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La voie à suivre dans la lutte contre l'austérité en Grèce

Par Alex Lantier
14 novembre 2015

La large participation mercredi en Grèce de centaines de milliers de personnes à une journée de grève pour protester contre l'austérité est le signal que la classe ouvrière aspire à lutter contre l'Union européenne (UE) et le gouvernement Syriza (‘Coalition de la gauche radicale’).

L'opposition monte après que Syriza a trahi ses promesses électorales de janvier et piétiné la victoire écrasante du « non » à son référendum du 5 juillet sur l'austérité. Marins, travailleurs des ports, du rail et du métro, personnel hospitalier et de pharmacie, enseignants, tous ont suivi l'appel à la grève. Les élèves du secondaire et les étudiants ont également défilé en masse contre les coupes sociales prévues par Syriza dans les villes de toute la Grèce.

Syriza s'est, de façon absurde, posé en partisan d'une grève contre sa propre politique, sur la base de son alliance de longue date avec les syndicats ayant appelé à la grève.

« Les revendications des travailleurs et la mobilisation du travail en général deviennent particulièrement cruciales ; elles devraient être dirigées contre la politique et l'extorsion néo-libérale par les centres économiques et politiques à l'intérieur et à l’extérieur de la Grèce, » a déclaré le Département de la Politique du travail de Syriza. « La lutte contre la politique néolibérale extrême qui s’oppose à notre peuple continue plus intensément encore. » Il a promis de se battre pour « le logement, les salaires décents et les pensions, les soins de santé et l'éducation pour tous ».

Quelle fraude! Syriza et l'UE oeuvrent ensemble pour attaquer tous les droits sociaux fondamentaux gagnés par la classe ouvrière au 20e siècle. Les soins de santé universels n'existent plus en Grèce, et Syriza menace d’organiser l’expulsion massive de familles en retard sur leurs prêts hypothécaires, de réduire le minimum retraite à 392 misérables euros par mois et d'imposer de nouvelles coupes dans le financement de l'éducation.

Syriza apporte chaque jour la preuve qu’il est un ennemi impitoyable de la classe ouvrière. Il avait déclaré que comme parti de la « gauche radicale » il n'utiliserait pas la police pour attaquer le peuple. Mais mercredi il a envoyé la police pour attaquer et arrêter des travailleurs en grève contre les licenciements et les baisses de salaires à l'usine de recyclage Spider General à Giannena. Le même jour, il a fait vider les places d'Athènes de manifestants portant des banderoles avec « Non aux anciens et aux nouveaux. mémorandums d'austérité ».

L'essor de la lutte sociale contre Syriza ne soulève qu’avec plus d’urgence encore la nécessité d'une réorientation politique et stratégique globale de la classe ouvrière. Le bilan du gouvernement Syriza est un avertissement sévère de ce que des formes de mobilisation sociale comme la grève de protestation d'un jour de mercredi, ont échoué.

Depuis le début de l’offensive austéritaire de l'UE il y a cinq ans, les travailleurs grecs ont fait pas moins de 41 grèves nationales d'un jour, soi-disant pour faire pression sur les gouvernements pour qu'ils adoptent des politiques plus favorables. Elles n'ont pas fait bouger ni même ralenti sensiblement les politiques d'austérité successives du Pasok, de Nouvelle Démocratie et des gouvernements Syriza. Ensemble, ils ont mené la plus grande attaque du niveau de vie des travailleurs grecs depuis l'Occupation nazie de la Seconde Guerre mondiale.

Après l'expérience du gouvernement Syriza, il est clair pour un nombre toujours plus grand de gens que les partis qui contrôlent les luttes syndicales, le PASOK et les partis « radicaux » autoproclamés comme Syriza, soutiennent l'austérité. Ils lient la classe ouvrière à un capitalisme grec moribond, croulant sous ses dettes, incapable de créer de nouveaux emplois pour des millions de chômeurs et déterminé à maintenir ses liens avec l'euro, l'UE et l'OTAN.

Aujourd'hui, le Comité international de la Quatrième Internationale publie une déclaration détaillée, « Les leçons politiques de la trahison de Syriza en Grèce », qui développe la voie à suivre pour les travailleurs, les jeunes et les intellectuels aux idées socialistes qui cherchent à lutter contre cet establishment politique réactionnaire.

La déclaration passe en revue la crise de la dette grecque, réfute les arguments de Syriza pour défendre sa politique et montre la signification historique et politique d’avoir démasqué Syriza comme parti réactionnaire et anti-ouvrier. La classe ouvrière ne peut pas se défendre contre les crises économiques sans précédent et les agressions sauvages de toute la classe dirigeante en élisant des gouvernements capitalistes «de gauche».

La classe ouvrière se voit rappeler pourquoi les ouvriers russes ont, en Octobre 1917, été contraints de renverser le capitalisme dans une révolution dirigée par le Parti bolchevique de Lénine et Trotsky. Il n'y a pas d’autre voie en avant que celle de la révolution. Cela nécessite un assaut contre la classe capitaliste, la confiscation de ses richesses, la saisie des banques et des grandes forces productives par la classe ouvrière et la création d'Etats ouvriers menant des politiques socialistes en Europe et dans le monde.

La déclaration explique également sur quelle base politique et historique construire des partis, en Grèce et au plan international, qui dirigent la classe ouvrière dans ces luttes révolutionnaires. Elle analyse le gouffre de classe qui sépare la critique trotskyste de Syriza par le CIQI des rationalisations en faveur de la politique de Syriza proposées par toute la fraternité internationale des partis petits-bourgeois et des universitaires antimarxistes qui sympathisent avec Syriza.

Ces forces politiques ont applaudi Syriza, faussement prédit que son élection serait un grand pas contre l'austérité et vu avec indifférence ses attaques de la classe ouvrière. Leur perspective, reflétant leurs intérêts de classe privilégiés, a trouvé son expression la plus virulente dans les proclamations irrationalistes, «post-marxistes» de feu le professeur Ernesto Laclau. Son insistance que la classe ouvrière était finie comme force politique était très influente au sein de Syriza. Aujourd'hui, ces forces sont démasquées comme des réactionnaires politiques, complices des attaques menées par Syriza contre le peuple grec.

Il n’y a que le CIQI, sur la base de sa défense des principes et de la continuité historique du trotskysme, qui se soit opposé à Syriza et ait averti qu'il attaquerait les travailleurs. La déclaration résume l'analyse par le CIQI de l'évolution des diverses factions staliniennes et ex-étudiantes radicales de Syriza en partis pro-capitalistes au moment de la restauration capitaliste en URSS. Ces analyses ont permis au CIQI de lancer des avertissements uniques et clairvoyants au sujet de Syriza, qui sont une confirmation historique de la lutte menée sur des décennies pour défendre la perspective révolutionnaire du marxisme.

C’est sur la base de cet héritage que le CIQI veut construire de nouveaux partis en Grèce et dans le monde. Nous appelons les lecteurs du World Socialist Web Site en Grèce et dans le monde à lire et à discuter la déclaration, à tirer les leçons de l'expérience de Syriza et à se battre pour construire le CIQI en tant que direction révolutionnaire de la classe ouvrière internationale.

(Article paru en anglais le 13 novembre 2015)