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Réunion de l’EJIES dans le cadre de l’élection au parlement étudiant à l’université Humboldt

Le plaidoyer de Jörg Baberowski pour la dictature et la guerre

Par nos correspondants
13 janvier 2016

Mercredi, les Etudiants et jeunes internationalistes pour l’Egalité sociale (EJIES) de l’université Humboldt de Berlin (HU) ont organisé la troisième réunion de leur campagne pour les élections au parlement étudiant (StuPa), qui auront lieu les 19 et 20 janvier prochains.

En plus d’une centaine d’étudiants, deux professeurs de l’Institut d’Histoire de l’université étaient aussi venus à la réunion au cours de laquelle fut examiné le tout récent livre de Baberowski, Räume der Gewalt (Espaces de violence).

Une candidate de l’EJIES aux élections du StuPA, Katja Rippert, a ouvert la réunion en soulignant les positions d’extrême-droite et anti-réfugiés avancées par Baberowski lors d’innombrables interviews et émissions-débats diffusés ces dernières semaines. Elle a ensuite présenté l’orateur principal, Christoph Vandreier, le porte-parole de l’EJIES en Allemagne.

Christoph Vandreier durant la réunion

Vandreier connaît bien les écrits de Baberowski. Il est l’auteur de l’article « Les falsifications historiques de Jörg Baberowski » qui examine en détail les conceptions théoriques et historiques du professeur. Cet article figure dans le livre Wissenschaft statt Kriegspropaganda (De la science, pas de la propagande de guerre) paru en août dernier aux éditions Mehring en Allemagne.

Au début de la réunion, Vandreier a souligné que l’objectif de l’EJIES n’était pas de mener une « vendetta personnelle » contre Baberowski mais au contraire d’aborder un certain nombre de tendances inquiétantes existant à l’université. Il a clairement montré que l’EJIES avait entrepris de critiquer objectivement les tentatives faites par Baberowski pour falsifier la Révolution d’Octobre, sortir le stalinisme de son contexte et de banaliser les crimes nazis. Baberowski, quant à lui, a cherché à réprimer à maintes reprises toute discussion concernant ses positions.

« Si l’on examine son nouveau livre, qui est le sujet de notre discussion d’aujourd’hui, on s’aperçoit à quel point notre évaluation était correcte, » a remarqué Vandreier. « Il s’agit carrément d’un plaidoyer en faveur de la dictature et de la guerre. »

Vandreier a expliqué que le livre se trouvait dans la lignée des penseurs les plus réactionnaires de l’histoire allemande. Comme dans le cas des écrits des cercles nationaux-conservateurs durant la période de l’entre-deux guerres, le livre de Baberowski se caractérise par un fort irrationalisme épistémologique et est dominé par des conceptions antidémocratiques.

Le livre est dépourvu de toute méthodologie scientifique. Dès le début de l’ouvrage, Baberowski insiste pour dire que la vie n’est qu’une succession de moments sans aucun lien de causalité. « C’est un rejet de toute forme de science, » a dit Vandreier. Il a ensuite cité un certain nombre de passages du livre pour montrer le caractère réactionnaire de la théorie de la violence de Baberowski.

Baberowski considère les êtres humains comme étant irrévocablement et par nature violents. Il limite tout examen de la violence à des situations immédiates en contestant explicitement le fait que les croyances, les raisons ou les conditions de vie jouent un rôle quelconque dans l’éclosion de la violence.

Vandreier a expliqué que si on suivait la logique de violence inconditionnelle de Baberowski, il n’était possible de comprendre une révolte d’esclaves ou la résistance contre les nazis que comme l’expression de la nature violente de l’homme et non comme acte résultant de convictions ou comme expression de la situation sociale des personnes affectées. A l’inverse, le meurtre de masse industriellement organisé par les nazis est réduit à une manifestation de la violence innée de l’homme.

« Il est évident que pour Baberowski la question n’est pas de comprendre la violence, mais de la justifier, » a noté Vandreier. Les travaux de Baberowski sont très explicites à cet égard. Il déclare qu’une société basée sur l’égalité sociale est inconcevable et qu’avant tout l’obéissance est indispensable à l’ordre social. L’imposition de cette dernière n’était réalisable qu’en faisant appel à la violence ou aux menaces de violence. « C’est là une argumentation antidémocratique par excellence, » a expliqué Vandreier.

Sur la base de cette théorie, Baberowski justifie la violence exercée par les oppresseurs contre les opprimés. Il préconise aussi de nouvelles guerres. Dans une récente interview, il avait déclaré que l’unique moyen de lutter contre les terroristes était d’appliquer le principe « œil pour œil, dent pour dent. »

Baberowski place lui-même sa théorie de la violence dans le contexte des attaques qu’il a faites contre la Révolution d’Octobre et de sa banalisation des crimes nazis. Dans son livre, il décrit la guerre d’extermination menée par les nazis sur le front de l’est comme étant un conflit imposé malgré elle à l’armée allemande et qui a ensuite dégénéré. C’est ainsi que le meurtre de masse planifié par les nazis est minimisé et vidé de sa signification, a relevé Vandreier. Baberowski fournit aussi une base à la propagande xénophobe lorsqu’il prétend dans son livre que la coexistence de cultures différentes n’est pas possible.

Le fait que de telles positions droitières soient réapparues et défendues ne peut s’expliquer que dans le contexte d’une situation politique qui s’intensifie rapidement, a déclaré Vandreier. « Au fur et à mesure que la dictature et le militarisme font leur apparition, réapparaissent aussi les idéologies réactionnaires du passé. » La classe dirigeante allemande a utilisé la guerre contre la Syrie pour procéder à un réarmement massif de la Bundeswehr. Cette politique va de pair avec des attaques fondamentales des droits démocratiques.

Vandreier a expliqué que l’EJIES s’opposait à cette évolution des choses avec une perspective socialiste. « C’est une perspective qui explique comment la violence est finalement ancrée dans la société de classe, dans l’inégalité et l’exploitation, » a-t-il précisé. « C’est la crise du capitalisme qui est la cause de la guerre et de l’oppression. Dans le même temps, le système capitaliste donne naissance aux contradictions mêmes qui permettront de le vaincre. »

Après la conférence, une intense discussion eut lieu sur les propos de Vandreier et à laquelle les deux professeurs présents participèrent. La majorité de l’auditoire était choquée des positions avancées par Baberowski.

Kristin, qui fait des études d’histoire à l’université Humboldt et qui a participé pour la première fois à une réunion de l’EJIES, a pris la parole au début de la discussion. « Je suis choquée qu’un tel homme puisse enseigner ici à l’université, » a-t-elle dit sous les applaudissements de nombreux étudiants. « Ce livre, aurait pu avoir été écrit en partie par un partisan de Hitler. Ce qu’il cite ici, surtout à propos de l’invasion de l’est: on ne peut pas simplement considérer cela comme un acte de violence qui a pris des proportions démesurées et qui serait comparable à la guerre civile russe. La Wehrmacht a envahi le pays et a massacré des Juifs et des Russes. »

(Article original paru le 9 janvier 2016)