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La fin du travaillisme britannique

Par Chris Marsden et Julie Hyland
12 mai 2015

Le fait que la déroute infligée au Parti travailliste dans l’élection législative de jeudi ait suscité un concert de demandes pour un retour à « New Labour » et à l'héritage de son ancien leader Tony Blair montre à quel point ce parti s’est droitisé.

Blair et son stratège en chef, Peter Mandelson, sont tous deux intervenus pour appuyer le message que le Parti travailliste avait perdu parce qu'il avait omis de faire appel à ceux qui aspiraient à faire partie des classes moyennes. Ce qui était pire encore selon Mandelson c’était que le parti avait donné l'impression qu'il était « pour les pauvres, et qu'il détestait les riches ».

Depuis la démission d’Ed Miliband une bataille pour la direction du parti est en cours. Il existe déjà sept candidats potentiels et il est possible que d’autres se déclarent encore. Tous sont des carriéristes insignifiants, des défenseurs fervents d’un capitalisme déréglementé, de la privatisation et du militarisme. Ils insistent pour dire que la défaite du Parti travailliste vient de ce que Miliband était trop à gauche et trop axé sur sa stratégie de mobilisation du vote électoral ouvrier. Le Parti travailliste devait au contraire revenir à la stratégie de Blair de la « grande tente » et aux efforts pour gagner les électeurs conservateurs.

Il est question d’une reconstruction du Parti travailliste qui prendrait dix ans, ce qui souligne que personne ne peut escompter ne serait-ce qu’un semblant d'opposition de la part de ce parti étatique discrédité.

L’élection prouve en effet que l'électorat de base du Parti travailliste a bel et bien été érodé. Mais les travailleurs l'ont déserté parce qu'ils le considéraient déjà comme un Parti conservateur bis – près d'un tiers de l'électorat ne voit aucune raison de voter parce qu'aucun parti n'a rien à leur proposer.

Le très léger virement à gauche de Miliband n'a convaincu personne, venant d'un parti voué à l'austérité et incapable de se défaire du réel bilan de Blair et de son successeur Gordon Brown en tant qu’outil de la grande entreprise et architecte de la guerre en Irak.

Pour cette raison, on ne parle quasiment pas du fait que les travaillistes ont connu leurs pertes les plus importantes en Ecosse, où le Parti national écossais (SNP) s'est faussement déclaré opposé à l'austérité.

Le SNP a réussi à détourner la colère de classe vers le Parti travailliste en lui faisant prendre une direction nationaliste. Cela a fait que les conservateurs ont eut un succès partiel, car ils ont attisé le nationalisme britannique et même anglais. Ceci a également aidé le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) à faire des percées importantes dans les anciens bastions travaillistes.

Les organisations de la pseudo-gauche portent la principale responsabilité politique de la division dans la classe ouvrière et du renforcement des nationalistes des deux côtés de la frontière.

Depuis des années, elles défendent le SNP et le séparatisme écossais en tant qu'alternative progressiste au régime de Westminster (parlement britannique). Dans leurs campagnes électorales, elles ont attaqué le Parti travailliste, non pour sa trahison de la classe ouvrière, mais pour sa défense de l’Union (de l’Ecosse et de l’Angleterre).

Après la victoire du SNP, leur perspective est centrée sur quelque forme d'alliance avec ce parti de la bourgeoisie écossaise, ou, à défaut, sur une ligne consistant à faire pression sur lui pour qu'il « tienne sa promesse » de s'opposer à l'austérité et de lutter pour l'indépendance.

En Angleterre, la pseudo-gauche a poussé des cris de désespoir face à la défaite du Parti travailliste. Mais encore une fois, elle ne propose à la classe ouvrière que des appels creux à pousser les travaillistes et les syndicats à gauche.

