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Le tweet de Trump et le risque de guerre nucléaire

Par James Cogan
27 décembre 2016

Un tweet envoyé jeudi par le président élu Donald Trump préconisant l’expansion de l’arsenal des armes nucléaires américaines a fait les gros titres à travers le monde. Trump a écrit : « Les États-Unis doivent grandement renforcer et développer leur capacité nucléaire jusqu’à ce que le monde retrouve la raison au sujet des armes nucléaires. »

Le tweet de Trump était presque assurément une réponse à un discours prononcé par le président russe Vladimir Poutine à une réunion des plus hautes personnalités militaires russes. M. Poutine, en faisant remarquer le renforcement provocateur des forces américaines et de l’OTAN à la frontière russe et le déploiement de systèmes de missiles dans l’est de l’Europe aurait déclaré : « Nous devons renforcer le potentiel militaire des forces nucléaires stratégiques, en particulier avec les complexes de missiles qui peuvent pénétrer de façon fiable tous les systèmes de défense antimissiles existants et futurs ».

La discussion ouverte sur les armes nucléaires par Trump et Poutine, dont les armées déploient plus de 7000 ogives nucléaires chacune, souligne les dangers énormes auxquels la population mondiale doit faire face en raison de la croissance constante des conflits géopolitiques.

Il y a eu de nombreux signaux de Trump, dont ses choix de personnalités aux postes de son cabinet, qu’il représente une aile de l’élite américaine qui considère que c’est la Chine, puissance nucléaire, et non la Russie, qui est le plus grand et le plus immédiat défi à son hégémonie mondiale. Son nouveau gouvernement planifie un programme belliqueux de guerre commerciale et de confrontation militaire avec Pékin. Son tweet, cependant, est un avertissement clair à Moscou qu’il reste fermement dans la ligne de mire du Pentagone, en particulier si le régime de Poutine apporte son soutien à la Chine ou par d’autres moyens cherche à contrecarrer les plans de la Maison Blanche de Trump.

Malgré toutes les affirmations du Parti démocrate et de la plupart des médias américains sur Trump le « candidat sibérien » qui serait un « pion » de Poutine, son gouvernement défendra impitoyablement les intérêts stratégiques et patronaux de la classe dirigeante américaine contre tous les rivaux pressentis, sans le moindre respect pour les normes juridiques ou diplomatiques de l’ordre établi après la Seconde Guerre mondiale ou les traditions de la politique bourgeoise américaine.

Trump, un démagogue milliardaire entouré d’une cabale d’autres milliardaires, de généraux, de militaristes extrêmes et de réactionnaires de droite, se sent tellement libre de toute contrainte qu’il met en place une politique nucléaire via Twitter et confie à son personnel l’élaboration des détails. Voilà l’homme qui dans quatre semaines prendra possession des codes nucléaires et du pouvoir de mettre en mouvement la destruction de la planète.

Tout au long de l’élection présidentielle, Trump a suggéré à maintes reprises l’utilisation des armes nucléaires pour atteindre les fins impérialistes américaines et imposer les diktats de Washington.

Le 23 mars, Trump a déclaré à Bloomberg News qu’il voulait que l’État islamique d’Irak et la Syrie (ÉI) « pense que peut-être nous les utiliserions ». Dans une formulation qu’il a utilisée à plusieurs reprises, il a déclaré qu’il voulait instaurer un climat d’« imprévisibilité », dans lequel la planète entière resterait incertaine sur ce qu’il serait prêt à faire. « En toute franchise », a-t-il dit, « je ne veux pas que l’ennemi sache ce que je pense. »

Le 30 mars, il a dit à MSNBC qu’il serait prêt à utiliser des armes nucléaires au Moyen-Orient si les États-Unis étaient « frappés » par l’ÉI. Le 31 mars, il a déclaré à Fox News qu’il n’allait pas « retirer de la table » l’ordre à lancer des frappes nucléaires en Europe, vraisemblablement contre des cibles russes, parce que « c’est un grand espace ».

En août, MSNBC a rapporté que Trump avait mis au défi à maintes reprises un « expert en politique étrangère » D’expliquer « pourquoi nous ne pouvons pas utiliser les armes nucléaires ». Qu’un tel échange ait eu lieu n’a pas été confirmé.

