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La convention du Parti vert: une rhétorique de gauche au service d'une politique procapitaliste

Par Evan Blake
15 août 2016

Lors de son congrès à Houston, au Texas, le Parti vert des États-Unis a officiellement nommé Jill Stein et Ajamu Baraka samedi comme ses candidats à la présidence et vice-présidence pour les élections de 2016. L’activité qui se tenait à l'Université de Houston du 4 au 7 août a été diffusée en direct sur YouTube, attirant plus de 4500 spectateurs à son apogée. La convention a également été marquée par l'adoption de plusieurs amendements, le plus significatif étant faussement présenté comme «anticapitaliste».

Le discours d'acceptation de 35 minutes de Stein, dans lequel elle a dénoncé les politiques de guerre du gouvernement sans toutefois mentionner les noms de Barack Obama et d’Hillary Clinton, est un changement de rhétorique vers la gauche pour le Parti vert. Les Verts tentent de gagner le soutien des travailleurs et des jeunes radicalisés et déçus par la capitulation abjecte de Bernie Sanders face à Clinton, dans l'intention de les ramener dans les limites sûres de la politique bourgeoise.

La rhétorique de gauche de Stein et des Verts ne correspond pas au caractère réformiste et procapitaliste des origines, de l'histoire et du programme du parti. Le Parti vert est en réalité un parti politique bourgeois nationaliste basé sur des sections de la classe moyenne supérieure, soutenant pleinement le capitalisme, opposé au marxisme et hostile à l'indépendance politique de la classe ouvrière. Là où les partis verts sont influents ou sont venus au pouvoir, notamment en Allemagne, ils soutiennent les mesures d'austérité contre la classe ouvrière au pays et la guerre à l'étranger.

Le nationalisme des Verts était flagrant pour quiconque regardait en ligne la convention samedi, alors que le drapeau américain arborait l'écran pendant les pauses à la convention. Tout comme Sanders et Donald Trump, le Parti vert favorise le rejet du Partenariat transpacifique sur une base protectionniste, de nombreux délégués brandissant des pancartes où on pouvait lire «Non au PTP!»

Dans leurs manœuvres pragmatiques, les Verts ont formé une alliance avec diverses organisations de la pseudo-gauche telles que Socialist Alternative, qui a appuyé la course de Sanders à l’investiture du Parti démocrate, ainsi que l'International Socialist Organization. Lors de la Convention nationale du Parti démocrate qui s’est tenue à Philadelphie à la fin de juillet, des centaines de délégués partisans de Sanders de la soi-disant faction «Bernie-or-Bust» ont quitté la convention, et nombreux sont ceux qui sont venus soutenir Stein et les Verts.

Environ la moitié des 500 participants de la convention du Parti vert – la plus grande de l’histoire du parti – se sont inscrits après que Sanders a donné son appui à Clinton. S’adressant directement à ces nouveaux partisans, Stein leur a dit: «Le jour où Bernie Sanders a appuyé Hillary Clinton, les vannes de notre campagne se sont ouvertes et on a vu arriver plus de bénévoles, plus de meneurs de campagne pour nous mettre sur le scrutin et plus de financement. Nous avons une campagne plus différente que jamais dans l’histoire, maintenant que nous avons uni nos forces avec vous.»

Stein a commencé son discours d'acceptation en criant de façon démagogique: «Voilà à quoi ressemble la démocratie! Allez, tout le monde! Voilà à quoi ressemble la démocratie, et voilà à quoi ressemble la révolution politique!»

En reprenant l'appel de Sanders pour une «révolution politique», que ce dernier signale lui-même comme étant maintenant incarnée par Clinton, les Verts tentent de jouer sur deux fronts. Ils se présentent à la fois comme une solution de rechange à Sanders et pour la poursuite de sa campagne, comme si son intégration complète dans le Parti démocrate et son avilissement devant Clinton et l'establishment démocrate n’avaient rien à voir avec le contenu réel de sa soi-disant «révolution politique».

