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Conférence de David North à Londres sur l’élection de Donald Trump

Par nos correspondants
21 décembre 2016

Une centaine de travailleurs, d’étudiants et de jeunes ont assisté à la conférence donnée samedi à Londres par David North qui est le président du comité de rédaction international du World Socialist Web Site et le secrétaire national du Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) des États-Unis.

La conférence de North a traité des causes et des conséquences de la victoire électorale de Donald Trump.

Pour expliquer la présidence de Trump, North a comparé le genre de dirigeants lié à la phase ascendante du capitalisme américain à celui lié à la phase de son déclin historique. Dans une période antérieure, la bourgeoisie américaine avait été à même de produire George Washington, Thomas Jefferson et Abraham Lincoln. « Actuellement », a dit North, « elle produit Trump. »

La conception de la présidence américaine et la manière dont elle est perçue sont fortement déterminés par les personnalités de ceux qui occupent cette fonction, a expliqué North. Il a précisé que Franklin Delano Roosevelt « était considéré par un grand nombre de travailleurs comme l’homme qui avait créé la sécurité sociale. »

North a déclaré que les conséquences de l’élection de Trump « seront considérables ». Il a poursuivi en disant, « Je dis ceci aux jeunes présents dans cette salle : votre vie sera largement dominée par ce qui se passe […] vous n’échapperez pas aux conséquences d’un tel développement historique. »

Trump représente, a-t-il dit, « tout ce qu’il y a de malade, de décadent, de sale, d’arriéré et de stupide dans la vie américaine, mais il n’est pas venu de nulle part. »

Soulignant que Hillary Clinton avait obtenu près de 3 millions de votes de plus que Trump, North a expliqué qu’avant 2000, « lors de toutes les élections du 20e siècle, le candidat ayant obtenu la majorité des votes populaires a toujours remporté l’élection. » La dernière fois où ce ne fut pas le cas avant 2000, c’était en 1888. Et pourtant, la perte du vote populaire par Trump n’a nullement été sujette à débats au sein des démocrates qui au contraire s’en sont pris à Trump depuis la droite – disant que c’est un dupe du président russe Vladimir Poutine.

La seule prise en compte du scandale du piratage présumé des courriels et des affirmations sans preuves des démocrates que la Russie est intervenue dans les élections en faveur de Trump, prouvent que « Trump et la politique sociale et économique réactionnaire qu’il propose ne sont pas un incident de parcours. »

Les problèmes qui sont débattus par les élites dirigeantes, a dit North, sont des conflits qui ont trait à la politique étrangère et aux craintes que Trump, de par sa focalisation sur la Chine, soit prêt à négocier avec Poutine. « Pour la faction de l’élite dirigeante qui a soutenu Hillary Clinton, [la Russie] représente une menace immédiate plus grande. Ou bien, pour dire les choses autrement, la perspective à long terme de venir à bout de la Chine et le danger que représente sa montée en puissance requièrent que les États-Unis règlent d’abord leurs comptes avec les Russes. »

Il est important de répondre aux affirmations, a dit North, selon lesquelles Trump a été porté au pouvoir par d’une vague populaire réactionnaire. Les démocrates avaient organisé leur campagne électorale « en s’appuyant sur un assortiment de questions de mode de vie ou d’identité : identité ethnique, identité sexuelle, identité de genre – et ceci aurait été le fondement d’une coalition. Lors des discussions menées au sein du Parti démocrate, la question a été soulevée à maintes reprises, apparemment, au sujet de la classe ouvrière. Ce fut Bill Clinton qui avait demandé, n’y a-t-il pas un risque de ne pas lancer un appel économique ? Mais la question fut écartée comme n’étant pas pertinente. Assurément, ils ne voulaient pas lancer d’appel aux travailleurs sur une base de classe. »

Les démocrates étaient plutôt « orientés vers une couche plus privilégiée, les 10 pour cent au sommet […] Cette stratégie électorale se retourna contre les démocrates parce que ceux-ci ont tout simplement abandonné d’importantes parties de la classe ouvrière dans les États cruciaux qu’ils ont finalement perdus – le Wisconsin, le Michigan, la Pennsylvanie et l’Ohio. »

Si ces États avaient été gagnés, Clinton aurait aussi eu une majorité au Collège électoral. Trump fut élu, non pas comme l’affirme la pseudo-gauche, en raison « de l’apparition du privilège blanc », mais parce que le vote des démocrates s’est effondré.

