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Clinton revendique la nomination démocrate après avoir remporté quatre des six derniers Etats

Par Patrick Martin
9 juin 2016

L'ancienne secrétaire d'Etat Hillary Clinton a revendiqué la nomination présidentielle démocrate mardi soir après avoir remporté quatre primaires d’Etats en Californie, au New Jersey, au Nouveau-Mexique et au Dakota du Sud, ce qui lui donne une majorité de délégués élus pour la Convention nationale démocrate.

Clinton a remporté les deux plus grands Etats ayant voté le 7 juin: la Californie, l'Etat le plus peuplé et le New Jersey, le onzième plus grand des Etats-Unis. Le sénateur du Vermont Bernie Sanders a remporté de justesse la primaire du Montana, ainsi que les caucus du Dakota du Nord.

L’ampleur de la victoire de Clinton en Californie a largement dépassé l’écart de deux points de pourcentage avec Sanders donné par les sondages avant le vote. Cela suggère que la campagne médiatique intensive déclarant Clinton candidate présomptive, lancée 24 heures avant l'ouverture du scrutin, a peut-être eu l'effet désiré et sapé ​​le vote pour Sanders.

La victoire de Clinton dans le Dakota du Sud et au Nouveau-Mexique et le scrutin serré dans le Montana suggèrent également une baisse significative du vote pour Sanders qu’on voyait gagner dans ces trois Etats.

Clinton a déclaré sa victoire dans la bataille pour la nomination démocrate dans un discours prononcé juste avant la clôture du scrutin en Californie.

Sa campagne a donné le ton du discours par une présentation vidéo qui présentait la candidature de Clinton comme l'aboutissement de près de deux siècles de luttes pour les droits des femmes, remontant à la première convention pour le vote des femmes à Seneca Falls, New York. « Grâce à vous, nous avons franchi une étape majeure », a déclaré Clinton. « La première fois dans l'histoire de notre nation qu'une femme sera candidate d'un grand parti. »

Le New York Times a donné le ton de la jubilation médiatique pour une nomination Clinton en écrivant dans un éditorial en ligne: « Le nom de Mme Clinton sur le bulletin de vote en novembre serait une nouvelle étape majeure dans la quête pour les droits des femmes, qui, comme elle l’avait fait remarquer il y a quelques années, font partie des droits de l’homme. Cette réussite mérite les félicitations de tous, peu importe le parti, parce qu'elle ouvre davantage la porte à un leadership féminin dans tous les domaines. »

Cette invocation de la politique de genre suit le même modèle que la politique raciale qui devait justifier le gouvernement Obama: la politique du premier président afro-américain était forcément progressiste étant donné la race de l'occupant de la Maison Blanche.

En réalité, Obama a défendu les intérêts de Wall Street tout aussi ardemment que son prédécesseur républicain Bush. Il a renfloué les banques aux dépens de la classe ouvrière et fait la guerre dans le monde entier pour le compte de l'impérialisme américain. Clinton était dans le gouvernement Obama les quatre premières années de son mandat et elle suivrait ses traces réactionnaires.

Clinton a félicité Sanders et ses partisans pour un « débat vigoureux », affirmant être d'accord avec les objectifs de hausse des revenus, de réduction des inégalités et d'amélioration des conditions pour les pauvres et les travailleurs. Mais elle a aussi tendu à plusieurs reprises une branche d'olivier aux républicains et aux partisans des candidats battus par Donald Trump dans la bataille pour la nomination républicaine.

Elle a attaqué Trump en affirmant que son principal slogan, « Rendre de nouveau sa grandeur à l’Amérique » était un mot code pour « ramener l’Amérique en arrière. Un retour à une époque où les chances et la dignité étaient réservées à certains et n’étaient pas pour tous. » Autrement dit, elle a présenté l’appel de Trump comme purement racial et dirigé vers les hommes blancs. Elle a évité toute suggestion que le démagogue milliardaire ait pu obtenir une audience à cause de la dégradation des conditions économiques de tous les travailleurs, indépendamment de la race et du sexe.