Cette perspective cynique et fausse obscurcit le fait fondamental que la «révolution politique» de Sanders était, dès le départ, comme le World Socialist Web Site l’avait annoncé, une tentative lancée pour le compte de sections de la bourgeoisie en vue de décapiter et de faire dérailler la radicalisation politique croissante des travailleurs et des jeunes. En adoptant la rhétorique de Sanders, les Verts ne font que révéler leur véritable rôle.

La rhétorique antiguerre mensongère de Stein

Vers la fin de son discours, Stein a abordé les questions de la politique étrangère et de la guerre en déclarant: « Dans cette élection, nous déciderons si nous aurons un monde ou non dans l'avenir. Le jour du jugement se rapproche de plus en plus... Face à la question du changement climatique et des armes nucléaires, face à cette folle course aux armements nucléaires où nous nous retrouvons à nouveau plongés tête baissée, et face à ces guerres sans fin et en constante expansion qui balaient maintenant le monde entier, nous ne pouvons nous permettre de rester les bras croisés.»

La rhétorique antiguerre de la campagne des Verts est en grande partie une innovation récente, Stein étant jusqu'à présent restée muette la plupart du temps sur la question de la politique étrangère pendant sa campagne. Contrairement aux dénonciations antiguerre de Stein et même l'évocation de la menace d'une guerre nucléaire, le document de la plate-forme des Verts, adoptée en 2014, est la plupart du temps silencieux sur ces questions fondamentales, qui ne sont mentionnées ni dans son «Appel à l'action», son «Préambule» ou dans la section des «Dix valeurs clés». En fait, la question pour les Verts ne mérite pas même un sous-titre dans les 66 pages restantes de leur plate-forme électorale.

Alors que dans d'autres parties de son discours Stein a mentionné les «crimes de guerre commis par l'Arabie saoudite au Yémen et ceux du gouvernement israélien et de son occupation de la Palestine», elle n’a fait aucune référence spécifique au dernier quart de siècle de guerres sans fin menées par l'impérialisme américain au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, se contentant de mentionner de façon ambiguë «ces guerres sans fin et en constante expansion».

Stein omet visiblement les noms de tous les dirigeants politiques – notamment Obama, Clinton et Bush – qui ont supervisé ces guerres qui ont entrainé plus d'un million de morts en Irak seulement, ainsi que des centaines de milliers d'autres morts en Syrie, en Libye, en Afghanistan, au Pakistan et dans d’autres pays.

Sa vague référence à une «folle course aux armements nucléaires» occulte le rôle central joué par les États-Unis, un pays en train d’encercler militairement la Russie et la Chine et qui escalade continuellement la menace d'une troisième guerre mondiale nucléaire. Ici, Stein ne fait également aucune mention de la tentative de style Maccarthiste de présenter Trump comme un agent de Poutine, pas plus qu’elle ne parle de l'hystérie antirusse alimentée par Clinton et le Parti démocrate.

Dans une récente déclaration effectuée dans le cadre de sa campagne, Stein appelle à une «réduction de 50 % du budget militaire dangereusement gonflé» et présente cette proposition comme une position prétendument antiguerre. Si Stein accepte le chiffre largement sous-estimé du gouvernement en ce qui a trait au total de ses dépenses militaires annuelles, soit environ 500 milliards de dollars, cela signifierait qu’elle plaide en fait pour un budget militaire annuel de 250 milliards de dollars.

Peut-être ce qui révèle le plus la perspective proguerre de Stein est son soutien sans réserve à Sanders, qu’elle a par ailleurs invité le mois dernier à rejoindre le Parti vert et à prendre sa place comme candidat présidentiel. Pourtant, dans le cadre de sa campagne présidentielle, Sanders a souligné à maintes reprises son soutien à la politique guerrière d'Obama – notamment à son programme d’assassinat par drones – et sa conviction que les États-Unis «devraient avoir le plus fort appareil militaire au monde».

