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La junte égyptienne commence l’exécution d’islamistes

Par Alex Lantier
10 mars 2015

Par l’exécution samedi dernier d’un accusé islamiste, le premier meurtre d'État parmi les centaines de condamnations à mort prononcées lors des procès de masse qui ont suivi le coup militaire de juillet 2013, la junte égyptienne proaméricaine intensifie sa campagne de terreur dictatoriale contre la population.

La junte a choisi de commencer les exécutions par l’accusé Mahmoud Ramadan, personnellement impliqué dans un crime horrible, le meurtre d'un jeune homme dans le quartier de Sidi Gaber à Alexandrie au cours des manifestations de masse contre le président égyptien islamiste Mohamed Mursi, dans la période précédant le coup d’Etat de 2013. Le régime a calculé sans doute que le choix d'une telle cible permettrait de donner un vernis de légitimité à ses simulacres de procès et aux peines de mort sommaires prononcées au cours de l’année passée.

Ramadan faisait partie d'un groupe de voyous islamistes qui a agressé l'adolescent, qui aurait lancé des pierres sur des manifestants pro-Mursi, et l'a jeté d'un toit – un crime capturé sur une vidéo mise en ligne et largement consultée. Dans cette vidéo, Ramadan a un drapeau noir où est inscrit le Shahada, la profession de foi islamique – un drapeau souvent associé à Al-Qaïda.

Quelque soit la nature odieuse de l'assassinat de Sidi Gaber, la junte du général égyptien Abdel Fattah al-Sisi n'a pas de légitimité politique pour exécuter Ramadan. Elle est coupable de crimes bien plus grands contre les masses égyptiennes, commis avec le soutien de Washington et des grandes puissances européennes. Après avoir supervisé d'innombrables actes de violence contre les manifestants sous Mursi avant le coup de juillet 2013, l'armée a tiré sur des milliers de manifestants pacifiques opposés au coup d’Etat dans les rues du Caire et d'autres villes.

En tuant Ramadan, le but de la junte est le même que lorsqu’elle assassinait en janvier dix-huit manifestants qui défilaient pour marquer le quatrième anniversaire de la chute du dictateur militaire Hosni Moubarak, soutenu par les Etats-Unis. Elle vise à prévenir par la pure terreur policière une nouvelle montée révolutionnaire de la classe ouvrière contre l'armée et dit clairement que ce qui attend tous les opposants politiques c’est une peine de mort potentielle.

Le procès de Ramadan était une parodie de justice. Selon des documents judiciaires, Ramadan a été reconnu coupable de « tuer un enfant en le poignardant et le jetant du toit. » Il a été condamné à mort en mai 2014, une peine confirmée ultérieurement par le Grand Mufti d'Egypte Shawqy Allam, comme le demande la loi égyptienne.

La décision se fondait apparemment sur la confession télévisée de Ramadan après son arrestation par l'armée, dans laquelle il reconnaissait son implication dans le crime. Toutefois, Ramadan a admis plus tard n’avoir fait que poignarder le jeune homme, niant qu'il l’avait jeté du toit de l'immeuble. La vidéo en ligne ne montre pas Ramadan jetant le jeune du toit.

Les avocats de Ramadan ont donc demandé que les procureurs fournissent des preuves pour prouver l'implication de leur client dans le meurtre. Les procureurs et le juge ont simplement ignoré leurs requêtes.

Des groupes des droits humains ont dénoncé le procès. « L'exécution s'est passée après un procès inéquitable où n'étaient pas inclus tous les [témoignages] et où la conviction fondée sur des preuves est très fragile, » a déclaré le chercheur Mohamed Elmessiry d’Amnesty International-Egypte. « L'exécution n'aurait pas dû se produire, et un nouveau procès aurait dû être ordonné. »

L'Organisation arabe des droits de l'homme (OADH) a également condamné la décision. « Le tribunal a considéré des preuves fabriquées et a refusé de se pencher sur les preuves qui démentaient les charges pesant sur les accusés, » a-t-elle déclaré.

