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Le syndicat canadien Unifor salue la capitulation de son homologue américain face à Fiat Chrysler

Par Carl Bronski
11 novembre 2015

Le syndicat Unifor au Canada adopte la position du syndicat des Travailleurs unis de l'automobile (United Auto Workers, UAW) aux États-Unis en tentant de présenter la convention collective qui a été imposée chez Fiat Chrysler (FCA) comme une grande avancée pour la classe ouvrière.

Le Windsor Star a récemment cité Dinop Chiodo, président de la section locale 444 d'Unifor (usine FCA de Windsor), qui affirme que la nouvelle convention collective signée au sud de la frontière vient justifier les reculs qui ont été signés par le syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA, maintenant Unifor). L'entente de l'UAW «montre que nous étions sur la bonne voie», a dit Chiodo.

Les conventions collectives qui touchent 23.500 travailleurs canadiens de FCA, General Motors et Ford arriveront à échéance à la fin de l'été 2016. Avec les conventions actuelles, qui sont essentiellement à deux échelles salariales, les nouveaux travailleurs doivent attendre 10 ans avant de pouvoir toucher le plein salaire. Ils commencent à 20,50 dollars l'heure et progressent graduellement pour atteindre 33,85 dollars l'heure une décennie plus tard (le dollar canadien est actuellement 25% plus faible que le dollar américain).

Comme pour la nouvelle convention aux États-Unis, rien ne garantit que les conditions ne seront pas encore pires dans les contrats à venir. Dans les conventions collectives de 2012, la bureaucratie syndicale et les patrons de l'industrie de l'auto ont fait passer la période de transition salariale de 6 à 10 ans.

De plus, les travailleurs nouvellement embauchés ne profitent que d'un régime de soins de santé de qualité inférieure et d'un régime de retraite «hybride» (à prestations et cotisations variables) qui est largement inférieur au régime à prestations déterminées des travailleurs plus anciens.

Et même ce régime de retraite «hybride» est menacé dans les négociations à venir. Dans une convention collective à l'Usine CAMI de GM à Ingersoll, en Ontario, Unifor a accepté d'imposer un régime à cotisations déterminées aux nouveaux employés. Des déclarations de représentants syndicaux publiées le printemps dernier dans le Globe and Mail ont confirmé qu'Unifor est prêt à imposer les mêmes reculs acceptés à CAMI à travers les usines canadiennes des trois principaux constructeurs automobiles.

Quand les représentants de l'UAW disent que la nouvelle convention collective des travailleurs américains de FCA (et l'entente de principe chez GM) a mis un terme au système de doubles échelles salariales, ils mentent. La période de transition salariale de huit ans ne peut être garantie dans un contrat de 4 ans. Les nouveaux travailleurs vont continuer d'avoir des avantages sociaux considérablement inférieurs durant cette fameuse transition. Et l'entente prévoit même la prolifération d'autres paliers de salaires, y compris des travailleurs temporaires, des travailleurs de pièces et des travailleurs de «sous-assemblage».

Avec l'élimination de toute restriction sur le pourcentage permis de travailleurs de l'échelle salariale inférieure, les sociétés vont, avec l'aide du syndicat, forcer le départ des travailleurs plus anciens en les persécutant, en augmentant la cadence de travail et en effectuant des mises à pied.

Au Canada, le président d'Unifor Jerry Dias anticipe avec joie la possibilité d'une augmentation considérable du nombre de travailleurs à plus bas salaire à l'usine GM d'Oshawa en Ontario. En novembre, 1000 emplois y seront abolis, car la fabrication du modèle Camaro sera transférée à Lansing au Michigan. De plus, la fabrication d'autres modèles n'est pas assurée à Oshawa passé 2016, dans des conditions où 2100 des 3600 travailleurs restants pourront prendre leur retraite.

Comme Dias l’a dit avec beaucoup d’enthousiasme aux journalistes: «Si ces travailleurs prennent leur retraite, ils pourront être remplacé par des employés récemment embauchés qui commencent à 20,50$ de l’heure et dont les salaires n’atteindront pas le plus haut niveau d’ancienneté avant 10 ans de travail.»

Des travailleurs de l’usine de GM à Oshawa et de Fiat-Chrysler à Windsor ont partagé certaines informations avec linfolettre des travailleurs de lautomobile du WSWS. Un travailleur de FCA avec beaucoup d’expérience a expliqué ce qui suit:

«Les différences entre les anciens et les travailleurs récemment embauchés sont nombreuses et profondes. Il y a du ressentiment face à cette situation. Windsor n’a pas été exposé en raison du manque d’embauche, mais Etobicoke Casting (à Toronto) est et a été impliqué.

«Il faut attendre 10 ans avant que le "plein salaire" soit atteint. Les avantages sociaux sont profondément compromis. Les gars font le même travail avec un salaire différent. Pour ce qui est de la retraite, les termes exacts et les avantages sociaux d’un nouvel employé sont difficiles à savoir, parce que ça dépend en partie de choses qui sont au-delà de leur contrôle. Mais, c’est certainement pire que ceux qui ont été embauchés avant 2012. Si un employé est transféré à une autre usine, il ne perd pas son ancienneté, mais il commence au plus bas niveau d’ancienneté dans la nouvelle usine.

«Les travailleurs se demandent pourquoi l'attente est de 10 ans, mais que les détails dans la convention collective vont seulement jusqu’à 2016. On ne craint pas autant qu’aux États-Unis que les choses changent plus tard, mais au bout du compte on est inquiet.»

«La convention collective négociée par l’UAW aux États-Unis est une farce. On a plus de paliers de salaire et des retraites séparés. Au début, c’était super de voir les travailleurs de Fiat Chrysler dire à leurs chefs syndicaux de retourner à la table, mais ils se sont malheureusement pliés. Les va-et-vient sont inévitables. Les entreprises le font depuis toujours. On doit être plus fort.»

Un travailleur de l’automobile avec 30 ans d’ancienneté à Oshawa a dit au WSWS: «Je suis ici depuis juste avant la scission avec l’UAW en 1985 qui a vu la création d’un syndicat canadien. Je l’avoue, j’étais pour. La plupart d’entre nous l’était. Nous n’avons pas vu ce qui s’en venait avec les compagnies utilisant cette scission pour monter une usine au Canada contre ce qu’elles faisaient avec l’UAW et toutes ces conventions collectives pourries.

«Ils nous ont monté les uns contre les autres et on a commencé à voir des concessions pas longtemps après. Si c’était à recommencer, je voterais contre la division entre les travailleurs. Faire des automobiles est une affaire mondiale, donc les travailleurs doivent se serrer les coudes. Mais cela n’est pas arrivé. Et maintenant les syndicats ici tentent de nous mettre à la porte parce qu’ils pensent qu’ils peuvent s’entendre à bon compte avec la compagnie en embauchant des tonnes de nouveaux employés l’année prochaine pour la moitié du prix.»

L’expérience au Canada montre clairement que les travailleurs des deux côtés de la frontière font face aux mêmes attaques coordonnées des fabricants de l’automobile et à la même collaboration des syndicats (l’UAW et Unifor) dans cette attaque. La lutte pour défendre les emplois et les niveaux de vie requiert la formation de comités de la base dans les usines afin d’unir les travailleurs de l’automobile au Canada, aux États-Unis et internationalement dans une lutte commune contre la conspiration des syndicats et des entreprises.