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Après l’écrasante victoire du «non» au contrat Fiat Chrysler, l’UAW déclare un meilleur accord impossible

Par Joseph Kishore
5 octobre 2015

Dans la foulée de la victoire du « non » annoncée officiellement la semaine dernière, le syndicat UAW (United Auto Workers) et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) se démènent pour trouver un moyen de faire passer un accord pro-entreprise en dépit de l'opposition écrasante des travailleurs.

Les dirigeants et les responsables locaux de l'UAW se sont réunis à Detroit jeudi à l'UAW-Chrysler World Class Manufacturing Academy de Warren, l'une des nombreuses opérations conjointes ayant cimenté la relation corporatiste du syndicat avec la compagnie automobile. Selon des articles des médias, l'UAW n'a pas encore fixé de stratégie pour forcer l'imposition d'un contrat.

Parmi les options considérées par le syndicat il y a: le déplacement des négociations chez Ford ou GM; présenter le même accord ou un accord légèrement modifié et le soumettre aux travailleurs de Fiat Chrysler pour un nouveau vote; mener une grève limitée et isolée comme soupape; ou encore une combinaison des trois. Dans toutes ces manœuvres, il y aura forcément des menaces accrues de perte d’emplois pour les travailleurs s'ils n’appuient pas l'accord.

Le Detroit Free Press, citant « plusieurs sources de l'UAW qui veulent rester anonymes », a rapporté vendredi que « l'UAW et Fiat Chrysler font toujours face à un grand dilemme que le président de l'UAW Dennis Williams a réitéré à la réunion privée. »

Le « dilemme » est que ni Fiat Chrysler, ni l'UAW n’envisagent de proposer aux travailleurs mieux que le contrat rejeté à un taux de deux contre un. Selon le Free Press, « Le constructeur automobile a clairement fait savoir qu'il ne mettra pas plus d'argent sur la table pour rendre plus acceptable la proposition de contrat ... Williams a dû livrer le même message aux dirigeants jeudi: il n'y a pas davantage dans la caisse ».

Jeudi, le PDG de Fiat Chrysler Sergio Marchionne a publié une déclaration selon laquelle le contrat « transformationnel » méritait d'être soutenu. « L'accord de principe a été conçu pour obtenir un Fiat Chrysler US fort et compétitif, offrant ainsi la stabilité pour notre main-d'œuvre et la possibilité d'une croissance et d’investissements futurs sur un marché mondial de plus en plus complexe », a déclaré la compagnie.

« Transformationnel » fait allusion à la nécessité d'une réduction supplémentaire des coûts de main-d'œuvre. C’est nécessaire, selon FCA, pour garantir une entreprise « forte et compétitive », c'est-à-dire, augmenter les profits de l'entreprise.

Le contrat rejeté cherche à atteindre ces objectifs en intégrant davantage le système de salaires à deux niveaux et en créant les conditions pour faire partir des travailleurs plus âgés, payés au premier niveau, auxquels on a proposé une augmentation misérable après une décennie de gel des salaires. L'accord comprend de nombreuses mesures incitatives pour accroître la productivité par des accélérations brutales de cadences, mettant ainsi la pression sur les travailleurs âgés pour qu'ils partent.

L'accord rejette également toute limite du nombre des salariés de deuxième niveau et aurait donc créé des bas salaires permanents.

L'accord conclu avec l'UAW ouvre aussi la voie à une importante restructuration de l'entreprise et une éventuelle fusion avec une autre grande entreprise automobile. Un autre élément central en est la création d'une « coopérative » de santé gérée par l'UAW qui vise à lui fournir une autre caisse noire de plusieurs milliards de dollars; le syndicat sera chargé de casser les prestations de santé et d’augmenter les cotisations des travailleurs, conformément à l’attaque globale des prestations de santé par l'administration Obama.

Quant à Ford et General Motors, ils n’ont pas non plus intention d'offrir mieux aux travailleurs que l'accord rejeté chez Fiat-Chrysler. Selon un article du Wall Street Journal, les deux entreprises « ont dit qu' à leur avis, le contrat rejeté chez Fiat-Chrysler était « trop riche ».

Les négociations entre l'UAW, Ford et GM sont entourées de secret, mais l'UAW avait indiqué plus tôt qu'il était disposé à introduire un troisième niveau, composé de travailleurs « pré-production » gagnant sensiblement moins que les travailleurs de niveau deux actuellement.

Alors même qu’il conspire à huis clos avec les constructeurs automobiles, le président de l’UAW, Williams, a publié une déclaration mensongère jeudi déclarant que l'UAW ne considérait pas le rejet du contrat comme un « revers ». « Ce que j’aime dans notre organisation avant tout c’est que peu importe ce que nous faisons, ou quelle action est prise, la décision finale et le pouvoir du syndicat reviennent à nos membres et c’est eux qui prennent la décision finale ».

C’est là une fraude cynique. L'UAW n'a absolument pas l'intention de se plier à la volonté des membres. Tout ce qu'il fait maintenant vise à surmonter l'opposition clairement exprimée des travailleurs de l'automobile.

À cette fin, le syndicat a rejoint l’attaque des travailleurs, venue des médias, selon laquelle ils diffusaient de « fausses informations » sur les réseaux sociaux. Il se prépare aussi à l’éventualité d'un mouvement de grève limité visant à rehausser la crédibilité du syndicat, tout en isolant et en usant l’opposition.

Au début de la semaine dernière, le vice-président de l'UAW, Jimmy Settles, a posé un préavis de grève de cinq jours sur une question de contrat local pour l’usine de montage de Ford à Kansas City. Il se peut que le syndicat appelle à débrayer à partir de dimanche.

L'UAW collaboré étroitement avec l’entreprise ces dernières semaines pour constituer des stocks en vue d'une grève éventuelle grâce à des heures supplémentaires obligatoires. L’Automotive News a rapporté vendredi que le syndicat permettra aussi à Ford de transférer la production du camion F-150 à Dearborn Truck en cas de grève. En d'autres termes, l'UAW aide l'entreprise à maintenir la production et est en train de préparer la défaite de la grève avant même qu'elle ne commence.

Toute grève déclenchée par l'UAW dans les usines Fiat Chrysler aurait un objectif similaire: non pas d’organiser une lutte des travailleurs de l'automobile, mais de créer les conditions pour faire passer un accord.

Le rôle de l'UAW dans l’isolement délibéré des travailleurs ressort aussi clairement de ses efforts pour faire passer un accord chez John Deere. Le vice-président de l'UAW Norwood Jewell a fait suivre son échec à faire adopter l'accord de Fiat-Chrysler par l’organisation d’un vote des 10.000 travailleurs de John Deere dimanche. Aucun détail de l'accord n’est connu et les travailleurs seront informés de « points forts » servant l’entreprise et le syndicat quelques heures seulement avant de devoir voter.

Les travailleurs de l’automobile ont pris une position courageuse en rejetant le contrat UAW-Fiat-Chrysler. Cependant, les développements qui suivent le «non» indiquent clairement que ceci n’est que le début d'une lutte. Les sociétés automobiles et l’UAW préparent une contre-attaque.

Le mouvement du « non » doit maintenant prendre une forme organisationnelle à travers la mise en place de comités d'usine de la base, indépendants de l'UAW, pour coordonner l'opposition, établir des lignes de communication entre Fiat Chrysler, GM, Ford, John Deere et d'autres travailleurs, et de préparer une action conjointe.

(Article paru en anglais le 3 octobre 2015)

Voir également : Après le vote négatif: la voie à suivre pour les travailleurs de l'automobile

[2 Octobre 2015]