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Les jaunes de l'UAW aux ordres des sociétés automobiles américaines

Par Jerry White
10 novembre 2015

Le syndicat UAW (United Auto Workers) cherche à faire accepter à toute vitesse un nouveau contrat aux travailleurs de Ford et de boucler une campagne de plusieurs mois pour imposer des contrats dictés par les dirigeants du secteur automobile et par Wall Street.

L'UAW a annoncé l'accord avec Ford le 6 novembre, avant même que soit résolue la situation produite par le vote de 53.000 ouvriers de General Motors sur un accord similaire. Une majorité des ouvriers spécialisés (59,5 pour cent) a rejeté l'accord soutenu par l'UAW alors qu'il a été ratifié, selon l'UAW, à une étroite majorité (55 pour cent) dans le vote combiné des ouvriers de la production et des ouvriers qualifiés. Imposer un contrat après un scrutin aussi divisé est une violation des statuts de l'UAW, mais le syndicat n'avait eu aucun problème à ignorer les droits des ouvriers de Fiat Chrysler dans des circonstances similaires en 2011.

Comme les accords précédents de Fiat Chrysler et de GM, l'accord Ford ouvre la voie à l'instauration permanente d'un barème inférieur des salaires et des indemnités dans toute l'industrie automobile après que l'UAW aura aidé les patrons à chasser les travailleurs plus âgés et mieux payés grâce aux accélération de cadences, aux sanctions et aux soi-disant départs volontaires à la retraite.

Loin d’éliminer le système détesté des salaires et des avantages sociaux à deux vitesses, la revendication majeure des travailleurs, les contrats donneront aux patrons de l'automobile carte blanche pour introduire un troisième, quatrième ou cinquième niveau, ceux des travailleurs temporaires et contractuels touchant des salaires de misère, des pensions et des soins de santé inférieurs. En même temps, une augmentation annuelle insultante des salaires de 1,5 pour cent pour les travailleurs traditionnels signifiera, d’ici 2019, une baisse sur deux décennies de 25 pour cent de leurs salaires réels.

Les constructeurs automobiles engrangent déjà des bénéfices record et ont, suite aux contrats de 2007, 2009 et 2011, des marges énormes de profit de 10 pour cent et plus aux États-Unis, qui ont réduit les coûts par véhicule de plus de moitié. Mais les spéculateurs fous d'argent de Wall Street veulent encore plus et l'UAW, qui détient une part substantielle des actions des constructeurs automobiles, a été plus que désireux de s'y conformer.

Le caractère «transformateur» des contrats va au-delà des salaires, cependant. Après avoir jeté les prestations de santé des retraités dans une mutuelle contrôlée par l'UAW, ce qui a rapidement réduit la couverture médicale pour les centaines de milliers de retraités et les personnes à leur charge, le nouvel accord va réduire drastiquement la couverture des travailleurs actifs. Cela a été élaboré en collaboration avec le gouvernement Obama, qui veut faire porter les contributions des soins de santé des employeurs aux travailleurs dont les salaires leur permettent tout juste de vivre.

Tout au long de la bataille du contrat, l'UAW s'est avéré être tout autre chose qu’un «syndicat» ou une «organisation de travailleurs» au sens où les travailleurs comprennent traditionnellement ces mots. Il a fonctionné comme un syndicat d’entreprise et un gendarme industriel de la direction, totalement hostile aux besoins et intérêts des travailleurs qu'il prétend, à tort, représenter.

À chaque étape, l'UAW a évité d’informer les travailleurs de base et leur a menti, utilisant les menaces et le chantage économique pour les faire battre en retraite. Ses responsables ont débité sans vergogne la ligne des entreprises, disant qu’elles n'avaient plus rien à donner et que si les travailleurs insistaient sur des améliorations, les entreprises fermeraient tout simplement leurs usines et délocaliseraient au Mexique où dans d'autres pays à bas salaires.

L'UAW a transformé la grève d'arme des travailleurs contre les sociétés en arme contre la classe ouvrière. Si les travailleurs rejetaient les contrats, comme l'ont fait ceux de Fiat Chrysler le mois dernier, l'UAW serait obligé d'appeler à la grève, ont menacé ses responsables, les travailleurs resteraient des semaines ou des mois sur les piquets de grève avec seulement $220 par semaine puisés dans le fonds de grève de $600 millions de l'UAW. Les travailleurs de l'automobile ne recevraient pas de soutien du public, a insisté l'UAW, et à la fin, ils seraient forcés de se contenter de moins encore.

