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Les États-Unis ramènent le peloton d'exécution

Par Barry Grey
28 mars 2015

Lundi, le gouverneur de l'Utah Gary Herbert, en apposant sa signature à un projet de loi, a promulgué une nouvelle loi qui rétablit le peloton d'exécution comme méthode d'exécution. Ce projet de loi donne au gouvernement de cet État américain la possibilité de tuer par balle des détenus, s'il ne parvient pas à obtenir les produits chimiques nécessaires pour les tuer par injection mortelle.

En signant cette mesure, Herbert, un républicain, a reconnu que les pelotons d'exécution sont «un peu horribles». Cependant, lui et d'autres responsables de l'État ont fait valoir que c'était une nécessité pratique si l'on voulait que la machine à tuer de l'État continue de fonctionner.

D'autres États américains, également mus par leur détermination à poursuivre l'exécution de prisonniers, envisagent de relancer des méthodes que la plupart des gens considèrent depuis longtemps comme des reliques d'un passé plus barbare, ou bien d'avoir recours à de nouveaux moyens pour tuer des êtres humains.

La Chambre des représentants de l'État du Wyoming a adopté en début d'année un projet de loi pour ramener le peloton d'exécution, mais la mesure a été bloquée par le sénat de l'État. Le parlement de l'État de l'Alabama a voté ce mois-ci la réintroduction de la chaise électrique. Des républicains à la Chambre des représentants de l'État de l'Oklahoma proposent de mettre les prisonniers dans des chambres hermétiques et de les asphyxier avec de l'azote.

De nombreux États américains interdisent l'utilisation de l'azote pour euthanasier les animaux, mais cela n'empêche pas le député républicain de la Chambre des représentants de l'Oklahoma, Mike Christian, de s'enthousiasmer. «Je crois que l'utilisation de l'hypoxie d'azote sera le produit de l'avenir une fois qu'il sera adopté dans l'Oklahoma», a-t-il déclaré. Il faut reconnaître que Christian n'est pas particulièrement pointilleux quand il s'agit de moyens visant à mettre fin à la vie humaine.

L'année dernière, suite à la torture par injection mortelle de Clayton Lockett, détenu du couloir de la mort dans l'Oklahoma, au cours de laquelle le condamné s'est tordu de douleur pendant 45 minutes avant de succomber, Christian avait catégoriquement réitéré son soutien à la peine de mort: «Vraiment, je me fiche pas mal que cela se fasse par injection mortelle, par la chaise électrique, par un peloton d'exécution, par la pendaison, par la guillotine ou en étant jeté aux lions.»

Lockett était l'un des trois criminels, condamnés pour des crimes punis par la peine de mort, qui ont souffert une agonie prolongée l'année dernière lorsque certains États, l'Arizona dans le cas de Joseph Wood et l'Ohio dans le cas de Dennis McGuire, ont décidé de les tuer avec des mélanges de produits chimiques non testés fournis par des pharmacies peu réglementées et anonymes qui réalisent elles-mêmes les préparations chimiques. Les gouvernements des États ont de plus en plus de difficultés à obtenir des substances létales pour les exécutions parce que l'Union européenne a interdit leur vente aux États-Unis par des entreprises européennes, en conformité avec son opposition officielle à la peine de mort, tandis que, de leur côté, les grandes entreprises américaines se retirent de l'approvisionnement de tels produits chimiques.

De plus, les procès contre les exécutions utilisant des produits chimiques sont en augmentation. La Cour suprême des États-Unis, qui a maintes fois confirmé la peine de mort, va devoir se prononcer le mois prochain sur une affaire soumise par des détenus de l'Oklahoma condamnés à mort qui contestent la procédure d'injection létale de l'État comme étant en violation de l'interdiction inscrite dans la Constitution américaine de tout «châtiment cruel et inhabituel».

