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L’EJIES mène sa campagne électorale à l’université Humboldt de Berlin

Par nos correspondants
22 janvier 2016

Lundi, plus de 80 étudiants et travailleurs ont participé à la réunion finale de la campagne électorale menée par les Etudiants et Jeunes internationalistes pour l’égalité sociale (IYSSE) pour l’élection au Parlement étudiant (StuPa) de l’université Humboldt à Berlin. Niles Williamson, un porte-parole de l’IYSSE aux Etats-Unis, était venu se joindre aux autres représentants de l’IYSSE en Allemagne.

La réunion finale de la campagne électorale de l’EJISE

Pour ouvrir la réunion, le porte-parole de l'IYSSE Christoph Vandreier a traité la menace de guerre. Il a expliqué comment le militarisme allemand refait surface dans des interventions menées en Syrie, au Mali, en Afghanistan, et dans plusieurs autres pays. Face à une opposition populaire grandissante à la guerre, les cercles politiques officiels font appel de plus en plus ouvertement à des mesures autoritaires et au chauvinisme.

« L’hystérie qui s’est répandue le soir du Nouvel An à Cologne est l’exemple type d’une sale campagne de dénigrement, » a-t-il dit, en signalant le manque de preuve pour justifier les allégations d’agressions sexuelles commises le soir de la Saint-Sylvestre par des centaines de réfugiés devant la gare de Cologne. Malgré l’absence de preuve, tous les partis parlementaires et les grands journaux ont partagé cette hystérie. Ils ont tous exigé un renforcement massif de la police. »

L'IYSSE et le Partei für Soziale Gleichheit (Parti de l’Egalité sociale, PSG) ont été les seules formations politiques à s'opposer à la course à la guerre, malgré l'opposition généralisée au sein de la population, a-t-il dit, parce que les dirigeants de l’ancien mouvement anti-guerre s’étaient transformés en fauteurs de guerre. Des hauts responsables du parti Die Linke (La Gauche) font campagne contre les réfugiés, a-t-il indiqué, tandis que les Verts sont devenus les plus fervents défenseurs de la guerre.

Ces événements contiennent des leçons fondamentales, a dit Vandreier. « On ne peut pas lutter contre la guerre sans attaquer d’abord le mal à la racine, en l’occurrence, le capitalisme. »

L'inégalité sociale et la contradiction flagrante entre la production mondiale et le système d’Etat-nation conduisent à une troisième guerre mondiale, a-t-il expliqué. Aux conflits nationaux et à la crise de l’Union européenne, nous répondons par « l’unité internationale des travailleurs, » a dit Vandreier. Une perspective socialiste est nécessaire.

Niles Williamson, un membre de l’IYSSE aux Etats-Unis venu participer à la réunion, a évoqué la signification du travail réalisé à l’université Humboldt : « Partout dans le monde, les étudiants et les travailleurs percevront la victoire de l’EJIES au StuPa comme un message clair exprimé contre les appétits militaires de la classe dirigeante. »

La résurgence du militarisme ne se limite bien évidemment pas à l’Allemagne, a souligné Williamson. « Le gouvernement américain, au centre de l’impérialisme mondial, est à présent le principal fournisseur de violence au monde. » Williamson a relaté les guerres contre l’Irak, la Libye et la Syrie, ainsi que la menace de guerre contre la Russie. Les assassinats par drone et la torture sont des tâches quotidiennes de l’armée américaine, a-t-il dit.

Niles Williamson

« La menace de l’impérialisme américain et le danger que sa défense de son hégémonie ne provoque une Troisième Guerre mondiale sont bien réels », a dit Williamson. « Mais, il existe une solide force d'opposition : la classe ouvrière américaine ». Quinze années de guerre et d'austérité ont profondément marqué les travailleurs, et il y a une vaste opposition au capitalisme.

Williamson a décrit la destruction des services sociaux et des droits des travailleurs aux Etats-Unis : « Les Etats-Unis ne sont plus le pays du rêve américain, mais celui des saisies immobilières, des fermetures de l’approvisionnement en eau et en électricité et du démantèlement de l’éducation nationale ».

Tout porte à croire que les travailleurs entameront des luttes déterminées, a-t-il ajouté. L’IYSSE et le Socialist Equality Party (SEP) ont gagné l’année dernière un énorme soutien parmi les travailleurs de l'automobile en lutte contre la décision du syndicat United Auto Workers et des constructeurs automobiles américains de réduire les salaires. Une majorité d’Américains de moins de 29 ans ont une perception plus positive du socialisme que du capitalisme.

