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Premières journées de grève tournante dans le secteur public québécois

Par Nos reporters
2 novembre 2015

Plus de 400.000 travailleurs du secteur public québécois ont entamé cette semaine leurs premiers de six jours de grève sur une base «rotative et régionale» proposés par le Front commun syndical et adoptés à forte majorité par les membres.

Les employés de l’État – préposés dans les hôpitaux, infirmières, fonctionnaires, enseignants, employés de soutien, professeurs de cégep – s'opposent aux coupures du gouvernement libéral de Philippe Couillard dans les services publics, qui sapent leurs conditions de travail et leur niveau de vie.

Les libéraux exigent un gel de salaire de deux ans suivi d’une augmentation sous l’inflation pendant trois ans, la hausse de l’âge de la retraite à 62 ans et une réduction des prestations de retraite. À cela s’ajoutent une diminution de l’embauche et une augmentation des cadences.

Des travailleurs protestant devant l'Hôpital Saint-Luc de Montréal

Les coupures dans les services publics et l’assaut sur les travailleurs qui offrent ces services font partie de tout un programme d’austérité défendu par la classe dirigeante québécoise et canadienne. Le gouvernement libéral est déterminé à infliger une défaite aux employés de l’État afin d'ouvrir la voie au démantèlement des programmes sociaux et à un assaut accéléré sur le niveau de vie de toute la classe ouvrière.

À ce point-ci, le gouvernement Couillard préfère se servir des syndicats pour endormir les travailleurs de la base et imposer l’austérité par une entente « négociée». De manière prévisible, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a annoncé qu’il réduisait certaines demandes périphériques (la pénalité pour retraite anticipée resterait à 4,2% au lieu de passer à 7%), une manœuvre que les dirigeants syndicaux ont accueillie avec enthousiasme.

Toutefois, les libéraux se tiennent prêts à adopter une loi spéciale au moindre signe que les syndicats n'arrivent plus à étouffer l'indignation des membres de la base.

La semaine dernière, avant même que le mouvement de grève ne soit déclenché, le gouvernement a présenté une motion exigeant que les services de garde en milieu scolaire demeurent ouverts malgré la grève. Bien que la motion n’ait pas été adoptée, le gouvernement voulait montrer qu’il n'hésiterait pas à abolir le droit de grève d’une importante section de travailleurs.

Les tribunaux se préparent aussi à épauler les efforts de l'élite dirigeante pour priver les travailleurs de leurs droits démocratiques. La Commission des relations du travail a récemment donné raison à un centre de santé des Laurentides, au nord de Montréal, qui demandait l'interdiction d'un moyen de pression bénin employé par certaines infirmières – le refus de porter une carte d'identité – sous le prétexte fallacieux que cela pouvait «mettre en danger la sécurité des patients».

Un rassemblement à Longueuil, sur la rive-sud de Montréal

Depuis le début du conflit, les syndicats du Front commun tentent d'étouffer la lutte pour la défense des services publics. Bien que la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) représentent des centaines de milliers de travailleurs de tous les secteurs d’emploi à travers la province – autant au public qu’au privé – ils ne font rien pour mobiliser l’ensemble des travailleurs contre l’austérité capitaliste.

Le mandat de grève légale de six jours, sur une base «régionale et rotative» et étalés sur plusieurs semaines, a été conçu par le Front commun de manière à diviser les travailleurs, canaliser la colère des membres vers des voies inoffensives, et avoir le moins d’impact possible. Il faut rappeler que les syndicats ont eux-mêmes signé les ententes de services essentiels qui ont aboli, à toutes fins pratiques, le droit de grève dans les hôpitaux et ailleurs.

Face aux protestations des travailleurs, le gouvernement a fait savoir qu’il n’avait pas l’intention de reculer d’un pouce sur ses demandes principales, laissant de nouveau planer le spectre d'une loi spéciale. Mais les syndicats gardent un silence total sur la menace d’un décret de retour au travail, car ils prévoient l’utiliser pour justifier une capitulation immédiate – comme ils l’ont fait en 2005.

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