Le «socialisme écologique» et l'hostilité des Verts à l’égard de la «propriété étatique des moyens de production»

En matière de politique intérieure aux États-Unis, Stein a adopté à nouveau une rhétorique sonnant apparemment de gauche, caractérisant la société américaine en proie à une «crise sans précédent». Elle a proclamé: «On nous dit qu'il y a une reprise, mais en fait, nous sommes encore en pleine situation d’urgence. Tous ces bons emplois que nous avons perdus n’ont en fait été remplacés que par des emplois à temps partiel, mal payés, précaires et temporaires. Toute une génération de jeunes est aux prises avec le fardeau écrasant de leur dette étudiante. Les Noirs sont sur la ligne de tir. Les immigrants font face à la menace d'une déportation de masse. Les guerres menées pour le pétrole ont de violentes répercussions, et la crise climatique menace de faire disparaître la civilisation telle que nous la connaissons au cours de notre vie [...] C’est pourquoi nous sommes révoltés!»

Même s’ils signalent au passage certaines des conditions épouvantables qui prévalent aux États-Unis, Stein et les Verts ne présentent comme solution que des mesures libérales craintives. Nulle part dans son discours Stein ne mentionne la «classe ouvrière», la «lutte de classe», le «capitalisme» ou le «socialisme». Aucun intervenant au congrès n’a appelé à établir la propriété publique des moyens de production ou à l'expropriation des richesses de l’aristocratie financière, deux principes socialistes de base. Le programme du Parti vert ne suggère pas la moindre redistribution importante des richesses, se concentrant plutôt sur la supposée «surconsommation» de la population dans son ensemble.

Lors de leur convention, les Verts ont adopté l'amendement 8-35 à leur plate-forme, un soi-disant amendement «anticapitaliste». En réalité, cet amendement ne vise qu'à donner aux Verts un vernis radical et ne fait rien pour contester de façon importante les rapports de propriété qui prévalent sous le capitalisme.

Cet amendement vient remplacer un paragraphe de leur programme qui appuie les «petites entreprises, le capitalisme responsable, et des formes larges et diverses de coopération économique». Pourtant, lors de la convention, aucune critique n’a été émise quant à leur ancienne position de promouvoir «le capitalisme responsable».

L'amendement adopté se lit comme suit: «Le Parti vert cherche à construire un système économique alternatif basé sur l'écologie et la décentralisation du pouvoir, une alternative qui rejette à la fois le système capitaliste, qui maintient la propriété privée sur presque toute la production, ainsi que le système socialiste étatique, qui assume un contrôle sur les industries sans prise de décision démocratique locale. Nous croyons que les anciens modèles du capitalisme (propriété privée de la production) et du socialisme étatique (propriété étatique de la production) ne sont pas viables écologiquement, justes socialement ou mêmes démocratiques, et que les deux systèmes contiennent des structures intrinsèques entrainant des injustices.»

Plutôt que de chercher à unir les travailleurs internationalement, les Verts cherchent à revenir en arrière, en délaissant les économies fondées à l'échelle nationale pour embrasser un «communautarisme» utopique local basé sur le modèle anarchiste. Toujours selon leur amendement: «Nous allons construire une économie fondée sur de grands travaux publics verts, la municipalisation, ainsi que la démocratie en milieu de travail et communautaire. Certains appellent un tel système décentralisé le “socialisme écologique”, du “communautarisme” ou une “communauté coopérative”.»

L'amendement précise que les Verts sont fondamentalement opposés à la planification économique centralisée, ainsi qu'à la propriété étatique des moyens de production. Leur affirmation selon laquelle le «socialisme étatique» devient inévitablement autoritaire est basée sur l'argument historiquement faux que la révolution russe ne pouvait inévitablement qu'engendrer le stalinisme. Bien que présenté comme «anticapitaliste», cet amendement est en fait une déclaration d'opposition au socialisme et une défense tacite des rapports de propriété capitalistes.

Le Parti démocrate et la politique identitaire

Contrairement à la campagne Sanders qui affirmait que le Parti démocrate pouvait être réformé de l'intérieur, la stratégie politique des Verts est de servir en tant que groupe de pression externe sur les deux grands partis, plus particulièrement le Parti démocrate, afin de ramener l'opposition croissante dans le cadre de la politique bourgeoise.

