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Le mouvement de grève en France expose la faillite du NPA

Par Alex Lantier
6 juin 2016

Le fait que la classe ouvrière soit entrée dans une lutte politique contre le gouvernement PS et sa loi travail régressive marque un tournant historique. Les grèves de masse contre l'austérité s’étendent non seulement en France mais aussi en Belgique, et en Grèce contre le gouvernement Syriza (« Coalition de la gauche radicale »), alors qu’on assiste aussi à une montée des grèves aux États-Unis et en Asie. La classe ouvrière démontre son énorme pouvoir et le gouvernement PS discrédité chancelle.

L'apparition d'un mouvement politique dans la classe ouvrière fait voler en éclat les fondations de partis petits bourgeois comme le NPA (Nouveau Parti Anti-capitaliste) qui ont des décennies durant dominé les mouvements de protestation. Rejetant le rôle révolutionnaire de la classe ouvrière, ils se sont orientés vers les partis de gouvernement bourgeois – en Europe, des partis sociaux-démocrates comme le PS français – qu'ils ont applaudi comme étant « de gauche ».

Les manifestations de masse où les travailleurs et les jeunes rejettent les fausses prétentions du PS à être de gauche ou socialiste et revendiquent contre lui pour la défense des acquis sociaux et démocratiques, indiquent un large réalignement international des forces de classe. L'allié grec du NPA, Syriza, est arrivé au pouvoir l’an dernier pour imposer avec l'Union européenne (UE) des mesures d'austérité brutales à la population grecque. Le profond antagonisme de classe entre la classe ouvrière et ces partis et la nécessité urgente de construire une alternative révolutionnaire deviennent de plus en plus clairs.

Le NPA a été fondé par la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) peu après le krach de Wall Street en 2008 et l'éruption de la crise économique du capitalisme mondial la plus grave depuis les années 1930. Par sa dissolution et la fondation du NPA, la LCR a voulu rompre tout lien, si mince fût-il, qu'elle avait encore avec la politique révolutionnaire. Arguant qu'il était impossible de construire un parti trotskyste dans la classe ouvrière en France, elle a cherché à poursuivre son activité dans le cadre politique fourni par le PS et ses alliés comme le Parti communiste français (PCF) stalinien.

La résolution de la LCR pour le congrès fondateur du NPA déclarait: « Le NPA ne revendique pas de filiation spécifique avec le Trotskysme, mais une continuité avec celles et ceux qui ont affronté jusqu'au bout le système depuis deux siècles. Le NPA est un parti pluraliste et démocratique. Le processus constituant a commencé "par en bas", puis il y a eu un réel élargissement politique avec la participation de camarades venant de diverses composantes du mouvement social, de la gauche antilibérale, de l'écologie politique, de camarades issus du PS, du PCF, du mouvement libertaire, de la gauche révolutionnaire. Sans s'affadir, le NPA a tout à gagner en s'ouvrant plus encore ».

Le contenu de la relation du NPA avec ses « camarades » du PS est vite devenu évident. Le NPA a appelé à voter pour le candidat PS François Hollande au second tour des présidentielles de 2012, prétendant qu'on pourrait lui faire adopter une politique progressiste en faisant pression sur lui. Le NPA est en même temps devenu un propagandiste déclaré pour les guerres impérialistes, il a approuvé la guerre de l'OTAN en Libye en 2011 et l'armement des « rebelles » soutenus par l'OTAN en Syrie, prétendant qu’ils faisaient une révolution démocratique.

La colère est montée dans la classe ouvrière contre la politique d’austérité de Hollande, et les interventions impérialistes de l'OTAN ont créé le danger de plus en plus direct d'un conflit militaire avec la Russie. Tout en admettant que la crise s’approfondissait, le NPA a insisté de façon toujours plus agressive qu'il était impossible de construire une direction révolutionnaire dans la classe ouvrière.

Dans un livre de 2013 qui retrace l'évolution de la philosophie postmoderniste et anarchiste depuis la dissolution stalinienne de l'Union soviétique en 1991, Hémisphère gauche, Razmig Keucheyan, membre du NPA et professeur en Sorbonne, écrit: « Le monde actuel, par son fracas, ressemble à celui dans lequel apparut le marxisme classique. Par d'autres aspects, il en diffère sensiblement, et avant tout par l'absence d'un "sujet de l'émancipation" clairement identifié. Les marxistes du début du siècle dernier pouvaient compter sur de puissantes organisations ouvrières, dont ils étaient souvent des dirigeants, et dont l'activité allait permettre de surmonter ce qui passait alors pour l'une des crises finales du capitalisme. Rien de semblable n'existe à l'heure actuelle, ni sans doute dans un avenir proche ».

