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Lors d’un congrès à Chicago, la pseudo-gauche jette les bases d’une alliance de type Syriza

Par Eric London
6 mai 2015

Les 2 et 3 mai, plusieurs membres de la pseudo-gauche et d’organisations axées autour du Parti démocrate se sont rencontrés à Chicago pour discuter des possibilités de former une alliance électorale axée sur l’orientation anti-classe ouvrière des démocrates.

L’événement, organisé par Solidarity, Socialist Alternative et l’International Socialist Organization, avait pour nom «Comité d’action électorale : l’avenir de la politique de gauche et indépendante» (Electoral Action Committee: Future of Left and Independent Politics). Les personnes figurant sur la liste des partisans officiels de l’événement étaient soit (1) des responsables élus du Parti démocrate et des Verts, soit (2) des bureaucrates syndicaux, ou bien (3) ceux qui aimeraient eux-mêmes figurer dans les catégories (1) et (2) ou qui occupent des postes bien rémunérés au sein de leurs services.

Le contenu de l’ordre du jour de la conférence montrait clairement que le but des organisateurs était de mettre sur pied un véhicule politique qui intégrera à tous les niveaux la pseudo-gauche dans l’appareil gouvernemental américain.

Sur les 14 tables rondes qui étaient prévues à la conférence, pas une seule ne traitait des questions de la guerre, de l’inégalité sociale, de la pauvreté ou des attaques perpétrées contre les droits démocratiques. Le rôle du gouvernement Obama n’était pas abordé dans le programme et le Parti démocrate était carrément ignoré à l’exception d’une mention neutre.

Treize des 14 tables rondes étaient consacrées à établir la meilleure façon de hisser les représentants des groupes de la pseudo-gauche à des positions officielles de pouvoir. Les participants à l’événement ne quittent pas le butin des yeux: des sièges au conseil municipal, dans les mairies et même la direction des services de police. Les radicaux de la classe moyenne supérieure se rassemblaient à Chicago non pas pour s’opposer au gouvernement, mais pour en faire partie.

«Pour pouvoir commencer l’édification d’une alternative électorale viable, nous devons d’abord forger une unité entre nos différentes campagnes», peut-on lire dans les pages officielles de la conférence. Les organisateurs de la conférence proposent «de discuter du “pourquoi” des objectifs de se présenter et de remporter des élections», et «du partage des enjeux après l’élection à des postes et des stratégies permettant l’ouverture d’un espace politique aux mouvements sociaux».

La réunion comportait «des discours inspirants» qui «rassembleront des candidats chevronnés» dans le but «d’obtenir une représentation à partir des personnes de couleur, des jeunes, des femmes, de la communauté homosexuelle LGBTQ et des défenseurs des personnes en situation de handicap».

A aucun moment la conférence ne parlait de la question fondamentale du but de l’activité électorale. Les socialistes révolutionnaires authentiques ne refusent pas par principe de participer à des élections bourgeoises. Dans certaines conditions, les campagnes électorales peuvent faire avancer la lutte pour le développement de la conscience politique de la classe ouvrière.

Mais, de telles campagnes ne sont jamais lancées dans l’idée de «s’approprier» l’Etat capitaliste et de s’en servir pour entreprendre des tâches «progressistes». L’Etat est une machine répressive qui a résulté historiquement de la division de la société en classes dans le but de défendre la richesse et les privilèges d’une infime minorité de dirigeants à l’encontre de la majorité qui est exploitée. La tâche des socialistes révolutionnaires, s’ils sont élus, est d’utiliser de telles postes pour démasquer plus en profondeur la nature de l’Etat et participer aux efforts de la classe ouvrière dans la lutte révolutionnaire pour le pouvoir et contre l’Etat.

Ceux qui ont convoqué la conférence de Chicago sont férocement opposés à une telle perspective, leur but étant d’accéder à des postes d’influence – et de revenu – dans le cadre de l’Etat capitaliste, et pas de mettre un terme au capitalisme.

Il est révélateur que l’ordre du jour précisait que ces «sujets croiseront un vaste éventail d’organisations non sectaires indépendantes de gauche». Le terme «non sectaire» a ici une signification politique précise: il signifie que ces «organisations» n’ont aucune objection de principe à travailler avec le Parti démocrate ou la bureaucratie syndicale ou tout autre agent du patronat.

«Sectaire», du même coup, est le terme qu’ils utilisent comme insulte contre le Comité international de la Quatrième Internationale et le World Socialist Web Site qui luttent avec intransigeance pour l’indépendance politique de la classe ouvrière par rapport au Parti démocrate et toute autre sorte de politique bourgeoise.

Les motivations professionnelles de ceux qui étaient présents à Chicago sont mises en évidence par l’intitulé de l’une des tables rondes: «Vous êtes élu! Que faire maintenant?»

La réponse à cette question se trouve dans l’exemple de la coalition grecque de la Gauche radicale (Syriza) qui a remporté les élections en janvier et formé une coalition gouvernementale avec le parti xénophobe d’extrême droite des Grecs indépendants (ANEL). Dans les 30 jours qui ont suivi son entrée au gouvernement, Syriza avait répudié ses promesses de campagne et commencé à mettre en œuvre les dictats d’austérité des banques européennes. Une table ronde à la conférence de Chicago avait pour thème: comment suivre le modèle de Syriza et de son homologue espagnol, Podemos.

