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Les conditions désastreuses des réfugiés en Europe

Par Martin Kreickenbaum
19 septembre 2015

Le traitement des réfugiés dans l'Union européenne prend des dimensions de plus en plus alarmantes. Des milliers de personnes sont abandonnées sous de fortes pluies dans de la boue et sans abri; dormant dans des champs, des parcs et des gares; attendant désespérément derrière des fils barbelés et sur des quais de traversier; et encerclés de policiers brandissant des bâtons qui les attaquent avec des grenades assourdissantes et du gaz lacrymogène. Cette réalité brutale fait contraste avec les déclarations hypocrites de Jean-Claude Juncker, le président de la commission européenne, ou celles de la chancelière allemande Angela Merkel.

À travers l'Europe, il y a une vague de générosité et d'appui pour les réfugiés, commençant en Grèce et s'étendant à travers la Serbie et la Hongrie, où des personnes qui possèdent souvent très peu eux-mêmes partagent ce qu'ils ont. En Hongrie, ils ont même pris le risque de défier la loi pour faciliter leur entrée illégale. En Allemagne, des volontaires prennent soin des réfugiés et font de nombreux dons.

À l'opposé total, les gouvernements européens et les agences de sécurité intimident et harcèlent les réfugiés où qu'ils peuvent et font tout leur possible pour s'en débarrasser.

Hongrie

Une vidéo troublante d'un camp d'enregistrement de Röszke sur la frontière Serbo-Hongroise documente le traitement inhumain réservé aux réfugiés. Dans la vidéo, la police jette des bouteilles et du pain aux réfugiés enfermés derrière des clôtures tels des animaux. Des personnes désespérées tentent, les bras tendus, de s'emparer des misérables paquets de nourriture. Il s'agit d'une scène digne de l'heure à laquelle on nourrit des animaux au zoo et non pas la distribution de nourriture dans un camp de réfugiés dans la riche Union européenne.

Peter Bouckaert, coordinateur de crises pour Human Rights Watch, a décrit les conditions dans le camp d'accueil: «Les détenus de Röszke sont enfermés dans des lieux malpropres et surpeuplés, ils ont faim et n'ont pas accès à des soins de santé.» Son organisation a fait des entrevues avec des réfugiés et un tour limité du camp admis par les autorités hongroises.

Les dortoirs dans les tentes ne sont pas assez grands pour les réfugiés. Ils n'ont ni assez à manger ni à boire. On dit aux mères qui demandent de l'eau pour leur bébé d'utiliser de l'eau sale. Les enfants, qui vomissent constamment et souffrent de fortes fièvres, sont privés de soins médicaux. Deux réfugiés ont dit à Human Rights Watch que les conditions qui règnent ici sont «faites uniquement pour les animaux».

Récemment, autour de trois ou quatre mille réfugiés sont recueillis tous les jours à la frontière serbo-hongroise et amenés au camp sans qu'il semble y avoir de fin au flux de réfugiés. Mardi, une nouvelle loi devait entrer en vigueur en Hongrie pour criminaliser l'entrée illégale. Les réfugiés seront menacés d'emprisonnement et de déportation vers la Serbie.

Le premier ministre Viktor Orban et son ministre de chancellerie Janos Lazar ont pendant des semaines répété que le 15 septembre, «une nouvelle ère» dans le traitement des réfugiés entrerait en vigueur. Une zone de «transit» de 60 mètres sera établie qui ne sera officiellement ni Hongroise ni européenne, mais sera considéré de façon similaire aux zones de transit dans les aéroports. C'est ici que seront enregistrées les demandes d'asile en des procédures accélérées de huit jours. Seuls les réfugiés qui reçoivent un statut de protection auront le droit d'entrer en Hongrie, pendant que la vaste majorité sera déportée sans merci en Serbie. Les mesures planifiées vont à l'encontre des Conventions de Genève concernant les réfugiés, selon lesquelles aucun réfugié ne peut être simplement rejeté à la frontière.

