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Après la ratification de l'accord Fiat-Chrysler: la voie à suivre pour les travailleurs de l'automobile

Par Joe Kishore
26 octobre 2015

L'annonce par le syndicat UAW (United AutoWorkers) que le contrat avec Fiat Chrysler a été ratifié par une majorité de travailleurs de la société inaugure la prochaine étape de la lutte contre le complot tripartite entreprise-syndicat-gouvernement dirigé contre la classe ouvrière.

Bien que tout résultat du scrutin annoncé par l'UAW soit fondamentalement suspect, il y a clairement eu un changement entre le premier contrat proposé, rejeté massivement par les travailleurs, et le second. Cela n’est pas dû à une amélioration substantielle des termes de l'accord. Le second contrat garantit les principaux objectifs de la société, y compris une baisse permanente du salaire de base des ouvriers de l'automobile grâce à l’extension du système des salaires et prestations sociales à deux vitesses et la mise à l’écart des travailleurs âgés, mieux rémunérés. Il comprend aussi de nouveaux reculs ne figurant pas dans le premier accord, comme le doublement du taux des travailleurs temporaires, encore moins bien payés.

Le vote de ratification est le produit d'une campagne massive de mensonge et d'intimidation menée par l'UAW et soutenue par les entreprises, les médias patronaux et le gouvernement. Des milliers de travailleurs ayant voté «oui» n'ont pas cru le battage de l'UAW organisé par le cabinet de relations publiques new yorkais BerlinRosen. Ils ont voté pour un accord qu'ils savaient pourri parce qu'ils ne croyaient pas qu'ils pourraient en obtenir un meilleur avec l'UAW. Sans une perspective d’alternative clairement développée et une autre organisation, ils étaient vulnérables au chantage économique et aux menaces de licenciements de l'UAW.

La ratification n'annule pas le fait, historique, que les travailleurs de la base ont, le mois dernier, voté massivement contre un contrat national soutenu par l'UAW, le premier rejet d’un contrat de cette sorte depuis 1982. Ce vote est l'expression initiale d’une résurgence de la lutte de classe aux Etats-Unis, qui prend la forme d'une rébellion naissante contre les syndicats.

La colère profonde qui monte dans la classe ouvrière éclatera de nouveau, plus tôt que tard. Dans l'industrie automobile, ce seront maintenant General Motors et Ford qui seront au centre de l’attention. L'UAW va tenter d’y imposer des accords similaires, adaptés aux besoins particuliers de ces entreprises. Le coup d'envoi dans la lutte sur le contrat à GM qui, comme l’a annoncé l'UAW, viendra après Fiat Chrysler, a été donné le 23 octobre avec l'annonce que GM mettra à pied 500 travailleurs à l'usine d'assemblage de Lake Orion près de Detroit.

Entretemps, Fiat Chrysler commencera à faire avancer les plans de restructuration de ses opérations, y compris les fermetures d'usines et les licenciements. Au-delà de l'industrie automobile, les sidérurgistes travaillent depuis presque deux mois avec un contrat prolongé pendant que le syndicat United Steelworkers conspire à huis clos avec les entreprises sidérurgiques pour geler les salaires et réduire les coûts de santé. Des dizaines de milliers de travailleurs des télécommunications, d’enseignants, de postiers et d'autres secteurs de la classe ouvrière font face à des conditions similaires.

Pour les travailleurs de l'automobile et la classe ouvrière en général, la tâche essentielle est d'assimiler les principales leçons politiques de la lutte sur le contrat chez Fiat Chrysler pour préparer la prochaine étape de la lutte.

Il faut tout d’abord tirer les conclusions requises sur la nature de l'UAW et des syndicats en général. Même parmi les nombreux travailleurs qui ont vigoureusement dénoncé la direction de l'UAW, il restait l'espoir que le «non» massif au premier accord de capitulation forcerait le syndicat à négocier quelque chose de mieux. Ces espoirs se sont révélés illusoires. Même si le second contrat avait été rejeté également, la lutte contre l'imposition de salaires approchant la misère et la destruction des retraites, des prestations de santé et des conditions de travail n'aurait pas été terminée. La compagnie et le syndicat auraient conspiré de plus belle.

Il y a tout un réseau de permanents syndicaux locaux et de «critiques» qui consacrent leur énergie à défendre l’étau organisationnel de l'UAW et de l'AFL-CIO. Des groupes tels qu' Autoworker Caravan, soutenu par Labor Notes, Socialist Worker et d'autres publications, insistent pour dire que les travailleurs peuvent faire lutter l'UAW pour eux en faisant pression sur la bureaucratie. Ils prennent la pose d’adversaires de la direction du syndicat, mais sont farouchement hostiles à toute expression authentique de la volonté démocratique des travailleurs en opposition à l'appareil syndical.

