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Un premier « suspect » dans l’attentat terroriste à Berlin relâché

Par Ulrich Rippert
22 décembre 2016

Presque deux jours après le brutal attentat perpétré lundi contre un marché de Noël à Berlin à l’aide d’un semi-remorque, les circonstances et restent floues. Le premier homme interpellé par la police a été relâché après que des preuves l’ont disculpé de tout lien avec l’attaque, qui tua 12 personnes et en blessa 48 autres dont 18 gravement.

Ce crime abominable ne renforcera que les forces politiques de droite. Les circonstances du crime restent obscures, mais les dirigeants politiques et les médias l'ont immédiatement utilisé pour attaquer la chancelière allemande sur sa droite, notamment sur sur la question des réfugiés, et pour justifier un renforcement massif de l’Etat.

Le ministre de l’Intérieur du Land de Sarre, Klaus Bouillon (CDU), a annoncé une augmentation des forces de police, que l'on dotera à présent de pistolets mitrailleurs. Il a déclaré mardi au micro de la radio sarroise Saarländische Rundfunk, « Nous devons constater que nous sommes en état de guerre, même si certaines gens qui ne veulent voir que le bon côté de la chose ne veulent pas s’en rendre compte. »

Son collègue bavarois, Joachim Herrmann (CSU) a critiqué mardi la politique de Berlin à l’égard des réfugiés. « Nous devons aborder maintenant la question des risques auxquels nous expose ce grand nombre de réfugiés », a déclaré Herrmann à la radio bavaroise Bayerischen Rundfunk.

Puis le premier ministre de la Bavière, Horst Seehofer (CSU), a annoncé la tenue mercredi d’une réunion extraordinaire du cabinet pour discuter « d’éventuelles conséquences et de propositions pour la politique fédérale. » Il s'agissant selon lui de répondre aux attentes des familles des victimes en « repensant et en réajustant notre politique en matière d’immigration et de sécurité ».

Le président de l’Alternative pour l’Allemagne d’extrême-droite en Rhénanie-du-Nord/Westphalie, Marcus Pretzell, a exigé que l’Etat « contre-attaque », en écrivant sur Twitter : « Ce sont les morts de Merkel ! » La présidente fédérale du parti, Frauke Petry, a dit : « Le milieu dans lequel de tels actes peuvent prospérer a négligemment et systématiquement été importé depuis un an et demi. »

Une politique semblable se profile uu niveau international. Le dirigeant du parti d’extrême-droite UK Independence Party, Nigel Farage, a affirmé que l’attaque estt « l’héritage de Merkel ».

Le président élu des Etats-Unis, Donald Trump, a même suggéré que des « terroristes islamiques » étaient responsables. Le « monde civilisé » doit repenser sa stratégie, a-t-il ajouté sur Twitter.

Il a été affirmé immédiatement après l’attentat que l’incident était vraisemblablement un attentat terroriste comme celui à Nice, qui impliquait également un poids lourd. Cette attaque perpétrée le le 14 juillet avait tué 89 personnes.

Lundi, peu après l’attaque, la police de Berlin a annoncé que l’auteur présumé avait été interpellé : Navid B. un jeune demandeur d’asile de 23 ans originaire du Pakistan qu'on avait arrêté pour s’être prétendument enfui du lieu du crime. Il était arrivé en Allemagne à la fin de l’année dernière et était connu des services de police pour des délits mineurs.

Mardi, la police a annoncé que Navid B. avait été relâché. Elle a avoué qu’aucune trace d’ADN du suspect n’avait été trouvée dans le camion. De plus, les résidus de tir, habituellement présents après un coup de feu, manquaient. Au départ, il avait été supposé que le suspect avait tiré sur le chauffeur polonais du camion, dont le corps fut trouvé dans la cabine du camion.

Selon le procureur général, Peter Frank, qui dirige l’enquête, « nous devons admettre qu’il n’est pas le coupable. » Il a pourtant continué à évoquer un attentat « terroriste » comme celui de Nice, laissant également supposer un contexte islamique. Pourtant, il a confirmé qu’aucune revendication n’avait été émise, comme cela a été le cas au cours d’autres attaques.

