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La signification politique de la crise économique mondiale

Par Nick Beams
22 janvier 2016

La vente précipitée qui continue sur les marchés mondiaux, qui a fait dégringoler les obligations de jusqu'à 20 pour cent de leurs sommets en 2015, n'est pas simplement l'expression de la montée des contradictions économiques, aussi importantes soient-elles. Elle souligne l'émergence d'une crise profonde du cadre de la domination capitaliste depuis un quart de siècle.

Cette semaine on a vu l'indice Dow chuter de 566 points au courant d'une journée après laquelle elle en a perdu 246, après un repli sur les marchés de l'Asie orientale à l'Europe. Le plongeon de la bourse britannique l'a ramenée aux niveaux de 2003.

Les marchés américains connaissent leur pire ouverture pour une année de l'histoire. Ils sont minés par la baisse continue des prix du pétrole, qui sont passés en dessous de $27 le baril, après avoir baissé de 30 pour cent au cours de la dernière année et de 75 pour cent par rapport au niveau de plus de $100 le baril en 2014. La montée des prix des matières premières qui a débuté en 2003, avec l'industrialisation rapide de la Chine, s'effondre, alors que des forces récessionnistes traversent l'économie mondiale en profondeur.

La presse s'est plainte du "Mercredi noir" pour les « pays émergents », qui ont fourni une impulsion significative à l'économie mondiale après la crise financière de 2008. Leurs monnaies chutent fortement et, face à leurs difficultés grandissantes à rembourser leurs dettes libellées en dollars, on craint pour leur stabilité financière.

La politique de création de liquidités menée par la Réserve fédérale des Etats-Unis (la « Fed ») et d'autres grandes banques centrales, qui ont injecté des billions de dollars dans les marchés, ont conduit à une explosion d'emprunts des sociétés dans les marchés émergents. Celles-ci ont plus que quadruplé leur dettes, de $4,000 milliards de dollars en 2004 à plus de $18,000 milliards en 2014. A présent, l'addition est salée.

Selon l'Institute for International Finance, $735 milliards ont quitté les marchés émergents l'année dernière, dont la majeure partie provenait de Chine, un changement que l'économiste en chef de l'organisation appelait « sans précédent ». D'autres évoquent une crise encore plus sévère : un économiste a dit au Forum économique mondial qui se tient à Davos, en Suisse, que la fuite de capital en provenance de la Chine avait atteint mille milliards de dollars depuis la mi-2015.

Toutefois, la dégringolade des marchés émergents n'est qu'un des symptômes les plus visibles de la crise montante du système financier mondial. La veille de la réunion de Davos, William White, ancien économiste en chef de la Banque des règlements internationaux, à présent responsable de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a dit que le système financier mondial était instable et faisait face à une avalanche de faillites.

« La situation est pire que celle de 2007 », a-t-il dit. « Nous n'avons plus de cartouches pour les armes que nous avons utilisées pour lutter contre le ralentissement ». Les dettes ont continué à s'accumuler ces huit dernières années ; une prochaine récession démontrerait que beaucoup d'entre elles ne seront jamais remboursées.

Les banques européennes, qui ont déjà mille milliards de dollars de prêts non productifs, sont fortement exposées aux marchés émergents. « Les marchés émergents faisaient partie de la solution après la crise de Lehman Brothers. Maintenant, ils font partie du problème aussi », a-t-il dit.

Zhu Min, le directeur adjoint du Fonds monétaire international, a averti un panel lors de la réunion de Davos que les marchés obligataires sont dangereusement corrélés, ce qui signifie que tous les problèmes dans un domaine se propageraient rapidement à l'ensemble du système financier.

« La question clé, c'est que la liquidité pourrait chuter de façon spectaculaire ... Si tout le monde agit ensemble, nous ne disposerons d'aucune liquidité,» a-t-il dit. Une situation où les investisseurs voudraient tous vendre en même temps sur un marché sans d'acheteurs provoquerait l'effondrement du marché.

Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du FMI et maintenant professeur à Harvard, a dit lors d’un panel télévisé à Davos qu'à présent, les investisseurs comprenaient que les autorités chinoises ne sont pas « des magiciens », et qu'avec des taux d'intérêt proches de zéro ou en dessous en Europe et au Japon, la politique de provision de liquidités touche à sa fin.

« Ce qui aggrave tout cela est le fait que les banques centrales ne viennent pas à la rescousse », a-t-il dit. Les entreprises freinent les investissements en raison d'inquiétudes profondes, l'année dernière ayant dissipé le mythe que la Chine était une « machine perpétuelle de croissance ».

