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Avec le soutien des États-Unis, la France lance une campagne de bombardement en Syrie

Par Nick Beams
18 novembre 2015

Le sommet du G20 des responsables politiques du monde qui se tient en Turquie pour discuter des questions économiques relatives à l’économie mondiale s’est vu transformer en un conseil de guerre. Suite aux attentats terroristes de vendredi soir à Paris, les principales puissances impérialistes s’empressent d’intensifier leur intervention militaire en Syrie.

Dimanche soir, des avions de combat français ont effectué leur plus importante opération de bombardement aérien sur la Syrie. Elle fut lancée simultanément à partir des Émirats arabes unis et de la Jordanie en procédant au largage de 20 bombes sur la ville syrienne de Raqqa qui auraient ciblé un centre de commandement de l’État islamique (EI), des dépôts de munitions et un camp d’entraînement. L’opération a été réalisée en coordination avec les forces américaines.

Auparavant, Ben Rhodes, le conseiller adjoint américain à la sécurité nationale, a dit être convaincu que «dans les jours et les semaines à venir» les États-Unis et la France «intensifieraient leurs frappes contre [l’EI]… pour indiquer clairement qu’il n’y a pas d'asile pour ces terroristes».

S’exprimant à l’émission «Meet the Press » sur NBC, Rhodes a dit qu’il y aurait un «renforcement» de l’effort militaire américain et que «ce que nous faisons ici au G20 c’est de chercher à obtenir des contributions supplémentaires de la part de nos partenaires de façon à donner davantage de poids à cet effort».

Des propositions sont actuellement faites au sein de l’armée et de l’establishment américains en vue d’une importante escalade de l’action américaine, indépendamment des conséquences.

Ted Cruz, sénateur texan et candidat républicain à la présidence, a dit que l’EI «ne serait pas dissuadé par des frappes aériennes ciblées de tolérance zéro pour des victimes civiles au moment où les terroristes font preuve d’un tel mépris pour la vie de citoyens innocents».

Son appel en faveur d’une action nettement renforcée de l’armée américaine, en faisant fi des conséquences pour la population civile qui est déjà très éprouvée par la guerre civile provoquée par les États-Unis, a été repris par la démocrate californienne Dianne Feinstein qui siège à la commission du renseignement du Sénat.

«Il est devenu manifeste», a dit Feinstein, «que des frappes aériennes limitées et un appui aux forces irakiennes et à l’opposition syrienne ne suffisent pas pour protéger notre pays et nos alliés».

L’amiral à la retraite John Stavridis, qui a été commandant des forces de l’OTAN en Europe de 2009 à 2013, a exigé une intervention directe de l’OTAN en Syrie et en Irak.

«La puissance douce et une vision à long terme importent au Moyen-Orient, mais il y a un temps où l’application intransigeante d’une puissance dure s’impose. Ce temps est venu et l’OTAN devrait réagir militairement avec vigueur contre l’État islamique», a dit Stavridis.

Lors de la première journée du sommet du G20, le président américain Barack Obama a discuté pendant 35 minutes avec le président russe Vladimir Poutine dans ce que la Maison- Blanche a qualifié d’échanges «constructifs».

La rencontre avait fait suite à une entente survenue lors d’une réunion samedi à Vienne des ministres des Affaires étrangères des 17 membres du Groupe international de soutien à la Syrie qui oeuvre en faveur d’un cessez-le-feu en Syrie et de la tenue d’ici deux ans d’élections sous l’égide des Nations unies. Ce groupe, qui inclut les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, a publié un communiqué disant être parvenu «à une position commune» sur des questions clés.

Les discussions qui s’ensuivirent entre Obama et Poutine au G20 ont eu lieu dans le cadre de l’objectif américain d’écarter voire de supprimer totalement le soutien de la Russie pour le régime syrien du président Bachar al-Assad.

Aux termes de cet accord, un processus serait enclenché après l’instauration d’un cessez-le-feu afin d’établir une gouvernance «inclusive et non sectaire», l’élaboration d’une nouvelle constitution et la tenue d’élections sous les auspices de l’ONU d’ici 18 mois.

Un point de divergence subsiste cependant quant au sort d’Assad. Dans une interview publiée la veille du sommet du G20, Poutine avait dit que d’autres pays n’avaient pas le droit de demander le départ d’Assad et que «seuls ceux qui croient en leur caractère exceptionnel [une référence à peine voilée aux États-Unis] se permettent d’agir d’une telle manière et d’imposer leur volonté aux autres».

Les États-Unis mènent depuis 2011 une campagne pour faire chuter le gouvernement Assad dans le cadre de leur opération de changement de régime au Moyen-Orient afin d’avoir la mainmise sur la région. La Russie soutient Assad pour protéger ses intérêts stratégiques dans la région, y compris ses installations navales en Syrie.

Les États-Unis ont clairement fait savoir qu'en ce qui les concerne, il ne pourrait y avoir de solution sans une éviction d’Assad – une position réitérée par la conseillère à la sécurité nationale d’Obama, Susan Rice. Elle a dit qu’un «régime de transition» devait arriver au pouvoir «et il est très dur d’envisager comment cela pourrait se concrétiser tant qu’Assad reste au pouvoir».

Ces remarques ont montré clairement qu’alors que l’offensive militaire renforcée est conduite sous la bannière d’une «guerre» contre l’EI, la véritable cible est le régime Assad que les États-Unis et la France veulent voir renversé.

D’autres puissances impérialistes sont également en train de se préparer à intervenir. Le premier ministre britannique David Cameron a signalé son intention de rechercher le soutien parlementaire pour que les forces britanniques appuient les États-Unis. Le Royaume-Uni avait refusé de soutenir les États-Unis en août-septembre 2013 dans leur plan d'attaquer la Syrie, ce qui avait forcé Obama à reculer et à accepter une intervention de la Russie dans la destruction des armes chimiques syriennes.

«Il devient de plus en plus évident que notre sécurité dépend de l’humiliation et finalement de la destruction de l’État islamique, que ce soit en Irak ou en Syrie», a dit Cameron.

Après les discussions avec Obama au G20, un porte-parole de Poutine a dit qu’alors qu’il était trop tôt pour parler d’un rapprochement, il y avait un besoin d’«unité» dans la lutte contre le terrorisme.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a réagi à cette position avec, comme l'a décrit le Financial Times, un «mépris à peine voilé». «Non seulement il nous faut davantage de coopération, mais aussi de bonne volonté, notamment de l’action russe au sol en Syrie. Il faut davantage se concentrer sur l’État islamique et pas… contre l’opposition syrienne modérée», a-t-il dit.

L’«opposition modérée en Syrie» est un mythe qui est créé par les politiciens impérialistes et une presse docile. Les forces qui s'opposent au régime d'Assad sont dominées par des groupes comme Al-Nousra, qui ont été engendrés par al-Qaïda, qui a aussi donné naissance à l’EI. Le caractère fictif des soi-disant «modérés» a été divulgué au début de cette année lorsqu’il fut dévoilé qu’en dépit de dépenses à hauteur de millions de dollars pour l’entraînement militaire, les États-Unis n'ont pu trouver que quatre ou cinq personnes pouvant être classées dans cette catégorie.

L’attentat terroriste perpétré à Paris est une terrible conséquence des opérations américaines menées au Moyen-Orient. Les déclarations émanant des dirigeants de l’impérialisme mondial et des discussions du G20 montrent clairement que les attentats terroristes découlant des crimes d’hier sont rapidement en train d’être utilisés pour en perpétrer de nouveaux.

(Article paru en anglais le 16 novembre 2015)