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Malgré les provocations de Postes Canada, le syndicat des postes refuse de se mettre en grève

Par Laurent Lafrance et Roger Jordan
31 août 2016

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À la demande d'un médiateur spécial désigné par le gouvernement, le Syndicat des travailleurs et des travailleuses des postes (STTP) a suspendu pour au moins 24 heures ses préparatifs pour commencer, lundi, une interdiction régionale et rotative de travailler les heures supplémentaires.

Ce n'est que la dernière d'une série d'occasions où le syndicat a refusé de mobiliser la résistance aux reculs majeurs qu'exige la société d'État Postes Canada. Ces concessions incluent: l'élimination d'un système de retraites à prestations déterminées pour les nouvelles embauches; un gel des salaires pour les travailleurs temporaires pendant toute la durée de vie du nouveau contrat, soit 4 ans; des attaques massives contre des avantages au niveau des soins médicaux et d'autres avantages sociaux; et l'élimination de plus de 1000 postes de commis.

Le STTP a reculé après qu'il a été, avec réticence, forcé d'émettre un préavis de grève de 72 heures jeudi dernier. S'il n'avait pas émis le préavis, les 50.000 membres du STTP auraient perdu leur droit légal de grève. Le Code du travail réactionnaire du Canada stipule qu'un mandat de grève voté par les membres expire s'il n'a pas été utilisé dans les 60 jours.

Sans un mandat de grève légal, la direction de Postes Canada aurait le champ libre pour dicter de façon unilatérale le cadre de travail jusqu'à ce qu'une nouvelle convention collective soit négociée.

Le 6 août, les postiers et leurs partisans ont marché vers le bureau de circonscription du premier ministre Justin Trudeau. C'est là que les bureaucrates du STTP ont fait l'éloge de Trudeau comme étant un véritable champion des travailleurs et ont demandé à son gouvernement de la grande entreprise d'intervenir directement dans le conflit de travail des postiers.

Même dans ces conditions, le STTP s'est assuré que ses «moyens de pression» aient le moins d'impact possible sur les opérations de Postes Canada. Il a annoncé qu'il ne prévoyait pas organiser une grève ou même une grève rotative et qu'il demanderait simplement aux postiers de refuser de faire des heures supplémentaires sur une base régionale et rotative.

Le président du STTP, Mike Palecek, un ancien membre important du groupe de la pseudo-gauche La Riposte, qui se présente comme un militant et un gauchiste, a même offert de renoncer à ces moyens de pression futiles si Postes Canada accepte un prolongement de son mandat de grève. De façon prévisible, la direction a balayé la proposition syndicale du revers de la main.

Palecek a admis, et il s'en est même vanté, que l'interdiction par le syndicat des heures supplémentaires va avoir un impact négligeable sur les opérations de Postes Canada. «Notre moyen de pression, a-t-il déclaré, ne causera que peu voire aucun dérangement pour le public. Nous continuerons de distribuer le courrier chaque jour.»

Cette stratégie en faillite correspond à la position que le STTP a prise depuis le début du conflit de travail il y a 9 mois. Même si la direction a adopté une approche agressive depuis le début et a montré clairement qu'elle ne reculerait pas sur ses demandes clés, le STTP s'est opposé avec véhémence à déclencher une grève, sans parler de faire de la lutte des postiers le fer de lance d'une contre-offensive de toute la classe ouvrière en défense des services publics et des droits des travailleurs. Plutôt, le syndicat a fait l'éloge de l'examen indépendant des opérations de Postes Canada lancé par le gouvernement Trudeau – qui se base sur la prémisse que les postes doivent fonctionner comme une entreprise rentable – et a régulièrement promis qu'il ne va pas «déranger» l'examen indépendant des libéraux par une grève.

Si Palecek et la direction du STTP ont finalement décidé d'émettre un préavis de grève, c'était surtout en raison de leur crainte que le refus de la direction de respecter certaines clauses de la convention collective arrivée à échéance enflammerait les membres de la base et les pousserait à se libérer du contrôle exercé par le syndicat.

La direction a néanmoins réitéré sa menace de suspendre les vacances des travailleurs, les congés de maternité et d'adoption ainsi que les assurances et autres avantages sociaux, possiblement dès aujourd'hui.

Au lieu de rallier le reste de la classe ouvrière derrière les postiers dans une lutte commune pour la défense des emplois, des salaires et des services publics, le STTP a fait tout ce qui est en son pouvoir pour démobiliser et isoler les postiers et promouvoir des illusions mortelles dans le gouvernement libéral, soi-disant «progressiste».

