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François Hollande ne se portera pas candidat à la présidence française

Par Kumaran Ira
8 décembre 2016

Le 1er décembre, François Hollande a annoncé qu'il ne se présenterait pas à l'élection présidentielle l'année prochaine. C'est la première fois depuis la création de la présidence française, au début de la Cinquième République en 1958, qu'un président ne brigue pas un second mandat.

Dans un discours-surprise de 10 minutes à l'Elysée, Hollande a déclaré: « J’ai décidé de ne pas être candidat à la présidentielle, au renouvellement de mon mandat ». Il a pris sa décision alors que les candidats présidentiels du PS décidaient de leur participation aux primaires du parti.

La décision de Hollande de ne pas chercher un second mandat avait été largement attendue, car c'est le président le plus impopulaire de l'histoire de la France. Sa cote d'approbation s'établit régulièrement à moins de dix pour cent de dans les sondages, qui relèvent que si l'élection se tenait aujourd'hui, il viendrait en cinquième place au premier tour et serait éliminé.

Hollande a tenté de justifier le bilan de sa présidence, en citant ses mesures d'austérité budgétaire impopulaires: «J'ai agi avec les gouvernements de [premiers ministres] Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls pour reconstruire la France et la rendre plus juste. Aujourd'hui, au moment où je parle, le budget a été réparé, la sécurité sociale est équilibrée et la dette du pays a été préservée ».

Après l'annonce de Hollande, Valls a déclaré sa candidature aux primaires du PS et a démissionné en tant que Premier ministre; il a été remplacé mardi par l'ancien ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Valls a déclaré: « Je suis candidat parce que la France doit peser de tout son poids dans un monde qui ne ressemble plus à celui qu'il était: menace terroriste, poussée de l'extrême droite... Je veux une France indépendante, inflexible sur ses valeurs ».

Pour l'instant, les sondages montrent que Valls est le favori des candidats du PS, devant l'ancien ministre de l'Economie Arnaud Montebourg.

Valls appartient aux sections les plus ouvertement de droite du PS et a affirmé à maintes reprises que le PS devrait supprimer le mot «socialiste» de son nom. Il est devenu premier ministre en 2014 après avoir été Ministre de l'Intérieur, et avoir appuyé l'intensification de l'austérité ainsi que l'état d'urgence imposé l'an dernier. Valls a pris l'action sans précédent de menacer d'interdire des manifestations sociales contre la loi travail du PS et a utilisé à plusieurs reprises l'article 49.3 de la Constitution française pour imposer la loi sans vote à l'Assemblée nationale.

Hollande a annoncé qu'il ne briguerait pas un second mandat alors que le PS confronte sa plus profonde crise depuis sa fondation en 1971. Le PS s'attend à un revers majeur aux élections présidentielles de 2017, où le Front national (FN) pourrait gagner le premier tour, éliminant le PS. Il n'est pas clair si le PS serait même le principal parti d'opposition, que ce soit le FN ou Les Républicains (LR) qui gagne les élections.

Hollande a donc été convaincu de permettre à Valls de se présenter aux primaires du PS, qui auront lieu du 22 au 29 janvier.

Les présidentielles de 2017 marquent un fort virage à droite de la part des élites dirigeantes, sur fond d'instabilité croissante à travers l'Europe suite au référendum du Brexit en juin et à l'élection de Donald Trump à la présidence américaine en novembre. Les forces nationalistes d'extrême droite se renforcent à travers l'Europe, exploitant la colère sociale croissante contre les mesures d'austérité de l'UE en la détournant vers le chauvinisme. En France, le FN bénéficie du discrédit du PS, se présentant en tant qu'alternative aux partis de gouvernement traditionnels, le PS et LR.

L'effondrement du PS est le résultat d'une profonde désillusion populaire avec son bilan anti-ouvrier. Chaque fois que le PS a été au pouvoir, sous le président François Mitterrand (1981-1995), pendant le gouvernement de la Gauche Plurielle du Premier ministre Lionel Jospin (1997-2002) et sous Hollande depuis 2012, il a abandonné ses promesses électorales et a attaqué la classe ouvrière.

Hollande est arrivé au pouvoir en 2012 en critiquant son prédécesseur Nicolas Sarkozy, et en déclarant que « l'austérité n'est pas une fatalité ». Après son élection, il a imposé des mesures d'austérité préparées avec l'UE, ainsi que des interventions impérialistes au Moyen-Orient et en Afrique, surtout dans d'anciennes colonies françaises, dont la Syrie et le Mali.

Ces quatre dernières années, il a mis en œuvre des mesures radicales d'austérité et des réformes propatronales qui ont pillé les travailleurs et fait grimper le chômage. Dans le cadre du Pacte de responsabilité, le PS a imposé plus de 50 milliards d'euros de réductions sociales et 40 milliards d'euros de baisses d'impôts sur les sociétés. Hollande a aussi supervisé des fermetures d'usines, y compris PSA-Aulnay et Goodyear-Amiens, détruisant ainsi des milliers d'emplois.

Tout en attaquant les droits sociaux des travailleurs, Hollande a approfondi ses attaques sur les droits démocratiques, en expulsant les Roms et en démantelant leurs campements en France, afin de faire appel à l'électorat du FN. Le cas le plus tristement célèbre fut la déportation d'une collégienne de 15 ans, Leonarda Dibrani, forcée à descendre d'un autobus scolaire et déportée au Kosovo. Des milliers de lycéens ont défilé pour dénoncer cet acte de répression par Hollande.

Au cours de sa présidence, il est devenu de plus en plus évident que Hollande cherchait à promouvoir le militarisme et à répudier les acquis sociaux obtenus par la classe ouvrière au cours du XXe siècle en faisant appel au sentiment nationaliste, et en virant vers un état policier.

Suite aux attentats terroristes à Paris de 2015, commis par des réseaux islamistes mobilisés comme mandataires de l'OTAN dans la guerre syrienne, le PS a imposé un état d'urgence indéfiniment extensible, donnant des pouvoirs accrus à la police et aux services de renseignement. Hollande a repris une grande partie du programme du FN – avec l'état d'urgence, la formation d'une Garde nationale, et la légitimation de la politique de déchéance de nationalité – pour tenter de créer une base politique pour imposer l'austérité et la guerre.

Malgré une opposition massive et des manifestations contre la loi El Khomri, le gouvernement l'a imposée sans vote parlementaire, en utilisant l'article 49.3 de la Constitution. Cette loi impopulaire donne aux entreprises plus de souplesse pour licencier les travailleurs, allonger la semaine de travail et réduire les salaires, et plus largement pour négocier des contrats avec des syndicats qui violent le Code du travail. Elle élimine une grande part des protections accordées aux travailleurs français.

L'émergence de Valls en tant que candidat actuellement favori du PS est un signe que le PS vise à continuer le grand virage à droite de la politique bourgeoise auquel à présidé Hollande.

(Article paru en anglais le 7 décembre 2016)