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Discussion à l'Université Humboldt: «La campagne de Charlie Hebdo est utilisée pour réprimer la liberté d'expression»

Par nos correspondants
2 mars 2015

Le rapport complet présenté lors de la dernière rencontre organisée par les Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale dans le cadre de leur campagne pour les élections au Parlement étudiant de l'Université Humboldt à Berlin, ainsi que la discussion à la fin de la présentation ont encouragé plusieurs participants à s'exprimer à la suite de la conférence.

Christian et Dominik sont sur le point d’obtenir leur diplôme de bachelier du lycée Kant à Berlin-Steeglitz et se préparent pour leurs examens finaux. Christian s'intéresse à la situation politique depuis un certain temps, surtout avec la poussée vers la guerre. Il s'est appuyé principalement sur Internet comme source d'information. «Alors, a-t-il dit, quand on m’a remis le prospectus pour la réunion de l'EJIES et que je l’ai lu, j’ai su qu’il fallait que je vienne.»

Des étudiants et des jeunes à la conférence

Les médias officiels ont été trompeurs dans leurs rapports sur les événements en Ukraine l'an dernier, a déclaré Christian, «présentant la Russie comme l'ennemi à tout point de vue». Même la séquence vidéo montrant des soldats russes dans l'est de l'Ukraine a été falsifiée. «Même si des soldats russes sont là, personne dans les médias ne pose la question, pourquoi?» Sur le rôle de l'Allemagne en Ukraine, Christian a ajouté, «La Fondation [des chrétiens-démocrate de la CDU] Konrad Adenauer a soutenu le coup d'Etat à Kiev dans les coulisses.» Une guerre nucléaire doit être évitée à tout prix, a-t-il dit.

Discussions entre des étudiants et des membres de l'EJIES après la réunion

Dominik, qui est né à Saint-Pétersbourg et est résident en Allemagne depuis quatre ans, a agréé. «Je suis venu à cette réunion parce que j'ai envie de mieux comprendre le monde. Nous vivons à une époque où il faut être éveillé. On ne peut pas baisser la garde, a-t-il souligné. La politique militariste de l'OTAN en Ukraine l'an dernier l’avait alarmé. L'expansion de l'OTAN à la frontière russe viendrait «provoquer la Russie». Avec l'Allemagne amenant l’Ukraine dans l'Union européenne, puis dans l'OTAN, des bases de l'OTAN seraient établies dans tous les pays voisins de la Russie, a-t-il dit.

Les deux se sont prononcés contre la campagne au nom de la liberté d'expression menée dans le sillage de l'attaque contre Charlie Hebdo, qui a été examinée en détail lors de la réunion. C'était, en réalité, les gouvernements qui ont restreint la liberté d'expression afin de tromper le public sur leurs objectifs politiques. «C'était déjà clair avec la répression contre WikiLeaks», a déclaré Christian.

Dominik partageait a également ce point de vue. Les organisations des élites utilisent la campagne de Charlie Hebdo comme «couverture pour éliminer la liberté de parole».

Sur la publication de caricatures dégradantes par Charlie Hebdo, il a fait remarquer, «La religion a une influence sur les gens opprimés. On peut critiquer la religion, mais pas la ridiculiser.»

Martin, un étudiant de sciences géographiques à l'Université libre de Berlin, a trouvé la rencontre et les discussions très stimulantes. Il a dit que le lien entre les universités allemandes pendant la période nazie et les développements de la période actuelle donnaient tout particulièrement à réfléchir.

Martin vient de Guatemala et a étudié au cours des trois dernières années à Jérusalem. Il a comparé l'intensification des mesures de police d'État à la suite de l'attaque de Charlie Hebdo à ce qui passe chez lui en Amérique latine. Depuis le meurtre d’étudiants protestataires au Mexique et les manifestations qui ont suivi, la situation au Guatemala était également tendue.

Quand il a visité récemment sa mère, son quartier résidentiel était encerclé par des barricades et gardé par des agents de sécurité. «J'ai dû attendre en file pendant 20 minutes», a déclaré Martin, «Puis j’ai dû fournir mon identité.» Ce phénomène est en hausse dans la capitale guatémaltèque, dit-il, où les citoyens aisés se sont organisés pour isoler leurs quartiers des pauvres avec des barrières et du personnel de sécurité. «Cette campagne pour plus de mesures de sécurité est inquiétante», a-t-il dit. Elle rend actuelles les leçons de l'histoire.

Arthur, un étudiant de 22 ans de Potsdam, pensait qu'il était important de protester contre le militarisme et le risque croissant de guerre. Il croyait aussi que les universités évoluaient politiquement vers la droite. C’est pourquoi il a soutenu la campagne de l'EJIES et avait l’intention de la faire connaître à ses camarades étudiants.

(Article original paru le 21 janvier 2015)