Comme l’a démontré une fois encore l'expérience chez Fiat Chrysler, l'UAW n’est pas une «organisation des travailleurs» qui répondrait à la pression de ses membres. C’est un bras des entreprises et du gouvernement dont la tâche spécifique est de réprimer la résistance des travailleurs. Non seulement l'UAW, mais l'ensemble de l'appareil syndical officiel ont œuvré pendant des décennies à empêcher toute lutte contre les entreprises et les banques. Dans la mesure où les syndicats ont un programme à eux à l’égard des entreprises, il s’agit de l’intérêt commercial particulier des parasites argentés qui les contrôlent. Un exemple de cela est la campagne de l’UAW pour s’établir en tant que prestataire d'assurance-maladie.

Tout au long de la lutte sur le contrat, l’Autoworker Newsletter (Bulletin des travailleurs de l’automobile) du WSWS a fait campagne pour la formation de comités d'usine de la base, une revendication qui a obtenu un large soutien. La lutte pour ces comités doit être approfondie et élargie par la formation dans chaque usine d'organisations indépendantes pour unir les travailleurs de GM, Ford et Fiat Chrysler, établir des lignes de communication avec les travailleurs de l'automobile au plan international, et parler à toute la classe ouvrière.

Pour que cette lutte soit couronnée de succès, elle doit être guidée par une perspective politique claire. Beaucoup parmi les milliers de travailleurs qui ont suivi l’Autoworker Newsletter et la façon dont il a démasqué l’accord et le rôle de l'UAW, ont demandé comment il lui avait été possible de prévoir si clairement le cours des événements. La réponse est que l'analyse du WSWS se fonde sur une compréhension du cadre politique et économique dans lequel se déroule la lutte actuelle.

Le rôle réactionnaire des syndicats découle de leur perspective pro-capitaliste et nationaliste. Même au plus fort du boom économique, après la Deuxième Guerre mondiale, lorsque les travailleurs pouvaient remporter des gains importants par des grèves et d'autres formes d'action, les syndicats ont œuvré à subordonner la classe ouvrière au système de profit. Quand, dans les années 1970, le capitalisme américain est entré dans un long déclin, l'élite patronale et financière a mené une politique de désindustrialisation et de redistribution de la richesse de bas en haut. Tout ce que les travailleurs ont acquis dans des luttes acharnées leur est maintenant arraché par le patronat, un processus qui s’est accéléré depuis l'effondrement de Wall Street en 2008.

Les syndicats ont réagi à ces développements en s’intégrant de plus en plus directement dans les directions d'entreprise. Ils ont réagi au caractère de plus en plus mondialisé de la production en cherchant à dresser les travailleurs des différents pays les uns contre les autres dans une course vers le bas. Aujourd'hui où l'inégalité sociale est plus développée qu'à tout autre moment depuis la Grande Dépression, les syndicats insistent pour dire qu'il n'y a aucune « relation antagoniste» entre la classe ouvrière et les sociétés, même si elles exigent que les travailleurs fassent des «sacrifices» pour stimuler la rentabilité et la compétitivité des entreprises aux États-Unis.

Ceci n’est pas un phénomène unique aux USA. Dans tous les pays, les syndicats officiels, pro-capitalistes, sont devenus les ennemis les plus acharnés de la classe ouvrière.

La forme politique du soutien par les syndicats du capitalisme aux États-Unis est leur alliance avec le Parti démocrate. Les démocrates, pas moins que les républicains, défendent les intérêts de la classe dirigeante. Dans l'automobile, la Maison Blanche a joué le rôle principal dans l'organisation de la faillite de GM et Chrysler en 2009, utilisée pour étendre le système de salaires et de prestations sociales à deux vitesses et monter d'autres attaques contre les travailleurs. Si l'administration Obama n'est pas ouvertement impliquée dans les négociations actuelles, elle est sûrement en étroit contact avec l’UAW et les constructeurs automobiles, prête à intervenir, à travers la «médiation» ou, si cela ne fonctionne pas, la répression policière – si l’opposition des travailleurs devenait incontrôlable.

La classe ouvrière du monde entier entre en conflit avec le système capitaliste. La question fondamentale est: dans l'intérêt de qui la société sera-t-elle gérée? Dans l’intérêt des PDG d’entreprises et des investisseurs de Wall Street? Ou dans celui de la classe ouvrière, la grande majorité de la population? La société continuera-t-elle à être soumise aux exigences de profit d'une aristocratie financière obsédée par l’argent ou la classe ouvrière réussira-telle à restructurer l'économie mondiale sur une base socialiste, c’est-à-dire selon les besoins sociaux plutôt que du profit privé?

La tâche fondamentale est le développement de l'initiative indépendante, de l’organisation internationale et de l'indépendance politique de la classe ouvrière, en opposition aux entreprises, aux syndicats et au système capitaliste. Mais cela nécessite la construction d'une nouvelle direction socialiste et révolutionnaire dans la classe ouvrière. Nous exhortons tous les travailleurs de l'automobile et ceux qui ont suivi et soutenu l’Autoworker Newsletter du WSWS à étudier le programme du Parti de l'égalité socialiste et de prendre la décision de mener la lutte pour le socialisme.

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(Article paru en anglais le 24 octobre 2015)