Mardi soir, plus de 24 heures après l’incident, les agences d’informations rapportaient qu’Amaq, l'agence d’informations de l’Etat islamique (EI), avait annoncé que l’un de ses « soldats » avait commis une attaque à Berlin. Toutefois, la déclaration ne contenait aucune information spécifique sur l'attentat ou ses auteurs qui, selon les experts, aurait confirmé que l’attaque avait bel et bien été coordonnée par la direction de l’EI en Irak ou en Syrie.

Même s’il s’avérait qu’il s’est agi d’un « attentat terroriste dans un contexte islamique » – ce qui pour le moment n’est nullement certain – alors il ne s’agit pas d’un « geste incompréhensible », comme l’a déclaré la chancelière Angela Merkel dans son bref discours. Une attaque terroriste serait tout sauf « incompréhensible », compte tenu de la politique militariste pratiquée par les puissances impérialistes et qui implique de plus en plus souvent Berlin.

Les Etats de l’OTAN, sous la direction de Washington, mènent depuis 25 ans une guerre continue contre des populations sans défense en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et au Yémen. D'autres interventions impérialistes ont dévasté la Somalie, la Bosnie, la Serbie et bon nombre d’autres pays. Ces guerres impérialistes ont fait des millions de victimes, et des dizaines de milliers de personnes doivent fuir leur foyers chaque jour.

Ces guerres ont créé la base pour le recrutement de fanatiques qui veulent se venger. En même temps, des groupes terroristes islamiques comme al Qaïda et l’EI, ont été constitués, financés équipés par les Etats-Unis et leurs alliés dans la région, comme l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, avant qe se retourner contre leurs anciens protecteurs impérialistes. Il subsiste à ce jour des liens entre les services de renseignement occidentaux et les milices islamiques. En Syrie, ils font partie de l’alliance des rebelles soutenus par l’Occident.

A l’Assemblée nationale française, les députés ont observé une minute de silence en hommage aux victimes de l’attaque de Berlin. Le président de l’Assemblée, Claude Bartolone, a pris l’occasion de rappeler les attentats terroristes à Bruxelles, à Paris et à Nice, et de féliciter le gouvernement Hollande, qualifié d’« intransigeant dans sa lutte contre le terrorisme. »

Comment le gouvernement français a-t-il réagi aux attaques terroristes ? En restreignant sévèrement les droits démocratiques avec l'imposition d’un état d’urgence indéfini et en intensifiant sa politique belliqueuse. Berlin plaide aussi pour une expansion des opérations militaires suite à son annonce que le temps de la retenue militaire était révolu. C’est précisément cette politique néocoloniale qui fait monter la menace terroriste.

En dépit des condoléances et des larmes de crocodiles versées par le président Gauck, la chancelière et ses ministres, tous ceux ultimement responsables de la terrible attaque contre le marché de Noël se trouvent au gouvernement, où l'on décide de la politique militaire.

Il n’est nullement exclu qu’un assaillant non islamique soit responsable des morts de Berlin.

L’été dernier, un étudiant de 18 ans a abattu neuf personnes au Parc Olympique à Munich et blessé gravement quatre autres. La réaction immédiate a été d’affirmer qu’il s’agissait d’un attentat terroriste islamique. On attisa une hystérie xénophobe, avec notamment l'imposition de l'état de siège dans la ville et la tenue d’un exercice d’entraînement en cas de guerre civile. Il s’avéra plus tard que l’adolescent qui avait été radicalisé dans les cercles d’extrême-droite.

La toile de fond de l'attentat contre le marché de Noël à Berlin reste vague, mais ce qui est clair, c’est que l’acte criminel sera utilisé pour renforcer le réarmement intérieur et consolider les services de renseignement et l’appareil sécuritaire.

(Article original paru le 21 décembre 2016)