L'UAW a embauché une firme de relations publiques de New York pour vendre ses mensonges aux travailleurs, tandis qu’aux scrutins de ratification, ceux-ci étaient harcelés par les fonctionnaires syndicaux locaux qui les dénonçaient comme «cupides» et «stupides» s’ils avaient l'intention de voter contre l’accord. Quant au résultat final du vote, l'UAW est plus que prêt à le truquer pour qu’il soit «bon».

Quand les syndicats, en dépit de leur direction pro-capitaliste, augmentait le revenu des travailleurs ou du moins le protégeait d’une diminution, on pouvait les qualifier d’«organisations ouvrières ». Mais comme Léon Trotsky, le fondateur de la Quatrième Internationale, l’expliquait en 1937, s’il arrivait que les dirigeants syndicaux officiels « défendent les revenus de la bourgeoisie des attaques de la part des travailleurs; s’il arrivait qu'ils mènent une lutte contre les grèves, contre la hausse des salaires, contre l'aide aux chômeurs, alors nous parlerions d'une organisation de briseurs de grève, et non d'un syndicat ».

Cela décrit très bien l'UAW, l'AFL-CIO et les organisations de la ‘Coalition pour gagner’. Elles n’agissent pas pour unir les travailleurs, mais pour les diviser. Elles sont hostiles à la lutte de classe et au socialisme et prêchent sans cesse « l’entente des classes », tandis que la classe capitaliste elle, mène une guerre implacable contre la classe ouvrière. Dans les usines, l'UAW ignore les doléances des travailleurs, applique l’accélération des cadences et supervise un régime dictatorial qui ressemble aux jours les plus sombres de l'esclavage industriel du début du XXe siècle.

Quel que soit le résultat du vote chez Ford – et les travailleurs devraient rejeter l’accord avec le mépris qu'il mérite – le résultat de la lutte sur le contrat de 2015 jettera encore plus de discrédit sur l’UAW. Cela discrédite aussi les nombreux groupes soi-disant de gauche qui insistent sur ​​la prépondérance des organisations «syndicales» et dénoncent comme illégitimes tout effort des travailleurs pour se rebeller contre leur autorité.

La transformation de l'UAW et d'autres syndicats en bras droits du patronat, qui n’est pas un phénomène seulement américain mais international, n’est pas juste le produit de la perfidie des fonctionnaires corrompus et bureaucratiques qui les contrôlent. Elle trouve ses origines dans l'échec du programme pro-capitaliste et nationaliste de ces organisations et leur subordination politique de la classe ouvrière au Parti démocrate.

Le déclin à long terme du capitalisme américain et la croissance de la production transnationale a enlevé le sol sous les pieds de ces organisations. Ils ont réagi à cela en adoptant la politique corporatiste du « partenariat syndicat-patronat » et en se transformant d’entités qui faisaient pression sur le patronat pour des concessions, en organisations faisant tout pour détruire les emplois et le niveau de vie des travailleurs et pour rendre les entreprises plus rentables.

Il y a une immense opposition et un désir de se battre chez les travailleurs. Le fait que l'UAW ait eu tant de mal à faire accepter ces accords au rabais, en dépit d’une campagne de propagande incessante soutenue par les grands médias, est l’expression d’une opposition de masse non seulement des travailleurs de l'automobile, mais de l'ensemble de la classe ouvrière.

La lutte de classe est en train d'apparaître au grand jour. L’aspiration des travailleurs à défendre leurs droits fondamentaux – des emplois sûrs à salaire décents, des conditions de travail sûres et humaines, le droit de s'organiser collectivement pour défendre leurs intérêts – trouvera une expression indépendante.

Comme le World Socialist Web Site et l’Autoworker Newsletter (Bulletin des travailleurs de l'automobile) l’ont préconisé, les travailleurs doivent former leurs propres organisations élues démocratiquement et contrôlées par les travailleurs de la base. La mise en place de comités d'usine véritablement représentatifs, basés sur les méthodes de la lutte de classe et non sur la soumission aux diktats du système capitaliste, s’avérera une arme puissante pour la classe ouvrière.

Rien n'a jamais été gagné par les travailleurs sans mobilisation de leur force contre les grandes entreprises et leurs serviteurs politiques. Aujourd'hui, une vaste quantité des richesses de la société, créées par le travail collectif des ouvriers du monde entier, sont monopolisées par une petite minorité de super-riches et gaspillées pour des guerres et d'autres fins socialement destructrices. Voilà pourquoi la lutte pour garantir les droits sociaux de la classe ouvrière est avant tout une lutte politique, qui ne peut être résolue que si la classe ouvrière prend dans ses propres mains les rênes du pouvoir économique et politique.

(Article original paru le 9 novembre 2015)