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L’universitaire droitier Jörg Baberowski réclame plus de répression contre les réfugiés

Par Christoph Vandreier
4 juin 2016

Le professeur d’histoire de l’université Humboldt de Berlin Jörg Baberowski devient de plus en plus ouvertement un idéologue de l’extrême droite. Il avait déjà acquis une certaine notoriété en banalisant les crimes nazis, en défendant l’apologiste d’Hitler Ernst Nolte et en se déclarant publiquement contre l’accueil des réfugiés. Actuellement, il exhorte à la création d’un Etat fort et autoritaire.

Lors du récent congrès Phil.Cologne, il a affirmé que les « hommes en Allemagne » étaient restés impuissants face à la violence venant des migrants parce qu’ils ne savaient plus se battre. On l’avait vu à la Saint-Sylvestre à Cologne où les hommes, a-t-il dit, n’avaient pas pris la défense des femmes victimes d’agressions. « Nous voyons qu’en Allemagne les hommes ne savent plus comment s’y prendre avec la violence, » aurait dit Baberowski à l’agence de presse DPA.

Sa propre alternative à la loi de la jungle est un Etat fort et autoritaire qui outrepasserait les procédures constitutionnelles et les droits démocratiques tels la présomption d’innocence. « Ces gens auraient dû être immédiatement jetés en prison, ce qui leur aurait servi de leçon pour la vie, » a-t-il précisé.

En avril, durant un débat sur la violence et la religion à l’Académie des sciences de Berlin-Brandenbourg, Baberowski était intervenu contre un examen des « motivations des auteurs, » autrement dit, des raisons de la violence. Il s’opposa à une politique sociale à but préventif et préconisa que l’Etat soit mieux équipé pour lui permettre de conserver son monopole de l’usage de la force. Il résuma ainsi son point de vue réactionnaire: « Les énormes sommes d’argent gaspillées en programmes sociaux pour civiliser les gens pourraient tout aussi bien être jetées dans la Spree ».

Ce n’est pas par hasard que Baberowski intervient à présent dans le débat sur les événements de la Saint-Sylvestre à Cologne. Ces incidents ont été délibérément gonflés par les médias dans le but de créer une atmosphère anti-réfugiés, ceux-ci jouissant à l’époque d’une immense vague de solidarité dans la population.

Bien que plus de quatre mois se soient passés depuis les faits, aucun des onze hommes accusés d’y être impliqués n’a été reconnu coupables d’une agression sexuelle. Beaucoup des affirmations de violence excessive se sont volatilisées en cours d’enquête. Il n’y a aucune preuve qu’il se soit passé plus que des vols à la tire et des prises à parties verbales, qui sont malheureusement chose courante dans ce genre d’événements de masse.

En dépit de tout cela, Baberowski a ajouté au Phil.Cologne une nouvelle fable à celles nombreuses qui circulent déjà sur les événements de la Saint Sylvestre. Sans citer la moindre preuve, il proclama que la cause de la violence était la situation dans les camps de réfugiés. Là, l’Etat était absent et de petits groupes d’hommes y avaient pris le commandement. Lorsque ces groupes étaient arrivés sur le parvis de la cathédrale cette nuit-là, ils l’avaient vu comme un autre espace de non droit.

Le professeur de Humboldt pense-t-il vraiment que ses auditeurs ne suivent pas l’actualité? Au plus tard depuis les mauvais traitements aux réfugiés dans le camp de Burbach en Rhénanie-du-Nord/Westphalie et au Lageso (administration chargée des questions sociales) de Berlin, il est bien connu qu’une zone de non droit existe dans les camps, pour l’Etat et les sociétés de sécurité privées qu’il recrute, pas pour les réfugiés qui sont intimidés, maltraités et réprimés.

De plus, l’opposition entre les « hommes en Allemagne » qui ont oublié comment se battre et les étrangers criminels et violents est un stéréotype raciste qui n’a rien à voir avec la réalité.

Baberowski sait que le nombre d’attaques contre des camps de réfugiés a connu l’an dernier un essor fulgurant. Selon les chiffres officiels, ils sont passés à 1.031, c’est-à-dire cinq fois plus que l’année précédente. Mais il minimise ces chiffres. Dans une interview à la chaîne de télévision 3Sat, il a dit, « Je crois que compte tenu des problèmes que nous avons avec l’immigration en Allemagne en ce moment, c’est plutôt bénin. »

L’augmentation de la criminalité concernant les étrangers, que montrent également les statistiques, est par contre presque exclusivement liée à des infractions à la législation sur les étrangers, telles les entrées illégales sur le territoire ou les contraventions à l’obligation de résidence, donc des « délits » que seuls des ressortissants étrangers peuvent commettre. « Ce n’est pas la violence qui est arrivée en Allemagne l’année dernière avec les réfugiés, mais la pauvreté, » a fait remarqué Christian Pfeiffer, l’ancien directeur de l’Institut de criminologie de Basse-Saxe.

