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La police arrête les grévistes d’Air France qui ont confronté les patrons à propos des licenciements

Par Kumaran Ira
14 octobre 2015

Lundi, la police a arrêté six travailleurs d'Air France pour s’en être pris à deux hauts dirigeants d'Air France le 5 octobre et avoir déchiré leurs chemises au moment où des grévistes ont fait irruption dans une réunion du comité central d'entreprise (CCE). Là, la direction et les syndicats négociaient de nouvelles attaques, dont 2.900 suppressions d'emplois et l'augmentation des heures de travail.

La police a arrêté cinq travailleurs tôt lundi matin, chez eux en région parisienne, puis un sixième plus tard le même jour. Elle a dit que les arrestations étaient fondées sur des témoignages et des vidéos de l'affrontement du 5 octobre.

Les grévistes arrêtés travaillent pour la plupart dans la branche cargo d'Air France et seraient membres de la Confédération générale du travail (CGT).

Dix plaintes ont été déposées contre eux après l'incident. La direction d'Air France leur auraient envoyé une première série de sanctions, pour avoir interrompu la réunion du CCE et avoir causé des « dégradations ». Les grévistes encourent une peine sévère de jusqu'à cinq ans de prison si les procureurs recommandent la peine la plus lourde contre eux. Air France menace aussi de les licencier.

L'arrestation des grévistes est un acte calculé d'intimidation politique visant la classe ouvrière dans son ensemble, alors que la colère monte contre le patronat et le Parti socialiste (PS) au pouvoir, qui imposent un chômage massif et de profondes mesures d'austérité.

La semaine dernière, les travailleurs discutaient des événements du 5 octobre dans les usines et sur les lieux de travail dans toute la France, exprimant généralement leur sympathie avec les grévistes et leur colère contre les patrons voyous d’Air France qui éliminent des milliers de postes.

Selon un sondage Ifop pour Sud Ouest, 54 pour cent des Français comprendraient le geste de colère des grévistes d'Air France.

En arrêtant les grévistes, le patronat, le PS et leurs alliés syndicaux et politiques signalent qu'ils ne toléreront aucune opposition des travailleurs et qu'ils comptent utiliser la manière forte pour bloquer l'apparition de manifestations de solidarité. Pour eux, la manifestation du 5 octobre était une attaque de leur droit de négocier et d'imposer des licenciements de masse, particulièrement intolérable parce qu'elle trouve un large écho auprès de l'opinion.

Le PS menace les grévistes de lourdes sanctions. Le premier ministre Manuel Valls s'est déclaré « scandalisé » et le ministre des Transports Alain Vidalies a insisté pour que les grévistes soient sanctionnés.

En fait, les vrais criminels politiques ne sont pas les grévistes qui ont interrompu la réunion du CCE, mais le gouvernement PS, le patronat et les syndicats qui organisent des mesures d'austérité réactionnaires et la destruction d’un très grand nombre d’emplois.

Les tensions entre les travailleurs d'une part et la direction et les appareils syndicaux d'Air France de l'autre sont devenues explosives. Les syndicats ont permis à Air France d'éliminer presque 15.000 des 63.000 postes que comptait la société en 2012. Ils ont ensuite, l'année dernière, bradé la puissante grève des pilotes qu'ils ont étouffée alors que la société était à court de fonds et sur le point de devoir capituler aux revendications des grévistes.

A présent, Air France et les syndicats préparent 5.000 suppressions d’emplois supplémentaires, selon un document « Plan C » fuité au Canard Enchaîné la semaine dernière. Selon Le Parisien, la direction d'Air France considère aussi la possibilité d'une autre forme de restructuration modelée sur celle imposée aux pilotes de KLM.

La défense des six grévistes arrêtés par la police, ainsi que de l'emploi à Air France, est une tâche qui incombe à la classe ouvrière.

Elle nécessite une large mobilisation de la classe ouvrière dans une lutte politique contre le PS, les appareils syndicaux et la classe capitaliste européenne qui mène une politique d'austérité sauvage contre les travailleurs. Cette mobilisation ne peut se poursuivre qu'indépendamment des différents alliés et satellites politiques du PS, et en opposition à eux.

Les critiques émises de l'arrestation des grévistes par les alliés du PS tels que le Parti communiste français (PCF) stalinien et le Parti de gauche (PG), ainsi que par la CGT, sont de mauvaise foi.

« Une simple convocation aurait suffi, les gens seraient venus, ils n'auraient pas fugué. Ce ne sont pas des voyous. Le risque, c'est que tout ça mette le feu aux poudres », a déclaré un syndicaliste CGT à l'aéroport Charles-de-Gaulle, André Villanueva.

Le dirigeant du PCF Pierre Laurent a relevé que les travailleurs d'Air France avaient été « traités comme des criminels, arrêtés chez eux devant leur famille au petit matin ».

Le chef du PG, Jean-Luc Mélenchon, a dit à BFM-TV, « C'est une honte. Ce ne sont pas des voyous, ce sont juste des gens qui ont pris la défense de leur emploi. ... Je veux bien aller en prison avec ces salariés, et même à leur place ».

En fait, personne ne s'attend à ce que Mélenchon, l'ancien sénateur et ministre PS, rejoigne des grévistes en prison, et personne ne devrait s'attendre à ce que le PCF, le PG, ou la CGT ne mène d'action en opposition au PS pour défendre les grévistes emprisonnés.

Le caractère de classe de ces organisations, qui travaillent depuis des décennies dans la périphérie du PS, est ressortie au CCE du 5 octobre, quand les représentants de la CGT ont brièvement essayé de protéger les cadres Air France des grévistes en colère. Ces deniers ont eu vite fait de les écarter.

Leur posture d'opposition à l'arrestation des travailleurs est motivée seulement par leur crainte profonde de la colère qui monte dans la classe ouvrière, et du risque d'une explosion sociale de luttes ouvrières contre le PS qui pourrait rapidement échapper à leur contrôle.