Dans le passage le plus significatif de son discours, Clinton a déclaré: « Cette élection n’est pas, cependant, au sujet des vielles batailles entre républicains et démocrates. Cette élection est différente. Il s’agit vraiment de savoir ​​qui nous sommes en tant que nation. »

Il est clair que cela doit être l'axe de la campagne électorale de Clinton: minimiser toute critique de la politique droitière d’austérité budgétaire, de réductions d'impôts pour les riches et du militarisme des républicains – que Clinton elle-même soutient – pour favoriser une campagne, basée sur la peur, du « tout sauf Trump ».

Sanders s'est adressé à ses partisans tard mardi soir, heure de Californie, juste avant de retourner chez lui, à Burlington (Vermont), sur la côte Ouest. Sa campagne a annoncé qu'il se rendrait à Washington DC jeudi pour un meeting de campagne et une réunion à la Maison Blanche le même jour, avec le président Obama, « à la demande de Sanders ».

Obama a téléphoné à Sanders dimanche pour une conversation privée. La presse a suggéré que la Maison-Blanche y avait fait pression pour que Sanders reconnaisse rapidement la victoire de Clinton. Elle comportait la menace (exprimée ou implicite) qu'Obama donnerait son approbation officielle à l'ancienne secrétaire d'Etat cette semaine et mettrait fin à sa neutralité supposée dans la course à l'investiture.

Mardi soir également, la crise politique a atteint un paroxysme dans le Parti républicain à propos des attaques incessantes et ouvertement racistes de Trump contre le juge fédéral qui instruit la poursuite civile intentée contre l'Université Trump par d'anciens étudiants. Ceux-ci affirment que le programme de formation en immobilier était une escroquerie organisée pour le profit personnel de Trump.

Trump a dit que les origines mexicaines du juge Gonzalo Curiel, né dans l'Indiana, était responsable de ses revers juridiques et des décisions défavorables de ce juge. « C'est un Mexicain », a déclaré Trump lors d'une entrevue. « Nous construisons un mur entre le Mexique et nous. »

Le dénigrement raciste du juge a suscité la critique du candidat républicain dans son propre parti. Cela est allé jusqu’au désaveu public et répété de Trump par le président de la majorité du Sénat Mitch McConnell et le président de la Chambre, Paul Ryan. Mardi, le sénateur républicain Mark Steven Kirk de l'Illinois a retiré publiquement son soutien au candidat à la présidence, citant les attaques contre le juge Curiel.

Trump a prononcé un discours télévisé mardi soir, prétendument pour remercier les électeurs des primaires républicaines organisées ce jour-là, qu'il a toutes gagnées en l'absence de tout autre candidat. Mais son véritable but était de limiter les dégâts. Plus tôt dans la journée, la campagne Trump avait publié une brève déclaration affirmant que ses déclarations sur le juge Curiel avaient été « mal interprétées ». Trump n'a pas mentionné l'affaire dans son discours, mais ses promesses de ne pas embarrasser le parti étaient clairement destinées à assurer aux fonctionnaires et candidats du parti qu'il allait éviter de nouvelles controverses de ce type.

Le discours contenait un appel aux partisans de Sanders, affirmant une opposition commune aux « terribles accords commerciaux auxquels Bernie s’opposait avec tant de véhémence – et il a raison sur ce point ». Trump a aussi affirmé sa solidarité avec des « communautés à New York, dans le New Jersey, la Pennsylvanie, le Connecticut, l'Indiana et l'Ohio, dont les emplois dans la manufacture, littéralement, ont quasiment disparu ».

Alors que le discours de la victoire de Clinton ruisselait de suffisance et promettait de continuer les supposés progrès du gouvernement Obama, Trump a présenté l'état des États-Unis comme désastreux. « Nous sommes en faillite. Nous avons 19 mille milliards de dollars de dette », a-t-il dit, « qui atteindra rapidement 21 mille milliards de dollars. Notre infrastructure est un désastre. Nos écoles sont défaillantes. La criminalité augmente. Les gens ont peur. »

Il a accompagné cette condamnation d’une diatribe contre les immigrés, les qualifiant de voleurs et d'assassins. Ceci reprenait le tristement célèbre discours où il annonçait sa campagne il y a un an et vilipendait les immigrants mexicains comme des violeurs et des meurtriers. Le ton est donné pour un tournant de plus en plus fascisant du Parti républicain.

(Article paru en anglais le 8 juin 2016)