Le professeur Keucheyan continue en précisant qu’à son avis, la force révolutionnaire dans la société est la classe moyenne aisée, c'est-à-dire la base sociale du NPA. Mêlant l'arrogance à l'absurde, il écrit: « Les Lénine, Trotski, et Rosa Luxemburg contemporains sont des universitaires, qui évoluent souvent dans des établissements très cotés sur le marché international ».

Les premières luttes de la classe ouvrière contre le gouvernement PS ont porté un coup dévastateur à ce type de politique anti-marxiste. Dans un article récent, « Les vents contraires font de la France une mer agitée », Léon Crémieux du NPA avoue plus ou moins que cette politique a fait naufrage.

Il écrit: «[L]a gestion des intérêts capitalistes par la social-démocratie, la faiblesse de toute opposition politique à gauche du PS et la léthargie des directions syndicales n’étaient pas synonyme d’une léthargie et d’une dérive équivalentes de tout le corps social, à commencer par une grande partie des salariés et de la jeunesse, durement frappés par les politiques de chômage et d’austérité. La situation témoignait déjà, par contre, de la coupure et du discrédit profond à l’encontre des partis institutionnels, partageant le bilan des gestions gouvernementales des deux dernières décennies. C’est ce discrédit, en l’absence de luttes sociales, qui a favorisé la montée régulière de l’abstention et du vote FN dans les couches populaires ces dernières années ».

La conclusion inévitable de l'analyse de Crémieux est que c’est la classe ouvrière, et non les alliés du PS au NPA et dans les bureaucraties syndicales, qui est la force dirigeante dans la lutte contre l'austérité. La perspective historique du NPA: promotion de partis bourgeois comme socialistes et rejet de la construction d'une avant-garde politique marxiste dans la classe ouvrière, était fausse de part en part.

Cette perspective n'était pas le fait d’une simple erreur. Elle provenait d'intérêts de classe anti-ouvriers représentés par le NPA et d’autres tendances internationales semblables. C’est particulièrement net en Grèce: Syriza tente de stabiliser le système financier et de préserver les comptes bancaires des classes possédantes en imposant l'austérité, trahissant toutes ses promesses électorales de mettre fin à l'austérité, en dépit de l'opposition de masse de la classe ouvrière.

La question centrale posée à la classe ouvrière est celle soulevée par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI): le développement d'une direction marxiste révolutionnaire dans la classe ouvrière opposée à la faillite de l’anti-marxisme petit-bourgeois. Il faut dire la vérité aux travailleurs en France, en Belgique et dans le monde. L'intensification de leurs luttes posera avec plus d'urgence encore la question de la direction révolutionnaire et du pouvoir politique.

La bourgeoisie européenne, ébranlée par la crise économique et déterminée à intensifier ses guerres de pillage à l'étranger, est résolue à imposer à tout prix l'austérité pour financer ses profits et augmenter ses dépenses militaires. La loi travail du PS est la transposition en France des attaques menées par l'UE en Grèce, ou en Allemagne avec les lois Hartz du SPD social-démocrate. La loi travail fut rédigée avec l’aide de Peter Hartz, l’auteur de ces lois en Allemagne; François Hollande coordonne sa stratégie d’opposition aux manifestations avec les dirigeants sociaux-démocrates en Allemagne, en Italie, au Portugal et ailleurs.

Le syndicat CGT stalinien a appelé à de nombreuses grèves pour essayer de ne pas être débordé par l'escalade des luttes ouvrières. Mais il ne propose rien à la classe ouvrière. Il se révélera impuissant et hostile aux travailleurs dans une lutte prolongée contre le gouvernement PS

Le dirigeant de la CGT Philippe Martinez dit tout haut qu’il mène des pourparlers secrets avec Hollande, il a signalé qu'il ne voulait pas déranger le prochain championnat d’Europe de football par des grèves et abandonné sa demande qu'Hollande retire la loi travail.