Les militants au congrès de Chicago qui occupaient déjà des postes d’élus apportent une preuve supplémentaire du bilan anti-ouvrier de la pseudo-gauche. L’ancienne maire de Richmond, en Californie, la conseillère municipale Gayle McLaughlin, participait à la conférence et illustre ce bilan droitier.

McLaughlin est la fondatrice de l’Alliance progressiste de Richmond (Richmond Progressive Alliance), un groupe qui est explicitement aligné sur des sections du Parti démocrate. En 2010, McLaughlin s’était présentée pour être réélue en proposant de recruter des centaines de policiers dans une ville lourdement appauvrie. Durant son mandat de maire, la ville avait conclu un accord corrompu avec la société Chevron Corporation par lequel la ville avait accepté de ne plus tenter de combler un vide juridique dans le code fiscal qui permettait à la multinationale d’éviter de payer des taxes aux services publics. En 2012, McLaughlin avait appuyé une réduction de 1 pour cent des salaires des travailleurs gagnant entre 40.000 et 100.000 dollars en remarquant qu’un «régime minceur» était nécessaire.

La table ronde comprenait également Angela Walker qui fut candidate pour le poste de shérif du comté de Milwaukee en 2014. En d’autres termes, tandis que la police se livre à des actes de violence dans le pays en tuant quotidiennement des civils, la pseudo-gauche accorde une plate-forme à des individus qui soit soutiennent une augmentation des effectifs de la police, soit veulent revêtir l’uniforme, se munir d’un pistolet et diriger eux-mêmes les services de police.

Une autre partisane de la conférence, la conseillère municipale de Seattle, Kshama Sawant, devait participer à une autre table ronde, intitulée «Les élections, le travail et les mouvements sociaux : Pourquoi nous avons besoin de campagnes politiques indépendantes» (Elections, Labor, and the Social Movements: Why We Need Independent Political Campaigns.) Sawant, membre de Socialist Alternative, avait participé en février à une collecte de fonds pour un dirigeant du Parti démocrate, Larry Gossett, après que ce dernier ait soutenu la construction à Seattle d’une prison pour jeunes détenus comptant 150 cellules. Son mandat a révélé son orientation axée sur une cabale d’anciens spéculateurs de Wall Street et de dirigeants du Parti démocrate dans l’Etat de Washington.

Autrement dit, la réponse à la question «Vous êtes élu, que faire maintenant?» est de consolider pas à pas les relations avec les démocrates et les républicains en poursuivant leur politique. Des tables rondes supplémentaires devaient traiter en détail de la façon d’amasser de l’argent pour les campagnes des conseils municipaux, comment poser sa candidature pour un poste indépendant au niveau local tel celui de shérif ou de juge, comment se faire inscrire sur une liste électorale et comment faire pression sur le Parti démocrate pour relever le salaire minimum.

Le contenu de l’ordre du jour montrait clairement que les dirigeants des organisations participantes se reconnaissent dans les professeurs, les petits fonctionnaires, les bureaucrates syndicaux et les «militants» qui dirigent actuellement l’Etat grec et qui supervisent non seulement l’imposition de l’austérité à la classe ouvrière grecque, mais aussi la répression policière contre l’opposition sociale.

Un grand nombre de ceux qui menaient le débat aux tables rondes à Chicago visent assurément à occuper des postes de haut niveau au sein du gouvernement américain. Ils lorgnent la Grèce en se demandant s’il y aura un jour un «secrétaire d’Etat McLaughlin», un «secrétaire à la Défense Walker», ou même une «présidente Sawant»

La pseudo-gauche voit à la fois une occasion et un danger dans l’hostilité grandissante au sein de la classe ouvrière et des jeunes à l’égard de l’establishment politique. D’une part, elle espère «créer un espace politique» pour obtenir, pour la classe moyenne supérieure, une position plus privilégiée à l’université, dans la bureaucratie syndicale et au gouvernement.

D’autre part, cette couche – qui est liée à Wall Street de par ses fonds communs de placement et ses portefeuilles d’actions – est terrifiée à l’idée qu’un mouvement indépendant de la classe ouvrière en faveur de l’égalité sociale puisse menacer son existence privilégiée.

En dernière analyse, quel que soit le programme proposé par la pseudo-gauche à la conférence de Chicago, il est défini par l’hostilité de cette couche à l’égard de la classe ouvrière. C’est ce fait objectif qui motive les organisateurs de la conférence à chercher à créer une plateforme électorale qui attache des travailleurs et des jeunes virant vers la gauche au Parti démocrate et aux bureaucraties syndicales.

L’antipode politique de la conférence de l’unité de la pseudo-gauche à Chicago a également eu lieu durant ce même week-end. Dimanche 3 mai, le World Socialist Web Site et le Comité international de la Quatrième Internationale ont organisé leur deuxième Rassemblement international en ligne du 1er mai pour unir la classe ouvrière internationale contre la guerre, la dictature et l’inégalité sociale sur la base d’une perspective socialiste révolutionnaire.

(Article original paru le 2 mai 2015)