La crise financière croissante provient non seulement de la chute des cours des matières premières et des perspectives de croissance mondiale, mais quelque chose d'encore plus profond - la désintégration des structures économiques et politiques à travers lesquelles le capitalisme mondial s’est développé au cours du dernier quart de siècle, depuis le dissolution de l'URSS, en 1991.

En identifiant, à tort, la bureaucratie stalinienne qui dirigeait l'URSS avec le socialisme, divers gouvernements bourgeois, politologues, journalistes, et universitaires ont proclamé que la dissolution de l'URSS signifiait le triomphe définitif et irrévocable du capitalisme et la naissance d'un «nouvel ordre mondial ».

Maintenant, on sent que cela s’est avéré être de très courte durée. Un article publié mercredi par le chroniqueur du New York Times Thomas Friedman, un des principaux auteurs du mythe d'un « nouvel ordre mondial », témoigne de ces sentiments. L'article est intitulé « Et si ? »

Evoquant les crises économiques et politiques, il écrit qu'il est «difficile en voyant l'état des choses de ne pas se demander si les turbulences récentes sur les marchés mondiaux reflètent non pas des tremblements, mais des changements sismiques imprévisibles qui touchent les piliers fondamentaux du système mondial. Que faire si beaucoup d’époques arrivent à leur fin, toutes en même temps? "

Les causes de ce malaise sont de plus en plus apparentes. L'époque où le capitalisme mondial retirait facilement des profits de la transformation de la Chine en centre de production à bas coût du capitalisme mondial, et de l'ouverture de nouvelles régions du monde au pillage capitaliste facilité par la dissolution de l'URSS, touche à sa fin.

La désintégration de l'Union européenne, fondée après la dissolution de l'URSS, est très avancée, et des conflits grandissants émergent entre ses membres. Les tensions liées à la crise des réfugiés, l'imposition de l'austérité par l'Allemagne, et les contradictions croissantes de l'euro reflètent toutes l'impossibilité d'unifier harmonieusement les pays de l'Europe sur une base capitaliste.

On a traité la fin de l'URSS de «moment unipolaire», où les États-Unis pourraient enfin réaliser les ambitions de sa classe dirigeante de dominer totalement le monde. Ce quart de siècle a vu une guerre après l'autre, en commençant par la première guerre du Golfe il y a 25 ans ce mois-ci, et le danger toujours plus clair d'une Troisième Guerre mondiale. Le délire des élites dirigeantes américaines se sont transformés en cauchemar mondial ; l'impérialisme américain affronte des adversaires sur tous les fronts.

Ces processus nourissent une crise de confiance aiguë qui aggrave ensuite la crise sur les marchés financiers et l'économie mondiale plus généralement.

Mais le facteur le plus significatif dans le nouvel environnement est la vague montante d'opposition sociale, profondément enracinée dans la conscience de milliards de personnes, à l'ordre actuel.

Ce dernier quart de siècle, les relations essentielles du capitalisme – un système de guerre, d'inégalité sociale et de répression dont les gouvernements, comme l'expliqua Marx, ne sont rien d'autre que le comité exécutif des classes dirigeantes capitalistes – sont apparues sous un aspect de plus en plus visible.

Il n'y a pas un seul gouvernement capitaliste dans le monde entier qui dispnse d'une véritable légitimité politique. Cette crise du régime bourgeois est plus concentré au centre du capitalisme mondial, aux États-Unis.

Friedman se pose la question : «Et si » l’élection présidentielle de 2016 « finit par opposer un socialiste (le démocrate Bernie Sanders) et un quasi fasciste (le républicain Donald Trump), » alors que le gouvernement n'a aucune réponse à la crise économique et sociale?

Le World Socialist Web Site a expliqué que Sanders n'est pas socialiste, mais plutôt un politicien bien bourgeois qui appui solidement l'impérialisme américain. Mais le fait que des millions de personnes voient en lui un adversaire socialiste de Wall Street et choisissent ensuite de le soutenir est d'une importance capitale. De profonds changements travaillent les consciences politiques. Ces changements opèrent non seulement aux États-Unis, mais à l'échelle mondiale. Ils vont s’accélérer dans la période à venir à mesure que l’effondrement du capitalisme mondial continue à s'intensifier.

A présent, la conscience politique prend la forme d’un mécontentement de plus en plus profond et le sentiment que l’ordre actuel est intolérable. La tâche essentielle est la transformation de ce mécontentement de masse en lutte politique consciente pour le socialisme international.

(Article paru en anglais le 21 janvier 2016)