La méfiance des travailleurs envers la CGT est générale. Même le NPA – un défenseur de longue date de la CGT – s’est senti obligé de questionner son appui à la stratégie de la CGT: « La CGT a-t-elle décidé d’assumer la stratégie de confrontation avec le gouvernement en poussant les cheminots à entrer dans la danse de la grève ? Ainsi, dans un contexte de montée des grèves, avec les raffineurs à la tête, cette prise de position de la CGT pourrait changer la donne et être un élément important pour l’entrée puissante dans la lutte des cheminots ».

Les affirmations que les travailleurs peuvent compter sur la CGT pour lutter contre Hollande sont soit le produit de l'ignorance, soit, dans le cas de la NPA, d'une tromperie consciente. Hollande a toujours dit qu'il ne reculerait pas sur les dispositions clés de la loi. Après avoir mobilisé des dizaines de milliers de CRS et de gendarmes pour attaquer les manifestations de jeunes, il se prépare à mobiliser ces forces pour écraser toute opposition dans la classe ouvrière qui échapperait à son contrôle.

Quant à la CGT, elle prépare une autre de ses nombreuses trahisons des luttes ouvrières contre l'austérité dans la période post-soviétique: les grèves des cheminots de 1995 et 2007 contre la réforme des retraites, la grève des enseignants en 2003 et les grèves des raffineries en 2010. Les mesures d'austérité ont été imposées après chacune de ces luttes, soit en grande partie soit dans leur intégralité, alors que le NPA couvrait le rôle réactionnaire de la CGT.

Une lutte de classe prolongée vient seulement de commencer en France comme dans d’autres pays du monde. Les trois quarts, ou plus, du peuple français s’opposent à la loi travail. Des traditions profondément enracinées poussent la classe ouvrière à défendre les acquis sociaux et démocratiques gagnés par la lutte de générations de travailleurs européens au 20e siècle. Pourtant, il n'y a aucune perspective pour les travailleurs dans le système politique actuel, sur une base nationale.

Remplacer le PS en votant pour un autre des principaux partis bourgeois, que ce soit Les Républicains (LR) de droite ou le Front national néo-fasciste (FN), ne ferait qu'intensifier les attaques sur les droits démocratiques et sociaux de la population. Ces droits fondamentaux ne peuvent être défendus que par la mobilisation révolutionnaire de la classe ouvrière, le renversement du gouvernement PS et son remplacement par un Etat ouvrier. Les alliés des travailleurs français dans cette lutte sont les travailleurs de l'Europe et du monde qui entrent eux-mêmes dans des luttes aux implications révolutionnaires.

Cela exige d'abord et avant tout une rupture politique consciente et impitoyable avec les partis de la pseudo-gauche comme le NPA.

La question centrale posée aux travailleurs en France et dans tous les pays est la construction du parti révolutionnaire pour faire avancer cette perspective dans la classe ouvrière et lui donner une direction révolutionnaire dans les luttes à venir. Le CIQI se présente comme l'alternative politique pour la classe ouvrière sur la base de la continuité ininterrompue de sa lutte pour le trotskysme contre la pseudo-gauche et de son opposition implacable au PS et à ses satellites comme le NPA en France.

La crise politique actuelle en France a confirmé la critique des partis de la pseudo-gauche par le CIQI. Il est de plus en plus évident que le NPA a œuvré sur plusieurs décennies, depuis la fondation du PS peu après la grève générale de 1968, pour défendre un PS qui n'était pas une alternative socialiste démocratique au PCF mais un brutal parti du capital financier, pour attaquer le marxisme et pour bloquer le développement d'une direction révolutionnaire dans la classe ouvrière.

Hollande lui-même l’a reconnu en 2012, quand il a déclaré, lors d'une réunion électorale avec des banquiers à Londres, « De nos jours, il n'y a plus de communistes en France. La gauche a libéralisé l'économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n'y a rien à craindre. »

Mais la lutte de classe ne tolère aucune interruption. Le PS et ses partis de la pseudo-gauche se sont avérés être des ennemis de la classe ouvrière. Une tâche centrale posée au CIQI est la construction de sections en France et dans tous les pays où elle n'en dispose pas encore, pour donner à la classe ouvrière la perspective politique et la direction révolutionnaire qui se révélera décisive dans les luttes de classe à venir.

(Article paru en anglais le 2 juin 2016)