Afin d'empêcher une fuite de masse à la zone de transit, l'armée sera positionnée à la frontière. Le 9 septembre, des exercices militaires ont commencé sous la désignation révélatrice d'«action décisive». Le général Tibor Benko a expliqué à la chaîne de télévision M1 Channel: «Il est de notre devoir de nous assurer que la Hongrie soit défendue.» Il y aura deux ou trois soldats pour chaque douanier. Pour l'instant, aucun ordre pour ouvrir le feu n'a été donné. Les réfugiés manifestants devront être réprimés à l'aide de canons à eau, de gaz lacrymogène, de coups de matraques et de grenades assourdissantes. Mais la direction vers laquelle se dirige la militarisation croissante de la frontière européenne est plus que claire, surtout depuis que des détachements militaires bulgares et tchèques ont été appelés aux frontières pour repousser de force les réfugiés.

La Hongrie n'est certainement pas seule en Union européenne dans son attitude sans compromis face aux réfugiés, malgré toutes les affirmations pour rassurer le public de la part de représentants de l'Union européenne selon lesquels les fils barbelés et les clôtures seront évités.

En Grèce, l'Union européenne a assumé la plus grande part du coût des barrières frontalières avec la Turquie, ainsi que la Bulgarie. Les enclaves de Ceuta et Melilla seront encerclées par un système de plusieurs barrières qui pourraient entraîner la mort ou des blessures sévères pour les immigrants. Quiconque réussit à les traverser sera accueilli par les mauvais traitements des douaniers espagnols et de brutes mercenaires marocaines. Ni l'Union européenne ni un quelconque gouvernement européen ne se sont opposés à ces actes barbares.

Lors d'une rencontre le 11 septembre, le groupe Visegrad, qui est constitué de gouvernements de la République tchèque, la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie, a une fois de plus affirmé son attitude hostile envers l'accueil de réfugiés en général et envers le plan proposé par Juncker de distribuer jusqu'à 160.000 réfugiés parmi les membres de l'UE d'après un système de quotas en particulier.

«Nous sommes convaincus qu'en tant que pays nous devrions garder le contrôle sur le nombre de ceux que nous pouvons accepter et aider», a déclaré le ministre des Affaires étrangères Lubomir Zaoralek lors d'une conférence de presse à Prague.

En Allemagne le ton envers les réfugiés à l'intérieur du gouvernement fédéral devient de plus en plus acerbe. Hans-Peter Friedrich, le second en tête de la fraction parlementaire de l'Union sociale chrétienne (CSU), a qualifié l'accueil de réfugiés d'«erreur sans précédent qui aura des conséquences dévastatrices à long terme».

Il a explicitement averti de «combattants immigrants illégaux de l'État islamique» parmi les réfugiés. Le premier ministre a justement invité le premier ministre hongrois Viktor Orban pour une rencontre de la faction d'état de la CSU. Plusieurs journaux allemands dont le FrankfurterAllgemeine Zeitung agitent également contre les réfugiés sous le slogan «L'Europe de l'Est a raison [d'exclure les réfugiés].»

Grèce

Pendant que les gouvernements européens s'embourbent dans leurs conflits concernant la réception des réfugiés, la file de réfugiés continue de s'allonger malgré les fortes pluies. Des dizaines de navires de réfugiés provenant des zones de guerre de la Syrie et de l'Irak s'amarrent sur les îles grecques de Kos et Lesbos tous les jours. Sans l'appui de la population locale, ils n'auraient presque aucune chance de survivre dans cette région, puisque les autorités grecques ne leur offrent ni refuge ni nourriture. Des tentes sont dispersées partout et il n'y a pratiquement pas de dispositifs sanitaires pour les réfugiés qui espèrent monter à bord d'un traversier vers le continent le plus rapidement possible.

