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Justice de classe aux États-Unis: un garçon de huit ans accusé de meurtre

Par Eric London
16 novembre 2015

Il arrive parfois qu'une affaire criminelle révèle des faits tellement tragiques, accompagnés d'une réaction étatique si brutale, que la véritable nature des relations de classe est mise à nu.

Tel est le cas à Birmingham en Alabama où le bureau du procureur a annoncé mardi qu'il accusait un garçon de huit ans pour meurtre au premier degré. Le garçon aurait frappé une enfant d'un an à mort parce qu'elle n'arrêtait pas de pleurer. Il pourrait maintenant recevoir une peine de treize ans de prison.

L'État a également accusé la mère endeuillée, Katerra Lewis, 26 ans, d'homicide pour avoir laissé les enfants seuls – ce que nient Lewis et son avocat.

Les événements qui ont mené aux accusations offrent un portrait frappant de la réalité sociale qui perdure dans le pays capitaliste le plus puissant au monde.

La nuit du décès de l'enfant, Katerra Lewis vivait avec une amie de la famille et ses cinq enfants dans le nord-est de Birmingham. Ce quartier de la ville est typique de tant de quartiers populaires: les rues pleines de nids-de-poule, l'absence d’éclairage, le taux de pauvreté pour les codes postaux du voisinage atteignent entre 20 et 45 pour cent.

Située a 600 mètres des pistes d’atterrissage assourdissantes de l’aéroport international de Birmingham, la petite maison de la 71e rue et 2e avenue était la demeure d’au moins 8 personnes, incluant 6 enfants.

Lewis et son enfant vivaient sous la pression de ces conditions étouffantes parce qu’elle – tout comme des millions d’autres Américains – était incapable d’obtenir un coupon pour un crédit au logement, prévue par la section 8 du Fair Housing Act. Lewis avait été placée sur une liste dont l’attente pouvait être habituellement de 3 à 6 ans. Les listes d’attentes sont devenues plus longues en conséquence de la décision de l’administration Obama de réduire les dépenses pour le programme d'aide financière.

Après une vie de brutalité économique, la jeune mère et le garçon de huit ans ont été frappés de plein fouet par l’État. Le 11 octobre, la police a cogné à la porte pour les arrêter. Un autre enfant de Lewis de l’âge de six ans a été interrogé par la police; son témoignage sera probablement utilisé pour appuyer l’accusation de meurtre.

Le lieutenant représentant de la police Sean Edwards a parlé de l’enfant comme s’il était un criminel endurci: «Je suppose que le garçon a pris la décision de commencer à commettre des actes violents contre le bébé, et le bébé ne pouvait définitivement pas se défendre.»

Les accusations portées contre la mère font partie d’une campagne violente pour criminaliser et déshumaniser les sections les plus appauvries de la société. Le porte-parole de la police Edwards a dit que l’accusation d’homicide «signale définitivement que ce type de comportement, ce genre d’irresponsabilité de la part d’un parent, est totalement inacceptable».

La réponse de l’État et des médias est accompagnée d’une certaine hystérie qui reflète une société en profonde crise. La presse patronale s’est jetée sur l’événement, publiant la photo d'identité de la mère sous des titres tels que: «La mère nie qu'elle faisait la fête pendant que son enfant de huit ans a tué le bébé» (New York Post), et «Un enfant de 8 ans accusé de meurtre d’un bébé d’un an pendant que les mères étaient sorties à une boîte de nuit» (magazine Time). Faisant écho à ces sentiments asociaux, le New York Times a écrit mercredi qu’il n’y a pas de «réponses faciles» aux questions soulevées par l’accusation de meurtre contre un enfant de huit ans.

Il ne s’agit là que des plus récentes d’une série d’accusations contre des enfants par des procureurs aux États-Unis. En août, des procureurs de Detroit au Michigan avaient accusé un enfant de onze ans d’homicide pour une mort impliquant une arme à feu. Plus tôt cette année, des représentants du Tennessee avaient porté des accusations de meurtre contre un enfant de onze ans qui avait tué son voisin de huit ans par balles.

Les États-Unis incarcèrent des enfants à un taux qui surpasse de loin le reste du monde. D’après Equal Justice Inititative, près de 3000 enfants ont été condamnés avec des peines de prison à vie sans la possibilité de libération conditionnelle. Tous les jours, 10.000 enfants sont détenus dans des prisons adultes où ils courent le risque élevé d'être victimes de violences sexuelles. Des dizaines de milliers de plus sont tenus dans des centres de détention pour jeunes.

Pour la classe ouvrière et les jeunes aux États-Unis, le système de soi-disant justice est sans pitié ni remords. La poursuite d’enfants est une partie intégrante du programme de «loi et ordre» des deux partis de la grande entreprise. Tous les problèmes sociaux aux États-Unis sont abordés comme une question policière, une occasion d'augmenter les pouvoirs de l’État et son corps d’hommes armés.

Mais pendant que les tribunaux emprisonnent des enfants n’ayant pas la capacité mentale de comprendre les conséquences de leurs actes, les agents de police qui tuent et mutilent régulièrement des enfants s’en sortent sans poursuite. Aucune accusation n’a été portée contre l’agent de police filmé alors qu’il abattait Tamir Rice à Cleveland en novembre 2014; il n’avait que douze ans. Cette semaine, le procureur assigné à l’affaire a permis une la fuite judicieuse d’une «opinion d'expert», afin de préparer l’opinion publique à l’exonération du policier.

Pour 1000 personnes tuées par la police, un seul agent de police est emprisonné. Ils ne sont pas les seuls criminels dont les actes reçoivent l’appui et les éloges du gouvernement. Aucune accusation criminelle n’a été portée contre les responsables de la torture de la CIA, des guerres d’agression, des meurtres par drone de milliers de civiles, de l’ordre de bombarder l’hôpital de Médecins sans frontières en Afghanistan, de l’espionnage illégal NSA ou du krach financier de 2008.

Tel est l’état du «système de justice» aux États-Unis, dont la fonction est de terroriser et de brutaliser la classe ouvrière et d’appliquer la politique de pauvreté, d’inégalité et de guerre de la classe dirigeante.

(Article paru d'abord en anglais le 14 novembre 2015)