans un avenir proche.

Ensuite, à la grande surprise d'un grand nombre de militants du mouvement ouvrier international, Staline signa le 23 août 1939 un pacte de non agression avec Hitler. Ces mêmes partis fascistes qui avaient été dénoncés durant la période du Front populaire étaient à présent salués comme des alliés fiables, ce qui provoqua une désorientation extrême dans la conscience politique de la classe ouvrière.

Durant les années 1930, l'analyste le plus perspicace de ces événements fut Léon Trotsky, co-dirigeant avec Lénine de la Révolution d'octobre et fondateur de l'Armée rouge, qui avait été exilé de l'Union soviétique par Staline en 1929. Lorsque le Comintern défendit sa politique jusqu'à l'arrivée au pouvoir d'Hitler et après, Trotsky entreprit la construction d’un nouveau parti révolutionnaire de la classe ouvrière internationale, la Quatrième Internationale.

Tout en défendant les conquêtes sociales de la Révolution d'octobre, Trotsky préconisa, comme composante cruciale de la révolution socialiste mondiale, le renversement politique de la bureaucratie stalinienne. Son évaluation de la force potentielle de l'Union soviétique en 1934 dans une possible guerre avec l’Allemagne qui réarmait à toute allure, était visionnaire :

« Il faut considérer les faits pour ce qu'ils sont : non seulement la guerre n'est pas à exclure, mais elle est aussi presque inévitable. Celui qui est capable et qui a la volonté de lire les livres d'histoire comprendra avant tout que si la Révolution russe, qui continue depuis près de trente ans, depuis 1905, à fluctuer, est contrainte d'orienter sa trajectoire dans la voie de la guerre, elle déchaînera une force terrifiante et écrasante. »

Durant les six années qui précédèrent le pacte germano-soviétique, Trotsky avertit à maintes reprises que Staline cherchait un arrangement avec l'Allemagne. Quand Hitler envahit la Pologne le 1er septembre 1939, les protocoles secrets du pacte de « non agression » n'étaient pas connus. Le 17 septembre, l'Union soviétique envahit la Pologne par l'Est, procédant à une partition de ce pays avec l'Allemagne. Il y avait dans ce pacte des clauses autorisant l'occupation soviétique des Etats baltes (la Lettonie, la Lituanie et l'Estonie) ainsi que des parties de la Roumanie. En novembre 1939, Staline envahit la Finlande dans une « Guerre d'hiver » sanglante qui conduisit à l'annexion de portions de la Finlande au prix de grandes pertes humaines.

Au cours de cette période de 22 mois qui a précédé l'invasion de l'Union soviétique, Staline fournit l'Allemagne hitlérienne en matières premières et en denrées alimentaires qui aidèrent de façon significative l'effort de guerre nazi en Europe occidentale.

Trotsky a insisté pour dire que, malgré les premiers succès du Blitzkrieg d’Hitler en Pologne, en France, au Pays-Bas et ailleurs, l'impérialisme allemand ne pouvait pas résoudre ses contradictions en essayant de conquérir l'Europe. Il a également expliqué qu’Hitler se tournerait inévitablement vers l'Est pour attaquer le régime soviétique. Trotsky était convaincu que, au cours de l'extension imminente de la guerre à une échelle jamais vue dans l'histoire, la bureaucratie stalinienne ne survivrait pas aux bouleversements révolutionnaires que la guerre apporterait. Dans ces conditions, il prévoyait la possibilité que la Quatrième Internationale dirige un nouveau cycle de la révolution socialiste.

Craignant Trotsky beaucoup plus qu’Hitler, Staline ordonna que d'intenses efforts soient faits pour l'assassiner. Ramon Mercader a réussi à tuer Trotsky en août 1940, alors que l'attention du monde était concentrée sur la bataille d'Angleterre.

Hitler a ordonné entre temps à ses généraux de préparer l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique. Le 22 Juin 1941, plus de 3,6 millions de soldats allemands ont traversé la frontière avec 3.000 chars et une formidable armée aérienne. Au cours des six premiers mois de la guerre, trois millions de soldats soviétiques ont été capturés, dont deux millions sont morts de faim comme prisonniers de guerre avant janvier 1942.

Affamer jusqu'à la mort les prisonniers soviétiques faisait partie du « Plan Général de l'Est » d’Hitler. Le but de la guerre était d'occuper l'ensemble de l'Union soviétique jusqu'aux montagnes de l'Oural, et en même temps de repeupler de citoyens aryens « l'espace vital » nouvellement conquis. La population indigène serait tuée dans la « guerre d'anéantissement »; ceux qui auraient survécu au combat seraient utilisés comme main d'oeuvre esclave, exterminés par des escadrons de la mort, ou affamés. Hitler escomptait que 20 à 30 millions de citoyens soviétiques mourraient de faim.