Il y a deux semaines, le commissaire de l'UE Dimitri Avramopoulos et le vice-président de la commission européenne Frans Timmermans ont visité la Grèce pour avoir une vue d'ensemble des camps. Plutôt que d'augmenter l'aide pour le soin des dizaines de milliers de réfugiés échoués en Grèce, ils ont seulement créé un «point d'accès»: un immense camp d'internement pour réfugiés dans lequel ceux-ci seront enregistrés et passés au crible. L'agence européenne de protection des frontières Frontex traitera les demandes d'asile et en même temps sera armée d'un mandat pour la déportation rapide des réfugiés dans leurs pays d'origine.

La commission européenne a déjà accordé 475 millions d'euros au gouvernement grec cette année, mais la plus grande part de ce montant a été utilisée pour renforcer la protection frontalière plutôt que pour aider les réfugiés qui ont besoin de soins urgents. La liste d'équipements achetés inclut des drones, des vaisseaux de patrouille, des voitures avec des caméras infrarouges et des systèmes de surveillance biométriques, tout ceci pour les opérations de Frontex.

Récemment, plus de 7000 réfugiés à la fois ont traversé la frontière pour aller en Macédoine. Malgré les conditions météorologiques qui se détériorent, ils sont forcés de dormir à la belle étoile. Le gouvernement de la Macédoine considère à présent la construction d'une barrière avec la Grèce afin de retenir les réfugiés. Dans une entrevue avec l'hebdomadaire Figyelo, le ministre des Affaires étrangères macédonien Nikola Popolski a dit que les Macédoniens avaient également besoin «d'une sorte de défense physique», ajoutant que «si nous devons prendre au sérieux ce que l'Europe nous demande de faire, nous en aurons aussi besoin. Ou bien des soldats ou bien une clôture, ou une combinaison des deux.»

Allemagne

En Allemagne, la chancelière Merkel prend des selfies avec des réfugiés dans un centre de traitement à Berlin-Spandau pendant que le gouvernement intensifie le harcèlement à leur égard. Une période de résidence obligatoire sera exigée dans toute la nation et étendue. De plus, les détentions dans les centres de regroupement passeront de trois à six mois.

La situation dans les camps de réfugiés se détériore également en Allemagne. Ce n'est pas seulement parce que 40.000 réfugiés sont arrivés en Allemagne seulement durant la deuxième semaine de septembre, mais surtout parce que les provisions pour réfugiés prévues par le gouvernement ont été retardées pendant des mois. De plus, un chaos délibérément orchestré a été créé. Depuis le début de l'année, l'agence fédérale pour l'immigration et les réfugiés, qui est subordonnée au ministère de l'Intérieur, a présenté des chiffres détaillés qui ont documenté un influx de réfugiés bien plus élevé que les 400.000 que l'on répète constamment depuis des mois.

La conséquence est l'intolérable et total surpeuplement des centres de regroupement dans tous les États et municipalités. La situation à Berlin est particulièrement dramatique, mais aussi dans le Mcklenburg-Vorpommern, où un administrateur local Rolf Christiansen, responsable pour le camp d'enregistrement près de Rostockm a critiqué les conditions inhumaines du camp dans le Schweringer Volkszeitung. «Les conditions ici sont indignes de notre pays et c'est comme ça depuis des semaines. Des centaines de personnes doivent camper dehors la nuit, il manque de provisions, personne ne les supervise et le camp est surpeuplé.»

En basse Saxe, il y a trop peu de place pour dormir dans les camps de Friedland et Bramsche et les réfugiés doivent attendre une semaine avant de pouvoir être enregistrés en tant que demandeurs d'asile, d'après le conseil de réfugiés local. Ce à quoi la vie ressemble dans un centre d'enregistrement est clairement illustré dans une vidéo d'une journaliste de SWR3, Alena Jabarine, qui a filmé pendant plusieurs jours dans un camp de réfugiés à Hamburg. Dans tous les espaces libres, les gens dorment par terre. Il n'y a pas assez de toilettes ou d'installations sanitaires. Les réfugiés passent des jours sans savoir ce qui va leur arriver et n'ont pas le droit de quitter le camp.

(Article paru en anglais le 12 septembre 2015)