Ensuite, Sven Wurm, la tête de file de l’IYSSE à l’université Humboldt, a pris la parole. « Nous avons prouvé, » a-t-il dit, « qu’ici à l’université Humboldt, des professeurs élaborent un concept idéologique en faveur d’une politique étrangère plus agressive, de nouvelles guerres, d’un statut de puissance mondiale, d’un Etat fort, de formes autoritaires de gouvernement et enfin de dictature. » Les professeurs de l’université Humboldt Herfried Münkler et Jörg Baberowski jouent un rôle central dans ce processus, a-t-il souligné.

Münkler s’est publiquement exprimé en faveur d’une réécriture de l’histoire afin de faciliter l'adoption d'une nouvelle politique étrangère plus agressive. Il a aussi déclaré que l’Allemagne doit devenir le contremaître de l’Europe.

Baberowski défend l’apologiste du nazisme, Ernst Nolte, et banalise les crimes des Nazis. Au cours de la semaine passée, il a attaqué les réfugiés à plusieurs reprises dan les médias. Il exige la construction d’un parti d’extrême droite.

Wurm a dit qu'en examineant ces événemens à l’université Humboldt et la campagne médiatique menée à Cologne, l’on voyait comment la xénophobie et de la dictature refaisaient surface. Au sein de l’establishment politique allemand, chaque parti soutient cette politique, et l’IYSSE est la seule force présente à l’université à s’opposer à la course à la guerre et à la campagne de dénigrement lancée contre les réfugiés.

« L'élection au parlement étudiant n'arrêtera pas la guerre », a dit Wurm, « mais notre succès est un signe important de l'opposition qui existe. » C'est d’autant plus important à l’université Humboldt, qui, au 20e siècle, a joué un rôle significatif dans la préparation de deux guerres mondiales. « L’élection au StuPa ne représente pas la fin de notre campagne mais le début d’un mouvement antiguerre, » a conclu Wurm.

Lors de la discussion, une étudiante en histoire qui avait rencontré l’IYSSE au cours de la campagne est intervenue pour exprimer son soutien. « Je veux appuyer le vote en faveur de l’IYSSE, » a-t-elle dit. Elle avait lu un article sur l’interdiction aux réfugiés d’accéder à la piscine à Bornheim, qui l'avait choquée. L’on attise l’hostilité à l’égard des étranger, a-t-elle dit. L’Allemagne, grâce à ses livraisons d’armes et aux missions de combat, contribue à la misère des gens qui sont transformés en réfugiés.

D’autres participants ont exprimé leur gratitude pour le travail de l’IYSSE à Humboldt. Un grand nombre de participants ont voulu savoir plus exactement ce que l’IYSSE entendait par une perspective socialiste et pourquoi l’organisation attachait autant d’importance à ce que la lutte contre la guerre soit basée sur la classe ouvrière. Un partisan de l'IYSSE s’est également enquéri de ce que l’IYSSE escomptait accomplir au parlement étudiant.

Dans sa réponse, Vandreier a insisté que seule une analyse de classe de la société explique la croissance perverse de l’inégalité et la course mondiale à la guerre. Une perspective socialiste signifie que les travailleurs doivent intervenir indépendamment dans la situation politique afin de réorganiser l’économie et satisfaire les besoins humains. Les questions théoriques pour lesquelles l’IYSSE lutte à Humboldt revêtent une importance cruciale dans cette lutte.

Katja, qui est aussi candidate de l’IYSSE et qui a présidé le débat de la soirée, a ajouté que le socialisme n’avait rien à voir avec le stalinisme qui s'est imposé en URSS. « Le stalinisme était une réaction hostile de la bureaucratie dirigeante contre la Révolution d’octobre, et non sa continuation, » a-t-elle dit. Elle a aussi souligné l'importance des élections. « Les autres groupes qui participent aux élections cherchent à empêcher que le parlement étudiant ne devienne un instrument aux mains des étudiants dans la lutte contre la transformation de l’université en un centre de propagande idéologique pour la guerre, » a-t-elle insisté.

Les élections au parlement étudiant se sont achevées mercredi 20 janvier à 18 heures. Le WSWS français affichera nos analyses des résultats de cette élection et de la poussée de soutien qui s'est produite pour l'IYSSE dans les jours à venir.

(Article original paru le 20 janvier 2016)