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Un navire chinois capture un drone sous-marin américain en mer de Chine méridionale

Par Peter Symonds
19 décembre 2016

Le Pentagone a affirmé vendredi qu’un navire chinois avait illégalement capturé un drone sous-marin américain opérant dans la mer de Chine méridionale et a émis une demande pour son retour. À ce jour, la Chine n’a pas encore répondu, mais l’incident a le potentiel d’exacerber rapidement la confrontation déjà tendue entre les États-Unis et la Chine dans ces eaux d’importance stratégique. Le Département d’État américain a adressé une protestation diplomatique officielle au gouvernement chinois.

Le capitaine Jeff Davis, porte-parole du Pentagone, a déclaré que l’USNS Bowditch, un navire de recherche océanographique, était en train de récupérer deux planeurs sous-marins lorsque le navire chinois, un navire de sauvetage sous-marin, s’est approché, a mis un bateau à l’eau et a pris un des drones. Il a dit que le Bowditch fonctionnait dans les eaux internationales à environ 50 milles nautiques (92,6 km) au nord-ouest de la base navale de la Baie de Subic aux Philippines.

Le Pentagone a déclaré que ce planeur aquatique sans pilote, d’environ 3 mètres de long et jaune vif, traçait la cartographie du fond de la mer et recueillait des données sur la température de l’eau, la salinité et la clarté nécessaires pour des opérations au sonar. Le Bowditch appartient à la Marine américaine mais opère sous contrat avec un équipage principalement composé de scientifiques et marins civils.

La secrétaire américaine à la défense, Ashton Carter, a révélé en avril que le Pentagone, dans le cadre du renforcement militaire américain dirigé contre la Chine, menait un vaste programme de recherche pour le développement de « nouveaux drones sous-marins de tailles variées et de charges diverses et qui, et c’est important, peuvent opérer dans des eaux peu profondes, là où les sous-marins sans pilote ne peuvent pas opérer. “Le rôle initial des drones sous-marins est censé être la surveillance”, a fait remarquer le Financial Times, « cependant les planificateurs navals croient qu’il y a une infinité d’utilisations potentielles ».

Si elle était confirmée, la capture du planeur sous-marin américain par la Chine serait le premier incident de ce genre. Il est survenu immédiatement après une tirade provocatrice lancée cette semaine par le président élu Donald Trump, qui remet en question la politique d’« Une seule Chine » qui est à la base des relations sino-américaines.

En établissant des relations diplomatiques avec la Chine en 1979, les États-Unis ont reconnu Pékin comme le seul gouvernement légitime de toute la Chine et ont officiellement mis fin aux relations diplomatiques avec Taïwan. Plus tôt ce mois, Trump a reçu un appel téléphonique de la présidente taïwanaise, le premier contact de haut niveau entre les deux pays depuis 1979.

La Chine a réagi avec agacement, déclarant qu’elle « est sérieusement préoccupée » en insistant pour affirmer que Taïwan engage « la souveraineté, l’intégrité territoriale et les intérêts fondamentaux de la Chine. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, a lancé une mise en garde en disant que interférer ou porter atteinte à la base des relations entre la Chine et les États-Unis « concerne la paix, la stabilité, le développement et la prospérité de la région Asie-Pacifique et du monde ».

Les remarques de Trump indiquent qu’il intensifiera le « pivot vers l’Asie » du gouvernement Obama sur tous les fronts – diplomatique, économique et militaire. Au cours de la campagne électorale, il a menacé de prendre des mesures de guerre commerciale et a promis une expansion militaire massive, en particulier de la marine. Ses commentaires ont des conséquences potentiellement très larges, non seulement pour les relations entre les États-Unis et la Chine, mais aussi pour les relations plus larges en Asie et de par le monde.

La réaction de Pékin au « pivot » d’Obama a été de lancer de facto une course à l’armement avec Washington, d’agiter le nationalisme chinois et, en mer de Chine méridionale, de mener d’importantes activités de poldérisation d’îlots. Cette réaction est réactionnaire, elle a fait le jeu des factions les plus belligérantes de la classe dirigeante américaine et a augmenté le risque qu’une guerre éclate. Le régime du Parti communiste chinois (PCC) ne représente pas les travailleurs, mais une minuscule couche d’oligarques ultra-riches qui ont amassé d’énormes fortunes grâce au processus de restauration capitaliste.

Pékin a tacitement reconnu jeudi qu’il installe des structures antiaériennes défensives sur les îlots chinois des Spratley dans la mer de Chine méridionale. Le ministère chinois de la défense a fait une déclaration selon laquelle ces actions étaient « appropriées et légitimes », ajoutant : « Si quelqu’un était à la porte de votre maison, arrogant et fanfaronnant, comment serait-il possible que vous ne prépareriez pas une réplique ? » La Marine américaine a déjà mené trois opérations dites de « liberté de navigation » dans la mer de Chine méridionale depuis octobre 2015, envoyant des navires de guerre fortement armés dans les eaux territoriales revendiquées par la Chine.

S’exprimant mercredi à Sydney, l’amiral Harry Harris, commandant du Commandement du Pacifique américain, a déclaré que les États-Unis n’accepteraient pas qu’un domaine commun soit fermé unilatéralement, peu importe le nombre de bases construites sur des polders en mer de Chine méridionale. Il a averti que « nous serons prêts à l’affrontement quand il nous le faudra », et n’a laissé aucun doute que cela pourrait entraîner des affrontements et même la guerre avec la Chine.

Les conséquences larges de la menace de Trump de déchirer la politique d’« une seule Chine » et de mettre le cap sur la guerre commerciale et la confrontation militaire avec la Chine sont déjà apparentes. Le président Obama, dans sa conférence de presse vendredi, a rejoint Trump en remettant en cause les fondements des relations américaines avec la Chine.

Alors que la conférence de presse était centrée sur de fausses allégations de « piratage russe » influençant l’élection présidentielle américaine, en réponse à une question qui a soulevé la prétendue capture par la Chine d’un drone américain et a demandé au président de répondre à la mise en cause par Trump de la politique d'« une seule Chine », Obama a déclaré qu’il était « quelque part entre les deux », ajoutant que « toute notre politique étrangère devrait être soumise à de nouveaux regards ». En même temps, il a averti que « vous devriez vous assurer que vous le faites d’une façon systématique, délibérée, intentionnelle ».

Sans critiquer Trump, Obama a mis en garde : « Vous devez avoir bien réfléchi aux conséquences, parce que les Chinois ne traiteront pas cela de la même façon qu’ils traitent d’autres questions. Ils ne vont même pas traiter cela de la façon dont ils traitent les questions autour de la mer de Chine méridionale, où nous avons eu beaucoup de tensions. Cela va au cœur de comment ils se voient. Et leur réaction sur cette question pourrait être très significative. « En fait, la Chine a menacé de partir en guerre pour empêcher que Taïwan, qu’elle considère comme une province renégate, déclare l’indépendance. »

Obama a conclu que toute démarche pour rompre avec la politique d'« Une seule Chine » exigerait que les États-Unis « y réfléchissent bien » et « aient prévu des réactions potentielles auxquelles ils peuvent s’engager ».

Remettre en cause la politique d'« une seule Chine » n’affecte pas que Taïwan. Cela encourage des mouvements séparatistes en Chine, en particulier au Tibet et au Xinjiang, ce qui pourrait conduire à un démembrement de la Chine. Avant les années 1970, le Département d’État et la CIA apportaient un soutien important aux séparatistes tibétains et ouïghours comme moyen de saper le régime du PCC.

(Article paru en anglais le 17 décembre 2016)