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Un hélicoptère russe abattu en Syrie pendant la bataille pour Alep

Par Alex Lantier
3 août 2016

Cinq militaires russes ont été tués lundi quand les milices d’opposition islamistes soutenues par les États-Unis ont abattu un hélicoptère dans la province d’Idlib au nord-ouest de la Syrie. La destruction de l’hélicoptère a eu lieu alors que les combats faisaient rage à Alep entre les milices de l’opposition soutenues par les États-Unis et les forces gouvernementales syriennes et russes.

L’hélicoptère a été abattu près de Saraqeb, à mi-chemin entre Alep et la base aérienne de Khmeimim, où de nombreux avions russes opérant en Syrie sont stationnés. C’était l’incident coûtant la plus grande perte de vie russe en Syrie depuis que Moscou a lancé une intervention militaire pour soutenir le régime syrien en septembre de l’année dernière.

Le responsable du ministère de la Défense Sergey Rudskoi a déclaré : « Aujourd’hui, il y a eu une attaque terroriste qui a entraîné la perte d’un hélicoptère de transport militaire russe Mi-8, qui rentrait à la base après avoir terminé une mission humanitaire de livraison des fournitures alimentaires et médicales aux résidents d’Alep. Il transportait un équipage de trois hommes plus deux officiers du Centre russe pour la réconciliation des factions belligérantes en Syrie. L’hélicoptère a été abattu sur le territoire contrôlé par le groupe terroriste al-Nosra et des groupes connexes de la soi-disant « opposition modérée'' ».

Le quotidien français Le Monde « a pu constater sur une vidéo filmée par les rebelles que l’immatriculation de l’épave correspond bien à celle d’un hélicoptère militaire armé, mais destiné à la recherche et à l’évacuation de blessés. » L’Observatoire syrien des Droits de l’homme pro-opposition a déclaré que l’hélicoptère avait en effet fourni une aide humanitaire aux villages chiites près d’Alep, entourés par des forces islamistes sunnites de l’opposition.

Bien que la manière dont l’hélicoptère a été abattu reste à déterminer, il y a un danger très réel que cet événement puisse dégénérer en une confrontation diplomatique ou même militaire tous azimuts entre la Russie et les États-Unis. Il existe de multiples indications que les forces islamistes assiégées dans la région, qui sont liées à Al-Qaïda, auraient pu abattre l’hélicoptère russe avec un missile fourni par le gouvernement américain.

« J’ai entendu des sources locales disant que l’hélicoptère a été abattu qui parlaient de la possibilité que des MANPADs – un missile portable sol/air tiré depuis l’épaule – aient été utilisé dans ce contexte », a dit le journaliste indépendant Alaa Ibrahim à la télévision d’état russe Russia Today.

L’agence de presse Reuters a écrit qu’il y avait une « possibilité – qui pourrait provoquer un incident diplomatique majeur – que l’hélicoptère a été abattu par une arme fournie par les États-Unis. » Il a poursuivi : « Les États-Unis ont équipé certains groupes rebelles avec des missiles TOW antichar, qui peuvent également être utilisés contre les hélicoptères ».

Il est tout à fait possible que Washington ait fourni ces armes à l’opposition islamiste pour une utilisation contre les forces gouvernementales russes et syriennes. Les États-Unis deviennent de plus en plus désespérés à mesure que la situation de leurs forces par procuration islamistes, qu’ils ont appuyées depuis cinq ans dans une guerre sanglante pour renverser le régime du président syrien Bachar al-Assad, devient plus sombre de jour en jour.

La situation militaire semble se dégrader résolument aux dépens des milices islamistes d’opposition. Le nœud coulant autour de l’est d’Alep s’est resserré depuis le 7 juillet, lorsque les forces du régime syrien ont coupé la route Castello qui relie le nord d’Alep à la Turquie.

Décimées par la puissance aérienne russe, les forces anti-Assad ont été stupéfaites par l’annonce plus tôt ce mois-ci du président turc, Recep Tayyip Erdogan, qu’il allait chercher de meilleures relations avec le régime syrien. Elles craignent maintenant que la Turquie ne coupe de façon permanente leurs lignes d’approvisionnement.

L’opposition est sur le point d’être écrasées sur tout le territoire du nord de la Syrie et monte une dernière offensive désespérée pour tenter de briser l’encerclement de ses forces à Alep.

