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La Guerre, le Parti démocrate et l’élection présidentielle américaine

Par Joseph Kishore
25 avril 2016

Après les primaires de la semaine dernière dans l’État de New York, l’establishment du Parti démocrate intervient pour clore un processus de nomination qui a montré une hostilité générale envers la favorite à l’investiture Hillary Clinton. Les démocrates se préparent à faire d’une personne qui incarne les rapports corrompus de la classe politique avec le complexe militaire et du renseignement et avec l’aristocratie financière, leur candidate à la présidentielle.

Un article extraordinaire paru vendredi sur le site Web du New York Times documente mieux encore ce qui a été un élément déterminant de la longue carrière politique de Clinton : sa relation étroite avec les responsables militaires et son soutien enthousiaste aux guerres impérialistes. Cette relation remonte à la formation reçue de son père républicain et anticommuniste, Hugh Rodham. Comme première dame, Clinton a soutenu activement la politique de guerre de son mari Bill Clinton (dont le bombardement de la Yougoslavie). Comme sénatrice, elle a développé ses liens avec le Pentagone alors qu’elle siégeait à la Commission sénatoriale des forces armées.

L’article du Times, « Comment Hillary Clinton est devenue un faucon, » écrit par le correspondant de la Maison-Blanche Mark Landler, n’est pas une description mais plutôt un compte-rendu favorable des qualifications de Clinton pour la guerre de la part d’un journal qui l’a adoptée et fait tout son possible pour assurer sa nomination.

Il est clair que la publication de ce long article a été coordonnée avec la campagne de Clinton. Le Times a retardé sa parution, de toute évidence préparée depuis longtemps, jusqu’après la primaire de New York pour qu’il n’attise pas le sentiment anti-guerre généralisé dans cet Etat et qu’il n’aie pas d’impact négatif sur le vote pour Clinton. L’article paraît d’ailleurs au moment où Clinton passe des primaires à la campagne pour l’élection-même et où elle est désireuse de montrer sa crédibilité en tant que politicienne de droite et de gagner le soutien de secteurs de l’élite militaire et des affaires qui se méfient de la campagne du favori républicain Donald Trump.

L’article du Times présente Clinton comme le « faucon » le plus constant de l’Administration Obama, tenant souvent même tête président. Elle « a soutenu la recommandation du général Stanley McChrystal d’envoyer 40.000 soldats supplémentaires en Afghanistan [en 2009] avant d’approuver une proposition de repli à 30.000 » ; elle « a soutenu le plan du Pentagone de laisser une force résiduelle de 10.000 à 20.000 soldats américains en Irak » ; et elle « a fait pression pour que les États-Unis acheminent des armes aux rebelles dans la guerre civile en Syrie, » appelant plus tard à ce qu’une zone d’exclusion aérienne soit imposée contre le gouvernement syrien.

Que ce soit une intervention militaire américaine au Moyen-Orient et en Asie centrale ou des provocations contre la Chine et la Russie, Clinton a toujours adopté les positions les plus à droite. La volonté de Clinton d’aller en guerre, écrit le Times : « va probablement la distinguer des candidats républicains qu’elle rencontrera à l’élection présidentielle. » L’article poursuit : « Malgré toutes leurs fanfaronnades sur un bombardement pour annihiler l’État islamique, ni Donald J. Trump, ni le sénateur Ted Cruz du Texas n’ont démontré, il s’en faut de beaucoup, l’appétit de Clinton pour un engagement militaire à l’étranger. » Elle est, ajoute Landler, « le dernier vrai faucon restant en course. »

Selon lui, Clinton a travaillé pendant des décennies à développer des relations étroites avec l’armée, recherchant des liens « non seulement avec les dirigeants civils comme Gates, mais aussi les commandants de haut rang, les hommes à médailles. »

Parmi ceux qu’elle a cultivés lorsqu’elle était sénatrice de New York (entre 2001 et 2008) il y a le général Jack Keane, maintenant en retraite. (« Parfois, il passe en visite informelle à son bureau du Sénat, d’autres fois ils se rencontrent pour un dîner ou pour un drink »). Keane est actuellement président du conseil d’administration de l’Institut pour l’étude de la guerre et a joué un rôle majeur dans le développement de la « poussée » militaire de l’Administration Bush en Irak, en 2007 .