Sous la responsabilité de Palecek, le STTP a joué un rôle majeur dans la campagne prolibérale «N'importe qui sauf Harper» des syndicats, qui a ouvert la voie au retour au pouvoir des libéraux, le parti favori de gouvernement de l'élite canadienne, lors des élections tenues en octobre dernier. Le STTP a continué de promouvoir le nouveau gouvernement comme étant un allié des travailleurs. Plus tôt ce mois-ci, le STTP a organisé des manifestations à Montréal et Toronto dans lesquelles les chefs syndicaux ont fait l'éloge de Trudeau et des libéraux comme étant des défenseurs des services publics et des retraites contrairement, selon leurs assertions, aux patrons «de Harper» de Postes Canada et ont exhorté le gouvernement à intervenir directement dans le conflit de travail.

Montrant son caractère procapitaliste, le STTP a donné son plein appui à l'«examen indépendant» des postes mené par les libéraux, qui a comme objectif explicite de rendre les services postaux plus «concurrentiels» et rentables. Acceptant le cadre réactionnaire de ce processus de révision, Palecek fait la promotion de la mise en place d'une banque postale afin de supposément compenser pour le déclin du volume de courrier.

Le STTP et le Congrès du travail du Canada sont complètement silencieux sur le fait que dans le tout premier conflit de travail impliquant le nouveau gouvernement, Trudeau et les libéraux se sont à maintes reprises rangés du côté de la direction. Le mois dernier, ils ont fortement encouragé le syndicat à accepter l'arbitrage exécutoire, une requête que le STTP a dit avoir «poliment» déclinée.

À la mi-août, un arbitre désigné par le gouvernement Trudeau s'est rangé entièrement derrière la proposition de Postes Canada pour une nouvelle convention pour les 6000 maîtres de poste et assistants qui travaillent dans les bureaux de poste ruraux à travers le pays. La nouvelle convention impose un système de retraites à prestations déterminées pour les nouvelles embauches – une des demandes clés qu'exige Postes Canada des membres du STTP.

L'encouragement d'illusions dans les libéraux par le STTP est encore plus criminel étant donné les expériences antérieures des postiers avec ce parti de droite qui défend les intérêts de la grande entreprise. En 1978, sous le premier ministre Trudeau, le père du premier ministre actuel, le gouvernement libéral avait menacé de congédier massivement les postiers et il a emprisonné le président du STTP, Jean-Claude Parrot, lorsqu'ils ont défié les lois antigrèves.

Sous les gouvernements Chrétien et Martin des années 1990 et 2000, qui ont mis en oeuvre les plus grandes coupes dans les dépenses sociales de l'histoire du pays, les libéraux ont une fois de plus criminalisé une grève du STTP et ont supervisé la privatisation en douce des postes par le franchisage.

Même s'il incite Postes Canada à abandonner certaines de ses demandes les plus draconiennes afin d'apaiser la colère des travailleurs, le STTP est plus que prêt à collaborer avec la direction afin d'imposer des concessions draconiennes par des négociations «de bonne foi», comme il l'a démontré fois après fois depuis des décennies.

Palecek a été élu président du STTP suite à la trahison flagrante commise par la bureaucratie du STTP en 2011-2012, lorsqu'il a imposé la loi antigrève du gouvernement Harper et qu'il a, par la suite, négocié un contrat de travail contenant de vastes coupes qui ont permis à la société d'empocher des dizaines de millions en profit. Mais, malgré sa rhétorique de gauche et sa fausse affirmation selon laquelle il regagnerait ce que les membres du STTP ont perdu en 2011-2012, Palecek suit un cours identique.

Le refus du STTP en 2011 d'appeler à une grève nationale et leur adoption de grèves rotatives futiles a donné à Postes Canada toute la marge de manœuvre nécessaire. Il a rapidement mis les postiers en lock-out et le gouvernement conservateur a, par la suite, décrété un retour au travail. L'interdiction symbolique de travailler les heures supplémentaires et la promotion des libéraux aura des résultats tout aussi désastreux.

Les postiers qui sont déterminés à mener une véritable lutte contre les attaques de la direction doivent agir immédiatement afin de prendre le contrôle de leur lutte et de l'enlever des mains de la bureaucratie. Afin de résister aux demandes de reculs de Postes Canada, les travailleurs doivent rompre de façon politique et organisationnelle avec le STTP et établir des comités d'action des membres de la base qui vont mener la lutte. Ces comités doivent organiser une grève nationale de tous les postiers qui correspond au mandat écrasant donné par les postiers plus tôt cet été, tout en appelant les travailleurs de tous les services publics à des mouvements de solidarité. Les professeurs, les travailleurs de la santé et des services sociaux font tous face aux mêmes attaques du gouvernement et de l'élite patronale.

Surtout, une nouvelle perspective politique est requise. La défense du service postal, comme tous les autres services publics essentiels, ne peut exister que dans une société qui place les besoins humains avant les profits de la classe dirigeante. Cela nécessite le rejet du système de profit capitaliste, qui doit être aboli et remplacé par un gouvernement des travailleurs voué à un programme socialiste et à la réorganisation de la société dans les intérêts de la vaste majorité.

(Article paru d'abord en anglais le 30 août 2016)