Certains États s'empressent d'interdire légalement l'identification des entreprises qui fournissent des produits chimiques destinés à l'injection létale, dans le but de continuer à faire tourner la machine de la peine de mort. L'année dernière, la Chambre des représentants de l'Ohio a approuvé un projet de loi qui accorde l'anonymat à ces entreprises pendant 20 ans, et la Cour suprême de Géorgie a jugé que cette information pouvait être légalement tenue secrète.

Plus de 3 000 personnes croupissent dans les couloirs de la mort des États-Unis, soit une partie des 2,4 millions de personnes qui représentent la plus grande population carcérale nationale du monde. Ce sont majoritairement des travailleurs et des pauvres, et de manière disproportionnée des Afro-américains et Latino-américains. Au début du mois, une condamnée à mort de Géorgie a évité, de quelques heures, la mort pour la deuxième fois en une semaine avant d'être renvoyée dans sa cellule dans l'attente de son prochain rendez-vous avec le bourreau.

Le parti républicain n’est pas le seul à soutenir l'assassinat de citoyens par l’État. L'an dernier, le président Obama s'est empressé de défendre la peine de mort après l'exécution «bâclée» de Clayton Lockett, exprimant par là le consensus bipartite écrasant qui existe au sein de la classe dirigeante américaine en soutien à cette pratique barbare.

Comment peut-on expliquer ce sadisme et cette violence systématiques? Peut-on s'attendre à voir certains exiger le retour d'autres pratiques? Comme par exemple l'écartèlement, l'éviscération, le garrot?

Le retour du peloton d'exécution révèle l'état réel des rapports de classe aux États-Unis. Il faut le voir dans le contexte plus large de l'approbation, par l'État, de la torture, des assassinats extrajudiciaires par drones, des meurtres commis par les policiers et de la militarisation de tous les aspects de la vie sociale. Tout ceci est effectué par une classe dirigeante qui mène une guerre sans relâche contre la classe ouvrière, comprenant la destruction des retraites et des prestations de santé et le refus du droit à ces éléments de la vie civilisée que sont l'eau, le gaz et l'électricité.

La sauvagerie apparemment gratuite de l'élite patronale et financière et de leurs institutions politiques reflète à la fois la faillite de leur système, le capitalisme, et leur crainte de voir s'intensifier l'opposition de la classe ouvrière.

C'est tout à fait approprié que l'Utah restaure le peloton d'exécution au centenaire de l'exécution du militant ouvrier révolutionnaire et compositeur Joe Hill. Né en Suède sous le nom de Joël Emmanuel Hägglund, Hill avait immigré aux États-Unis et était devenu un organisateur des Industrial Workers of the World (Travailleurs industriels du monde). Il fut exécuté par un peloton d'exécution de l'Utah le 19 novembre 1915, après avoir été condamné pour meurtre sur la base d'accusations fabriquées.

Le sort de Hill souligne le fait que la peine de mort et toutes les autres formes de coercition et de répression d'État sont dirigées contre la classe ouvrière et son potentiel révolutionnaire.

Les vérités marxistes sur la nature du capitalisme et le conflit irréconciliable entre les deux principales classes, la classe capitaliste et la classe ouvrière, émergent de plus en plus dans les expériences d'un grand nombre de personnes: le fait, par exemple, que l'État est par essence constitué de détachements spéciaux d'hommes armés et, pour reprendre les paroles de Engels, de «prisons et établissements pénitentiaires de toutes sortes», et que l'État est «l'État de la classe la plus puissante, de celle qui domine du point de vue économique» et est un moyen de «mater et exploiter la classe opprimée».

Les luttes croissantes de la classe ouvrière doivent être armées d’une conscience socialiste et d'un programme révolutionnaire clair. L'instrument irremplaçable pour la réalisation de cette tâche est le parti révolutionnaire de la classe ouvrière. Les travailleurs et les jeunes qui s'opposent à la réalité barbare du capitalisme et veulent se battre pour un avenir sans guerre, sans répression et sans pauvreté devraient adhérer au Parti de l'égalité socialiste.

(Article original paru le 26 mars 2015)