Des forces soutenues par les États-Unis attaquent Alep depuis le sud-ouest de la ville, en essayant de sauver les forces d’opposition qui se retrouvent encerclées par les forces gouvernementales syriennes dans l’est d’Alep. Cette ville, qui a été dévastée par quatre années de combats et de pillages par les milices islamistes, est maintenant plongée dans des combats les plus violents qu’elle a connus.

La contre-attaque islamiste est montée par deux milices, le Front al-Nosra, qui était la filiale d’Al-Qaïda en Syrie jusqu’à la semaine dernière et s’est fait renommer Jabhat Fateh al-Sham (Front pour la conquête de la Syrie), et Ahrar al-Sham. Les secteurs d’Alep tenus par les forces soutenues par les États-Unis ont longtemps été essentiels à l’opposition islamiste, leurs donnant une implantation dans ce qui était autrefois la capitale économique de la Syrie, à proximité des bases d’approvisionnement clés en Turquie à partir desquelles les puissances de l’OTAN les soutenaient.

Des sources russes ont déclaré que 42 civils avaient été tués et 98 blessés par le bombardement des milices de l’opposition sur des secteurs d’Alep détenus par les forces gouvernementales syriennes.

Elles ont affirmé que les forces de l’opposition ont subi une défaite majeure après avoir lancé une offensive avec quatre attentats suicides des combattants d’Al-Nosra dans des véhicules blindés bourrés d’explosifs. Les forces du régime syrien ont riposté, avec le soutien aérien de bombardiers stratégiques russes. Rudskoi a déclaré : « Plus de 800 militants ont été tués pendant les combats ; 14 chars, 10 véhicules de combat d’infanterie, plus de 60 véhicules armés ont été détruits. »

Une catastrophe humanitaire se produit à Alep. Les secteurs de la ville contrôlés par l’opposition accueillent environ 200 000 à 300 000 personnes. Il y a des informations incessantes de pénuries de nourriture et d’autres approvisionnements de base. Les responsables russes affirment qu’ils ont rassemblé 14 tonnes d’approvisionnements humanitaires, dont 2,5 tonnes ont été livrées par hélicoptère ou par d’autres moyens de transport, et ils demandent aux habitants de quitter la ville via des « corridors humanitaires » mis en place autour de la ville.

Pratiquement toute la population reste cependant piégée dans des conditions horribles. Des sources militaires russes affirment que seulement 169 personnes ont réussi à fuir à travers les « couloirs humanitaires » ce week-end. Elles ont également signalé que les milices de l’opposition avaient rattrapé et exécuté quatre personnes qui essayaient de fuir à travers les couloirs.

Des sources américaines, européennes et de l’ONU accusent les forces russes et gouvernementales syriennes d’avoir commis des crimes de guerre à Alep. L’UNICEF a affirmé que quatre hôpitaux et une banque de sang avaient été touchés par les frappes aériennes, et le ministre américain des affaires étrangères John Kerry a attaqué la stratégie russe de « corridors humanitaires » comme étant potentiellement une « ruse ».

Cependant, les tentatives de Washington et de ses alliés de l’OTAN de se donner des airs humanitaires choqués par la violence des forces dirigées par Moscou et Damas, sont le summum de l’hypocrisie. Ce sont eux qui ont lancé la guerre par procuration qui a maintenant coûté environ 400 000 vies. Les bombardements par les avions de guerre américains dans le nord de la Syrie ont tué plus de 200 civils rien que ces deux dernières semaines.

Washington et ses alliés ont coopéré étroitement et ouvertement avec les forces « rebelles » comme al-Nosra qui sont liées au groupe terroriste Al-Qaïda qui a mené les attentats du 11 septembre aux États-Unis. Ils continuent à les protéger dans le cadre de leur campagne pour renverser Assad et priver la Russie d’un allié clé.

Quelle que soit la gêne que les liens d’al-Nosra avec Al-Qaïda peuvent causer à Washington, de puissantes sections de l’élite dirigeante des États-Unis indiquent qu’elles vont continuer à soutenir l’opposition. Il y a un sérieux danger que, pour sauver de la défaite ses forces par procuration islamistes, le gouvernement américain va lancer une intervention plus large en Syrie et au Moyen-Orient qui pourrait provoquer un affrontement militaire généralisé avec la Russie.

(Article paru en anglais le 2 août 2016)