Cette perspective est élaborée par les Verts eux-mêmes dans leur plate-forme de parti, lorsqu'ils déclarent: «Les États-Unis sont prisonniers d'un cercle vicieux, dans lequel il est devenu de plus en plus clair que la dualité politique bipartisane va dériver de plus en plus vers la droite à un rythme croissant sans véritable parti d'opposition pouvant servir de contrepoids, alors que les deux partis de la grande entreprise cherchent à mieux servir leurs maîtres du 1 %.»

En d'autres termes, les succès du Parti vert en tant que «véritable parti d'opposition» sont censés inverser le mouvement vers la droite de la politique américaine. Cette perspective est toute aussi vouée à la faillite que celle de Sanders, et en fait, les deux même coïncident, comme en témoignent les louanges répétées de Stein pour l'ancien candidat du Parti démocrate.

Comme le Parti démocrate et ses satellites de la pseudo-gauche tels que l'ISO et Socialist Alternative, les Verts ont adopté la politique identitaire dans ses formes extrêmes. Presque tous les intervenants ont proclamé que les divisions raciales et de sexe étaient les forces centrales dans la société américaine, et ont dénoncé à maintes reprises la «suprématie des blancs et du sexe masculin» et les «privilèges blancs».

Dans son discours, Stein a présenté la question de la violence policière – qui touche toutes les sections de la classe ouvrière – comme étant entièrement basée sur le problème du «racisme policier», et elle a suggéré que le problème pourrait être résolu par la création de «conseils d'examen de la police» dans «chaque communauté» – une proposition qui en fait ne ferait rien pour mettre fin au règne de massacre perpétré par la police dans tout le pays.

Prenant la parole devant Stein, l'ancienne partisane de Sanders et activiste YahNé Ndgo a présenté le racisme comme omniprésent et immuable. Elle a déclaré: «Je voudrais que tous les gens ici qui sont racistes se lèvent.» Après qu'un certain nombre de personnes se soient levées, elle a fait pression sur les autres à faire de même, renchérissant: «Maintenant, vous tous qui êtes restés assis, vous avez du travail à faire. Vous avez du travail à faire, parce que vous ne pouvez pas avoir grandi dans ce système sans être raciste. C'est impossible!»

Devant son public de délégués verts influencés par cette logique de type racial extrême, Ndgo a proclamé: «Ce n'est pas votre faute, mais vous ne pouvez rien faire pour changer une chose que vous ne pouvez même pas reconnaitre. J'ai besoin que vous disiez : “Bonjour, mon nom est _____, et je suis raciste!" Je veux vous l'entendre dire!» Elle a ensuite fait valoir que les efforts déployés par les médias, les films et les écoles font que tous les Américains sont «programmés pour être racistes les uns contre les autres et envers eux-mêmes».

Les déclarations de Ndgo sont le prolongement logique des politiques raciales vomies sur une base presque quotidienne dans le New York Times et que les démocrates ont utilisées à leur propre convention le mois dernier. Ces sentiments réactionnaires visent à diviser la classe ouvrière et à détourner l'attention des questions fondamentales des inégalités économiques et des préparatifs de guerre.

Selon les derniers sondages, les Verts devraient recevoir environ 5 % des voix en novembre, et 16 % parmi les moins de 30 ans, des augmentations importantes par rapport à leur campagne de 2012. Le Parti vert va continuer de croître dans les mois à venir, car de nombreux travailleurs et jeunes cherchent un moyen de s'opposer aux campagnes de droite de Clinton et de Trump.

Ceux qui cherchent une véritable solution, cependant, doivent apprendre à reconnaitre la rhétorique mensongère de la fausse gauche et mener une lutte pour le véritable internationalisme socialiste. Le Parti de l’égalité socialiste aux États-Unis présente les candidats Jerry White à la présidence et Niles Niemuth à la vice-présidence afin de lutter pour cette perspective et bâtir la direction nécessaire aux luttes à venir contre la guerre, l’inégalité sociale et l’assaut sur les droits démocratiques.

(Article paru d’abord en anglais le 9 août 2016)