Left Unity [Unité de gauche – parti fondé sous l’impulsion de Ken Loach en 2013, ndt.] parle d'une nouvelle victoire des conservateurs en 2020 et exhorte à faire des efforts pour aider à « défaire les mensonges des conservateurs. » Le Socialist Workers Party déclare qu'« il faut faire pression sur les dirigeants syndicaux pour qu'ils commencent à se battre. » Le Socialist Party, qui constitue la majorité de la Coalition syndicaliste et socialiste, met ses espoirs en « Len McCluskey, secrétaire général du [syndicat] Unite, [qui] a suggéré que si le Parti travailliste n'était même pas en mesure de battre les conservateurs, le moment était venu de réfléchir à un nouveau parti. » Ce parti déclare que le « mouvement syndical dans son ensemble » devrait commencer à en discuter.

Aucune de ces tendances ne parle pour la classe ouvrière. Elles sont entièrement intégrées aux structures de la politique bourgeoise. Elles représentent une couche privilégiée de la classe moyenne qui ne se soucie que de se garantir des postes de conseillers politiques auprès des principaux partis, dirigeants syndicaux en vue et ceux qui pensent la politique bourgeoise dans les universités.

Leur rôle spécifique consiste à s'opposer au développement d'un mouvement socialiste révolutionnaire et à subordonner les travailleurs et les jeunes aux représentants politiques des capitalistes.

Les événements du 7 mai sont le produit d’une longue gestation et ne se prêtent pas à une solution rapide.

Les décennies de trahison politique des travaillistes et de la bureaucratie syndicale au Royaume-Uni, de la social-démocratie et du stalinisme au plan international, ont imposé un lourd tribut. A chaque tournant, ceux-ci ont étouffé la lutte de classe et mené une offensive idéologique incessante contre toute prise de conscience politique socialiste dans la classe ouvrière.

En effet, la déroute du Parti travailliste est plus que le simple échec d'un parti. C'est la défaite de toute une perspective politique et de tous les partis et organisations qui se fondent sur elle. Dans toute l'Europe, les anciennes formations sociales-démocrates se désintègrent. Ayant depuis longtemps abandonné leurs prétentions réformistes suite à la mondialisation économique et à l'effondrement capitaliste, que ce soit en Grande-Bretagne, en France, en Grèce ou ailleurs, ils sont devenus les partisans impitoyables de l'austérité et de la guerre.

Les travailleurs et les jeunes sont en face de graves dangers. Ils sont confrontés à un gouvernement qui a déjà promis des milliards de livres de coupes sociales supplémentaires et le vote d’une nouvelle « charte des fouineurs » pour consolider les pouvoirs de l'Etat et des appareils de sécurité. Ce gouvernement cherchera à exacerber les tensions nationalistes, non seulement au Royaume-Uni, mais aussi pour ce qui est de l’immigration et de l'Europe.

De plus, ceci se produit dans un contexte où le capitalisme est au bord d'un nouveau crash financier et où les agressions militaires des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et d'autres grandes puissances risquent de plonger le monde dans une conflagration sanglante.

La solution pour s'extirper de ce cauchemar dépend de la construction d'un parti authentiquement socialiste. Il n'y aura pas d'avancée possible en se tournant à nouveau vers le réformisme national, mais seulement en adoptant un nouvel axe de lutte, celui de l'internationalisme socialiste. Les forces productives de la société doivent être libérées des chaînes du système de profit capitaliste et de la division du monde en Etats-nations rivaux. L'économie mondiale doit être gérée sur la base d’une production planifiée selon les besoins sociaux et non selon le profit privé.

Seuls le Parti de l'égalité socialiste (PES) et le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) préconisent un tel programme socialiste et offrent un moyen par lequel la classe ouvrière peut être unifiée internationalement dans une lutte contre le capitalisme, la cause première de l'austérité et de la guerre..

La construction du PES doit se faire par la clarification politique des travailleurs et des jeunes les plus avancés et les plus désintéressés sur les expériences historiques cruciales du mouvement ouvrier, notamment dans la lutte de plusieurs décennies menée par Léon Trotsky et la Quatrième Internationale contre le stalinisme et celle du CIQI jusqu'à ce jour, pour la perspective de la révolution socialiste mondiale.

(Article original publié le 11 mai 2015)