Le New York Times et d’autres médias aux États-Unis et dans le monde tentent de dépeindre le tweet du président élu comme un changement historique dans la doctrine nucléaire étasunienne. Le Times a écrit jeudi que Trump « semblait vouloir mettre un terme aux décennies d’efforts présidentiels bipartites pour réduire le rôle des armes nucléaires dans les défenses et de la stratégie américaine. »

La British Broadcasting Corporation (BBC) a décrit ce tweet comme un « départ radical de la politique actuelle du président Obama », qui était censée « chercher la paix et la sécurité sans armes nucléaires ».

Ce n’est rien de la sorte, de même que pour la politique d’Obama dans laquelle il ne s’agissait pas de démanteler l’arsenal nucléaire américain. À peine un an après qu’Obama fut absurdement récompensé par le prix Nobel de la paix de 2009, la Nuclear Posture Review (Revue de la Posture nucléaire) de 2010 a réaffirmé le « droit » des États-Unis à lancer une première frappe nucléaire préventive contre des États considérés comme étant en violation du traité de non-prolifération. En 2014, son gouvernement a déclenché une « modernisation » massive pour développer et déployer des systèmes de lancement de missiles plus avancés, portant des charges plus destructrices que les ogives existantes.

Les plans lancés par Obama, à un coût estimé de 355 milliards de dollars sur 10 ans et à plus de mille milliards de dollars sur trois décennies, impliquent également l’acquisition de nouveaux bombardiers stratégiques et de sous-marins équipés de missiles balistiques et la modernisation des usines et des laboratoires nucléaires existants. En Asie, les États-Unis ont déployé des systèmes antimissiles au Japon et maintenant en Corée du Sud pour faciliter une première frappe nucléaire préventive contre la Corée du Nord ou la Chine, utilisant les systèmes de défense pour abattre toute riposte. Des systèmes similaires ont été installés en Europe, provoquant ainsi les déclarations récentes de Poutine.

La capacité du nouveau gouvernement Trump à menacer la destruction nucléaire des prétendus ennemis et des centaines de millions de personnes a été considérablement renforcée, et non réduite, par les politiques des gouvernements qui l’ont précédé, en particulier celui d’Obama.

La classe dirigeante américaine a considéré la dissolution de l’Union soviétique par le régime stalinien en décembre 1991 comme fournissant un « moment unipolaire ». Les États-Unis en ont profité pour éliminer toutes les contraintes à la domination mondiale sans entraves des banques et des conglomérats américains ; par des guerres continues et des intrigues diplomatiques, soutenues, en dernière analyse, par leur arsenal nucléaire.

Vingt-cinq ans plus tard, le gouvernement Trump, avec ses vœux de « rendre à l’Amérique sa grandeur », incarne la frustration bouillonnante dans les cercles dirigeants américains quant à leur échec à atteindre leurs fins. En particulier, les États capitalistes en Chine et en Russie, en raison de leurs ressources économiques et de leur force militaire relative, y compris les armes nucléaires, sont considérés comme des obstacles qui doivent être brisés, par la guerre si nécessaire. Trump apporte à la politique mondiale un élément d’incertitude et d’instabilité qui n’a pas son égal de tout ce qui a été vécu jusqu’ici.

La classe ouvrière internationale ne peut confier son sort – et la survie de l’humanité – aux mains d’aucune section de la classe capitaliste.

La réaction des États capitalistes en Chine et en Russie à la montée régulière de la pression impérialiste s’oppose aux intérêts de la masse de la population mondiale. Ce ne sont pas des régimes qui méritent la sympathie de la classe ouvrière et des opprimés. La politique à la fois de Pékin et de Moscou est la politique intrinsèquement réactionnaire de menacer le peuple américain d’annihilation nucléaire pour protéger la richesse mal acquise d’une petite couche d’oligarques capitalistes. De même, la seule réponse des élites dirigeantes en Allemagne, au Japon et ailleurs à l’inévitable croissance des tensions internationales est leur propre programme de militarisme et d’acquisition d’armes nucléaires.

La seule force capable d’arrêter la catastrophe de la guerre est l’action unifiée de la classe ouvrière internationale, en luttant pour la seule solution viable à la faillite du capitalisme et du système des États-nations. La révolution socialiste mondiale doit devenir la perspective directrice des luttes de la classe ouvrière dans tous les pays.

(Article paru en anglais le 23 décembre 2016)