Le régime nazi était férocement anticommuniste et Hitler lui-même regardait la destruction du « bolchevisme juif » comme inextricablement liée à la destruction de l'ensemble des juifs d'Europe. Sur les six millions de juifs tués par les nazis pendant la guerre, des millions ont été massacrés lors de l'invasion de l'Union soviétique.

Trop confiant du fait de ses conquêtes rapides en Europe de l'Ouest, Hitler s'attendait à ce que le régime soviétique s'effondre en six semaines. A mesure que ses forces avançaient sur trois fronts vers Leningrad, Moscou et Stalingrad, elles ont rencontré une résistance farouche et inattendue. Malgré leurs pertes incroyablement élevées, les troupes soviétiques se sont battues avec férocité pour battre les envahisseurs fascistes. A mesure que les armées allemandes s’enfonçaient profondément en Russie, de grandes parties de l'industrie soviétique furent démontées et déplacées vers l'Asie centrale et la Sibérie, imposant d'énormes sacrifices à la classe ouvrière. En 1943, l'économie centralisée de l'Union soviétique, en dépit de ses distorsions staliniennes, dépassait la production de la machine de guerre allemande.

La brutale bataille de Stalingrad qui a duré cinq mois s’est terminée par la déroute des troupes hitlériennes en février 1943. L'année 1943 a également vu la bataille massive de Koursk, à laquelle ont participé 3 millions de soldats et des milliers de chars. Les troupes soviétiques ont atteint l'Allemagne à la fin de 1944. Hitler s'est suicidé le 30 avril 1945 pendant la bataille de Berlin. La capitulation totale du régime nazi est venue juste après minuit le 9 mai, heure de Moscou.

Après la guerre, le régime stalinien a poursuivi une politique de coexistence pacifique avec ses principaux alliés impérialistes, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Selon les accords élaborés lors des conférences de Téhéran, Yalta et Potsdam, l'Europe de l'Est devenait la sphère d'influence de l'Union soviétique, alors que les mouvements révolutionnaires étaient réprimés par les partis communistes qui avaient en grande partie mené la résistance contre les nazis en France, en Italie et en Grèce.

Alors que de nombreux citoyens soviétiques s'attendaient à un assouplissement du régime stalinien après tout ce qu'ils avaient enduré pendant la guerre, il y eut peu d’adoucissement pendant la douloureuse période de reconstruction. La politique nationaliste et anti-ouvrière de Staline a pris des formes monstrueuses pendant la campagne « anti-cosmopolite » et le complot des médecins. Ces campagnes antisémites parrainées par l'État ont été rapidement arrêtées après la mort de Staline en mars 1953.

Depuis la victoire sur l'Allemagne fasciste on a vu la restauration du capitalisme en Union soviétique, effectuée par les héritiers de Staline dans le Parti communiste d'Union soviétique. Vladimir Poutine, représentant corrompu et autoritaire des oligarques capitalistes, tente d'utiliser les célébrations du 9 mai pour soutenir ses propres projets ultranationalistes, y compris une glorification de Staline. Les forces militaires qui paradent sur la Place Rouge, cependant, ne reposent plus sur la base sociale progressiste établie par la Révolution d'Octobre. Le régime de Poutine représente les milliardaires qui ont profité de la trahison finale de la bureaucratie stalinienne que fut la dissolution de l'URSS et sa réinsertion dans l'économie mondiale sur des bases capitalistes.

Si les puissances impérialistes boycottent les commémorations en Russie de la victoire sur le fascisme, c'est dû en grande partie au fait que la politique qu'ils poursuivent aujourd'hui a beaucoup à voir avec celles des nazis. En effet, en Ukraine, les impérialismes américain et allemand sont alliés avec les forces fascistes, descendantes des nationalistes ukrainiens ayant collaboré avec le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les États-Unis attisent délibérément et systématiquement le conflit avec la Russie. Le coup d'Etat d’Ukraine en février 2014 a été suivi d'une immense militarisation de toute la région, dirigée par les Etats-Unis et tournée contre la Russie. Au moment où les commémorations sont organisées à Moscou, des exercices militaires sont menés par les forces de l'OTAN non loin des frontières de la Russie.

Pour sa part, la classe dirigeante allemande, qui a soutenu le coup d'Etat ukrainien, cherche à blanchir les crimes de son passé afin de préparer les nouveaux crimes de l'avenir. Des universitaires allemands tentent de relativiser les crimes du régime hitlérien et présentent le nazisme comme la réponse justifiée à la révolution bolchevique.

Soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, le continent et le monde entier sont confrontés à la résurgence effrénée du militarisme. La seule façon de prévenir une nouvelle guerre impérialiste, non seulement en Europe, mais au Moyen-Orient, en Asie et dans presque toutes les régions du globe, est pour la classe ouvrière internationale de s'unir sur la base d’un programme socialiste et révolutionnaire.

(Article original paru le 9 mai 2015)