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Le referendum du PS: une tentative cynique de paraître à gauche

Par Francis Dubois
5 octobre 2015

Dans le contexte de la préparation des élections régionales de décembre en France, le Parti socialiste au pouvoir a lancé une proposition de référendum sur une alliance électorale dès le premier tour du PS et de ses alliés traditionnels, les écologistes d’EELV, le PCF stalinien et le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon.

Le secrétaire national du PS, Jean-Christophe Cambadélis avait présenté cette proposition le 19 décembre à Paris. L’idée était d’organiser, selon les termes du PS, une consultation « du peuple de gauche » entre le 16 et le 18 octobre sur Internet et en plaçant des urnes sur les marchés de France. Les électeurs « de gauche » devaient dire s’ils voulaient des listes communes du PS et de ses alliés dès le premier tour de l’élection régionale.

Le référendum était présenté comme l’alliance de toute « la gauche » indispensable pour empêcher le Front National néofasciste de contrôler des régions jusqu’à présent contrôlées par le PS. Le FN est en position de gagner la présidence de deux des douze nouvelles régions, Nord-Picardie et Provence-Côte d’Azur.

Cette proposition est venue après l’échec de discussions entre le PS et les partis auxquels il veut s’allier aux régionales contre Les Républicains de l’ex-président Nicolas Sarkozy et le FN néo-fasciste.

Les estimations de vote pour l’élection des 6 et 13 décembre, qui est le dernier scrutin national avant les présidentielles et les législatives de 2017, laissent présager une nouvelle débâcle électorale du PS. Venant à la suite de quatre défaites consécutives lors d’élections depuis son accession au pouvoir en 2012, celle-ci aurait des conséquences sérieuses quant à sa capacité de gouverner et à la continuation de son existence en tant que parti.

Tant le PCF que le Parti de Gauche et les écologistes ont dénoncé le référendum comme une manœuvre et une tentative de les « forcer » à s’allier au PS. Ils avaient eux mêmes ces derniers mois pris leurs distances vis-à-vis du PS, qu’ils ont aidé à faire élire en 2012 et soutenaient depuis son élection, devant l’hostilité de la population face à ses attaques virulentes sur le niveau de vie et les droits sociaux et démocratiques. Ils mettent comme condition à une alliance une inflexion de la politique du PS.

Le secrétaire national du PCF Pierre Laurent a dit: « Ça n'est pas sérieux. Tout le monde sait qu'il y a un problème à gauche, qui est la politique gouvernementale » ajoutant, « Cambadélis nous dit qu'on va parler de tout, sauf de ça. »

La sénatrice EELV Esther Benbassa a parlé de « référendum à la noix ». « Assez de mascarades » a-t-elle dit.

Le dirigeant du PG, Jean-Luc Mélenchon, a déclaré, « Jean-Christophe Cambadélis ne sait plus comment faire car ils ont provoqué – pas lui, il n'a pas de responsabilités, il est prié de recoller les morceaux – Hollande et Valls ont explosé la gauche. »

Néanmoins, le geste du PS en direction d'EELV, du PCF, et du PG est une réaction, bien que cynique et fausse, face à un réel mouvement de l'opinion internationale.

Il est clair qu’il y a une énorme colère sociale et une opposition massive de la classe ouvrière en Europe à la politique d’austérité menée par l’UE et par le PS en France. Même dans les conditions d’une trahison ouverte de Syriza, les partis de la droite traditionnelle comme ND n’ont pu former un gouvernement après la dernière élection législative en Grèce. L’élection de Corbyn à la tête du Parti travailliste britannique, le 12 septembre, est elle aussi l’expression d’un changement considérable du climat politique en Europe.

La tentative du PS de se donner une teinture de gauche est une réaction à cette conjoncture politique en Europe. Après avoir tenté de légitimer le Front national néo-fasciste, lui avoir tendu la main en invitant Marine Le Pen à l’Elysée, soutenu son camouflage « populaire » en le comparant au PCF des années 1970 et avoir appliqué sa politique xénophobe dans ses campagnes anti-roms, le PS tente de changer son fusil d’épaule.

Hollande a donné son aval à la proposition de Cambadélis et mis en sourdine les vues opposées d’un Valls qui préconise une alliance avec des forces de droite comme le MoDem et un rejet de toute référence, même totalement creuse, au socialisme.

La proposition de référendum fait partie d’un changement de tactique du PS pour se donner une image plus à gauche. L’offre d’alliance avec Mélenchon, le PCF et les écologistes doit faire croire que le PS fait partie de la « famille politique » de la « gauche ».

« La dispersion, c’est la disparition » a dit François Hollande en parlant des régionales à sa conférence de presse du 6 septembre.

Le PS ne change rien fondamentalement à sa politique de défense inconditionnelle des intérêts du grand patronat et n’a pas l’intention d’y changer quoi que ce soit. Sa politique d'austérité est dictée par des impératifs bien plus larges : le marché mondial et les intérêts géopolitiques de l’impérialisme français. L’élite politique française est totalement incapable de répondre à des sentiments de gauche dans la population.

Ce revirement tactique ne fait pas l’unanimité au PS. Certain dirigeants sont en faveur d’une alliance « contre le FN » avec la droite de Sarkozy et l’ont fait savoir.

Les Echos écrivent que « l’hypothèse de fusionner les listes du PS et de LR en vue de battre le FN au second tour a été évoquée par ‘un ministre influent’ » Ils citent la réaction de Cambadélis à cela « Le ministre anonyme qui propose la fusion suicide au 2e tour des régionales avec Estrosi ou Bertrand, soit il se nomme, soit il se la ferme. »

Il ne s’agit pas non plus d’une soudaine opposition du PS au FN. Le PS instrumentalise cyniquement l’inquiétude justifiée de larges couches de la population d’une association des néofascistes au pouvoir pour essayer de créer une dynamique en sa faveur et apparaître, par contraste, « de gauche ». Ceci ne fait que souligner le caractère totalement réactionnaire de sa politique de légitimation de Marine Le Pen.

Quant à Mélenchon et au PCF, même s’ils donnent de la voix contre la politique du PS, leur opposition à une union électorale avec lui est tout aussi conjoncturelle que la proposition de referendum du PS.