Baberowski, professeur d’histoire de l’Europe orientale à l’université Humboldt, est maintenant régulièrement qualifié dans la presse de droite de « chercheur sur la violence ». Mais ses propos en public n’ont rien à voir avec la recherche ou la science. Dès qu’on les examine ou les regarde de façon critique, ils s’avèrent sans fondement. Baberowski ne répand pas un savoir scientifique mais des préjugés idéologiques liés auparavant aux milieux les plus à droite.

Dans sa vision bornée de la violence et de la société telle qu’elle apparaît dans son tout récent livre Räume der Gewalt (Espaces de violence) il y a soit la loi de la jungle soit l’Etat autoritaire. Il n’y a pas de place pour des structures démocratiques.

A la base, il y a une image de l’homme connue pour être celle des milieux conservateurs et anti-démocratiques de la République de Weimar. Selon celle-ci, les êtres humains ne sont pas doués de raison, ni capables de s’organiser en société mais plutôt des prédateurs incurables qu’il faut enfermer et réprimer.

« Aucun ordre n’est concevable qui ne soit fondé sur des hiérarchies et l’inégalité sociale parce que les chances dans la vie et les capacités sont inégalement réparties, » déclare Baberowski dans ce livre. Cet ordre doit donc être défendu contre la résistance au moyen du pouvoir d’Etat.

Baberowski justifie avec la même théorie de la violence la brutalité des guerres. Dans le journal Esslinger Zeitung il avait déclaré en novembre dernier que le principe « œil pour œil, dent pour dent » devait être appliqué avec les terroristes. Avant cela, lors d’un débat au Musée historique allemand, il avait conseillé de « prendre des otages, brûler des villages, pendre les gens et semer la peur et la terreur, » afin de battre les terroristes.

Les dernières déclarations de Baberowski correspondent à cette argumentation. Ces deux dernières années, le professeur de Humboldt s’est vu hissé au rang de premier porte-parole d’un nouveau mouvement d’extrême-droite allemand qui promeut le militarisme, cultive le nationalisme et le racisme et soutient le renforcement de l’appareil d’Etat. Les attaques menées contre les membres les plus faibles de la société vont de pair avec une haine farouche de la classe ouvrière et de toute opposition sociale. L’Etat autoritaire est le garant de l’ordre.

Ce développement confirme la justesse de l’offensive menée par les Etudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale (EJIEE/IYSSE) et le Partei für Soziale Gleichheit (Parti de l’Egalité sociale, PSG) à l’université Humboldt contre les points de vue d’extrême-droite de Baberowski. L’IYSSE a démontré dans une série de réunions et d’articles comment Baberowski avait relativisé les crimes du national-socialisme et pris fait et cause pour l’apologiste nazi Ernst Nolte. « Hitler n’était pas un psychopathe, il n’était pas cruel, » avait déclaré Baberowski en 2014 au magazine Der Spiegel.

Le livre « Science ou propagande de guerre » publié par le PSG, documente cette controverse et montre comment ces révisions de l’histoire sont liées au retour du militarisme allemand et à l’accroissement de l’inégalité. Pour mener de nouvelles guerres un nouveau narratif est requis, « une falsification de l’histoire dissimulant et justifiant les crimes de l’impérialisme allemand, » peut-on lire dans la préface.

La critique par l’IYSSE de Baberowski a suscité de fortes réactions dans les médias. Le rédacteur en chef du Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), Jürgen Kaube, a vitupéré contre l’IYSSE dans un article intitulé « Harcèlement, façon trotskyste. » Friederike Haupt a, dans le même journal, mis sur le même plan les critiques visant Baberowski et son collègue Herfried Münkler et les « bombes et les appels au meurtre ». Des articles identiques étaient apparus dans le magazine Der Spiegel, dans le Süddeutsche Zeitung et plusieurs autres publications.

Dans des déclarations publiques, l’Institut d’histoire et la direction de l’université Humboldt avaient accusé l’IYSSE de diffamation et d’atteinte à la réputation. Baberowski lui-même a exclu de ses cours les étudiants critiques en leur interdisant toute prise de parole et en réclamant des mesures juridiques à leur encontre.

Il ne fait désormais aucun doute que Jörg Baberowski est un idéologue d’extrême-droite. Ses points de vue sont ouvertement xénophobes et autoritaires au point d’avoir été repris et sévèrement critiqués par certains journaux.

Baberowski fait comme si « la violence avait pu éviter les événements de la Saint-Sylvestre à Cologne et comme si les femmes souhaitaient se faire escorter par des cogneurs en guise de protecteurs, » écrit le magazine Focus. Le journal Kölner Stadtanzeiger fait état de nombreuses bagarres et actes de violence de la part d’« hommes en Allemagne » qui contredisent les thèses du professeur. Une vague d’indignation s’est déchaînée sur Twitter contre Baberowski et le journal Kölner Express a évoqué le fait qu’en 2014, le professeur s’était déjà « exprimé pour banaliser Hitler ».

(Article original paru le 31 mai 2016)