Ces rapports mettent en évidence le caractère politiquement incestueux de la cabale qui décide la politique derrière le dos du peuple américain. L’« Institut » de Keane est financé par les grandes entreprises de défense comme Raytheon, General Dynamics (où Keane est membre du conseil d’administration) et DynCorp. Son président est Kimberly Kagan, épouse de Frederick Kagan de l’American Enterprise Institute et la belle-sœur de Robert Kagan, le spécialiste en géostratégie qui a fondé le Projet pour le Nouveau siècle américain, une organisation de droite. L’épouse de Robert Kagan est Victoria Nuland, le secrétaire d’État adjointe d’Obama aux Affaires européennes et eurasiennes; elle a supervisé le coup d’État de 2014 qui a renversé un gouvernement pro-russe en Ukraine.

Parmi les gens courtisés par Clinton il y a encore le général David Petraeus et le général Stanley McChrystal qui ont tous deux dirigé les forces américaines en Irak et en Afghanistan à différents moments dans les années Bush et Obama.

A lire la façon dont Clinton et ses conseillers discutent la politique de guerre, on a l’impression qu’il y avait plus de délibérations dans l’état major allemand de la Seconde Guerre mondiale. Le Times cite une conversation de 2010 avec Gates, Obama et Clinton sur des plans pour envoyer un porte-avions en Mer Jaune pour menacer la Corée du Nord et intimider la Chine. Landler écrit que Clinton, soutenant la proposition agressive de Gates, a déclaré : « Il faut carrément qu’on les empale », une « imitation de Vince Lombardi [entraineur de football américain qui] a déclenché les rires de son personnel. »

Il est facile de voir comment cette combinaison d'insouciance, de stupidité et de culte de la force militaire pourrait mener dans presque toutes les parties du monde à une guerre qui serait vite hors de contrôle.

L’article du Times dresse le portrait d’un individu qui fonctionne avec une irresponsabilité incroyable, motivée par les calculs les plus étroits et les plus cyniques sur ce qui profitera à sa carrière politique. Il y a définitivement une ressemblance avec Claire Underwood, l’épouse du président dans la série fictive « House of Cards » -- à vrai dire Underwood est plus difficile pour ce qui est de ses complots. Derrière ces considérations politiques, cependant, il y a un engagement servir de l’armée pour imposer la domination des États-Unis sur toute la planète.

Le bellicisme de Clinton est une manifestation non seulement de sa propre personnalité politique, mais de la nature du parti auquel elle appartient. Le Parti démocrate est la voix politique de secteurs de la bureaucratie militaire et du renseignement, et du capital financier, se servant du vernis de « gauche »de la politique identitaire pour s’assurer une base dans une partie de la classe moyenne supérieure, satisfaite du système et pro-guerre.

Le rival démocrate de Clinton, Bernie Sanders, a lui, œuvré délibérément pour empêcher que la question de la guerre ne joue un rôle important dans la course à l’investiture. Il a parlé le moins possible de la politique étrangère américaine, et seulement pour critiquer Clinton pour ce qui a été selon lui sa « gaffe de politique étrangère », son soutien à l’invasion de l’Irak en 2003. Sanders se prépare à honorer sa promesse répétée de soutenir Clinton en cas de victoire à l’investiture démocrate. La classe ouvrière est confrontée à des dangers extrêmes. L’intensification incessante de la violence militaire par l’Administration Obama – de plus en plus dirigée contre la Russie et la Chine, toutes deux puissances nucléaires – entrainera après les élections des opérations nouvelles et plus provocantes encore. L’hostilité profonde à la guerre parmi de larges couches de la population ne peut trouver aucune expression dans le cadre du système bipartite.

En présentant ses candidats aux élections présidentielles américaines la semaine dernière, le Parti de l’égalité socialiste (SEP) a placé la lutte contre la guerre au centre de sa campagne. Nous avons averti que « les préparatifs en cours pour une guerre mondiale qui pourrait conduire à la mort de milliards de personnes, sont entourés de mensonge et de secret. » Notre campagne « alertera les travailleurs et les jeunes quant aux dangers immenses auxquels ils font face et construira les bases d’un puissant et nouveau mouvement anti-guerre. »

Dans les mois qui nous séparent de l’élection de novembre, les candidats du SEP, Jerry White et Niles Niemuth, exposeront la conspiration de l’élite dirigeante pour la guerre et travailleront pour construire un mouvement politique de la classe ouvrière contre la guerre et le système capitaliste qui l’engendre. Nous demandons à tous nos lecteurs de soutenir et d’aider à développer cette campagne.

(Article paru d’abord en anglais le 23 avril 2016)