Barack Obama, a poursuivi North, « avait remporté en 2008 une victoire massive dans le vote populaire. Une vaste section de “blancs racistes” étaient allés voter pour le premier président afro-américain et l’ont réélu » parce qu’« ils avaient été attirés par le slogan du “changement auquel on peut croire”. Ils voulaient un changement. C’était à l’époque du crash économique de 2008, qui est lui-même le résultat d’une dégradation économique de longue durée et ils ont voté pour Obama… Rien de cela ne s’est produit. Il est devenu un président qui a servi d’une façon extraordinaire les intérêts de Wall Street. »

North a déclaré que l’élection représentait en fait au sein de la population un virage marqué vers la gauche. Près de 13 millions de gens ont voté pour le sénateur Bernie Sanders lors des primaires des démocrates sur la base de sa prétention à être un « socialiste démocrate » et de ses dénonciations de la « classe des milliardaires ».

Le président du WSWS a fait référence au pronostic que Léon Trotsky avait fait en 1928, un an avant le crash de Wall Street : « En période de crise, l’hégémonie des États-Unis se fera sentir plus complètement, plus ouvertement, plus impitoyablement que durant la période de croissance. Les États-Unis liquideront et surmonteront leurs difficultés et leurs troubles, avant tout au détriment de l’Europe ; peu importe où cela se passera, en Asie, au Canada, en Amérique du Sud, en Australie ou en Europe même ; peu importe que ce soit par la voie “pacifique” ou par des moyens militaires ».

Ces mots revêtent de nos jours une priorité considérable, a-t-il dit. Trump, un multimilliardaire, dirige un gouvernement d’oligarques dont ceux qui ont été nommés jusque-là ont amassé collectivement une fortune dépassant 14 milliards de dollars. Ils poursuivront une guerre de classe contre la population laborieuse. Sa nomination de hauts gradés qui sont impliqués dans les crimes commis par l’impérialisme américain au cours de ces dernières trois décennies montre qu’il cherchera sur le plan international à contrer les adversaires économiques des États-Unis en recourant à la force militaire américaine.

En réponse à une question pour savoir où allait l’Amérique, North a dit que c’était « vers la dictature, la guerre et surtout vers la révolution. »

Il a conclu en disant, « En 1914, les élites dirigeantes ont répondu aux contradictions du capitalisme par la guerre. En 1917, la classe ouvrière a répondu à ces contradictions par une révolution en Russie […] Nous entrons dans une nouvelle période du même caractère mais à une bien plus grande échelle. Notre époque n’est pas simplement une époque de révolution sociale, mais de révolution socialiste mondiale. Quelqu’un peut-il croire que les bouleversements politiques en Amérique ne généreront pas de gigantesques explosions mondiales ? Si l’on réfléchit à la situation, n’y a-t-il pas déjà des parallélismes évidents avec la crise en Grande-Bretagne, la crise en France, la crise qui se développe en Autriche ou en Italie ?

Comme aux États-Unis, nous constatons la croissance d’un énorme mécontentement populaire. La réponse à ces questions ne peut être donné que par la construction d’une direction politique au sein de la classe ouvrière sur la base des conceptions fondamentales du marxisme révolutionnaire comme elles furent développées par Lénine, et surtout par Trotsky. Nous estimons que l’émergence de la classe ouvrière est inévitable. Elle discernera les motivations des Trump, des promoteurs du nationalisme ici en Grande-Bretagne et des Le Pen en France. L’escroquerie et la faillite de ces programmes seront très rapidement exposés au grand jour. »

Le Socialist Equality Party et le Comité international de la Quatrième Internationale doit, a-t-il souligné, « se tourner vers la classe ouvrière et vers les sections avancées des jeunes. Nous devons fournir une alternative socialiste. »

La conférence de North a été accueillie par des applaudissements nourris et enthousiastes. Lors d’une séance de questions-réponses, des membres de l’auditoire posèrent à North des questions concernant la composition de la classe ouvrière aujourd’hui, le système du Collège électoral américain, le scandale du piratage des courriels de Clinton et les implications de la politique anti-Chine de Trump.

Les livres vendus ont représenté plus de 300 livres sterling, dont des copies des propres écrits de North. Une collecte destinée à rassembler un fonds de développement de 100 000 livres sterling pour le Socialist Equality Party a recueilli près de 4500 livres sterling.

(Article original paru le 19 décembre 2016)