Un porte-parole des Frères musulmans (FM) de Mursi a également condamné l'exécution. « Il n'y a pas de différence entre un meurtrier avec un fusil et un assassin sur un banc de tribunal, » a déclaré Mohamed Montaser, ajoutant : « Les peines de mort sont de nature politique. »

La terreur contre-révolutionnaire de la junte dirigée par Sisi s’appuie avant tout sur le soutien de Washington et de ses alliés impérialistes d’Europe, qui ont maintenu un silence assourdissant sur l'exécution de Ramadan. Ceux-ci ont donné l'an dernier le feu vert aux condamnations à mort de masse prononcées contre des membres ou sympathisants présumés des Frères musulmans (FM) dans des jugements sommaires à la fin de simulacres de procès. Il y eut 529 condamnations en mars, 683 en avril et 185 en Décembre 2014.

Bien que ces condamnations à mort de masse aient principalement touché un mouvement islamiste droitier, leur cible politique était l'opposition continue de la classe ouvrière, la principale force dans les luttes révolutionnaires qui ont éclaté il y a quatre ans en Tunisie et en Egypte.

Entre le coup d’Etat de juillet 2013 et la première condamnation à mort de masse, en mars 2014, la junte a attaqué des vagues de grèves et de manifestations qui ont culminé dans une grève des travailleurs des usines textiles de Mahalla. La junte craint une large opposition populaire à ses méthodes dictatoriales et à ses mesures néo-libérales, comme les coupes sombres dans les subventions alimentaires et de carburant pour la population laborieuse, telles qu’elles sont exigées par le FMI et les puissances impérialistes. Les réductions de subventions ont finalement été introduites par Sisi en juillet dernier.

Washington et ses alliés européens ont multiplié leur soutien à la junte de Sisi pendant qu'elle faisait pleuvoir les coupes sociales et les condamnations à mort, récompensant le Caire par des liens toujours plus étroits et des fournitures militaires toujours plus importantes. L'administration Obama a livré des hélicoptères d'attaque Apache juste après les condamnations à mort de mars 2014 et a accueilli le ministre égyptien des Affaires étrangères Nabil Fahmy à Washington, le jour après les condamnations à mort d’avril.

L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair est devenu haut conseiller de la junte Sisi en juillet, et le gouvernement du Parti socialiste en France a signé avec la junte à Paris des contrats d'armement représentant des milliards de dollars peu avant l'annonce des condamnations à mort de masse de décembre.

Le rôle d’agent contre-révolutionnaire de l'impérialisme pour l'ensemble du Moyen-Orient joué par la junte Sisi devient de plus en plus clair. Son ciblage des islamistes pour justifier la violence contre-révolutionnaire à l’intérieur l’a alignée avec l'intervention impérialiste de plus en plus développée au Moyen-Orient contre les milices de l'Etat islamique (EI) et ses mandataires régionaux, à la suite des victoires de l'EI au printemps dernier en Irak et en Syrie.

La junte Sisi a été de plus en plus intégrée dans les opérations militaires de l'impérialisme contre les milices islamistes à travers la région. Alors que les forces militaires occidentales ont commencé le déploiement de troupes en Irak et le bombardement du pays, l'Egypte elle, a bombardé les zones de la Libye contrôlées par la guérilla islamiste depuis la guerre de l'OTAN qui a renversé le régime du colonel Mouammar Kadhafi en 2011.

Le bain de sang dans la région entraîne l’Egypte elle-même de plus en plus profondément dans le conflit; la junte fait face à des menaces de représailles contre ses simulacres de procès, sous forme de lutte armée ou d’actions terroristes de la part de groupes islamistes ou de milices intérieures.

« La réponse à l'exécution de Ramadan est un soulèvement et la [déclaration] du djihad, » a déclaré Mohamed Galal, un chef de file du Front Salafi islamique.

Des organes de presse égyptiens ont cité des déclarations de mouvements politiques, tels que la Résistance populaire à Gizeh et Répression révolutionnaire, jurant de venger l'exécution de Ramadan.

(Article original publié le 9 mars 2015)