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Le NPA salue la trahison des grévistes américains de Verizon par le syndicat CWA

Par Kumaran Ira
10 juin 2016

Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) a applaudi comme une « victoire » la capitulation récente des syndicats CWA (Les Travailleurs des Télécommunications d’Amérique) et IBEW (Fraternité internationale des ouvriers en électricité) de la grève de sept semaines chez Verizon aux États-Unis.

Le 1er juin, le site Web Révolution Permanente du NPA a publié un article intitulé : « Un véritable coup de fouet pour les syndicats ! USA : Les 40 000 travailleurs de Verizon font plier le géant des télécoms. » L’article affirme que « les grévistes obtiennent satisfaction de leurs revendications. » Le NPA a déclaré que les « accords de principe » conclu par les syndicats pour arrêter la grève avaient répondu à la plupart des revendications des travailleurs, dont les salaires, l’assurance maladie et sur la « flexibilité du travail ». Les auteurs de la NPA ont ajouté : « Face à la ténacité des travailleurs en grève et à la possibilité d’une perte encore plus considérable de profits, la direction a décidé de céder à leurs revendications. »

L’affirmation du NPA que Verizon a cédé aux grévistes est un mensonge politique. Après avoir souscrit à un accord à huis clos avec la direction et le gouvernement Obama, le CWA et IBEW se sont précipités rapidement pour arrêter la grève, sans révéler tous les détails du prétendu accord ou permettre aux travailleurs de voter là-dessus. Des centaines de travailleurs de Verizon ont signé une pétition initiée par le Bulletin de Grève de Verizon édité par le WSWS, qui s’est opposée à la tentative du CWA de mettre fin à la grève sans avoir révélé l’accord.

Le WSWS a analysé le « résumé » de l’accord et les documents connexes présentés par le CWA, démontrant que l’accord est une trahison de la grève. Les syndicats ont convenu de la hausse des coûts de soins de santé à hauteur de centaines de millions de dollars des bénéfices accrus pour l’entreprise, et de faciliter la restructuration de Verizon conduisant à la suppression de milliers d’emplois.

Les syndicats avaient organisé la lutte d’une manière à violer les règles élémentaires de solidarité de la classe ouvrière. Comme le WSWS l’a expliqué, « Après avoir maintenu les travailleurs au travail pendant huit mois après le 1er août, date d’expiration de la convention collective, les syndicats ont appelé à une grève avec un préavis court dans des conditions où les plans de la direction pour briser la grève étaient bien préparés. Les syndicats ont laissé les travailleurs de Verizon isolés, en gardant 16 000 travailleurs de AT & T West en Californie, au Nevada et Hawaii à leurs postes de travail après l’échéance de leur convention collective. Pendant ce temps, le CWA et le IBEW se sont tus quand la police et les briseurs de grève ont violemment attaqué les piquets de grève. »

Un travailleur vétéran chez Verizon a dit au WSWS, « Pendant des mois, le CWA nous a dit que nous risquions de tout perdre. Maintenant, ils appellent cela une victoire parce que le pire n’est pas arrivé. L’intention principale de l’entreprise était de transférer les coûts médicaux sur les épaules des travailleurs, et c’est exactement ce qu’ils ont fait. Les 1300 nouveaux embauchés dont les syndicats ont fait l’éloge pourraient être licencié dans l’année d’après moi. Entre-temps, le CWA a été très actif sur les médias sociaux pour vilipender quiconque soulève des questions au sujet de leurs affirmations. »

Dans son article, Révolution permanente caractérise ce résultat comme positif. « Cette victoire pourrait avoir un retentissement au sein de l’ensemble du mouvement ouvrier et du monde du travail états-uniens. »

La falsification par le NPA de la grève chez Verizon et sa tentative de dissimuler les trahisons des syndicats témoignent de sa profonde hostilité envers la classe ouvrière. Jouant un rôle actif au sein de la bureaucratie syndicale, de la pseudo-gauche de la classe moyenne comme le NPA en France et l’International Socialist Organization (ISO) aux États-Unis tentent de contrer et désorienter la montée de la colère sociale dans la classe ouvrière. Ce faisant, ils fonctionnent comme des instruments directs de la classe dirigeante, supervisant les attaques contre les travailleurs.

Ces organisations ont été stupéfaites, cependant, par la montée d’un mouvement international d’opposition politique dans la classe ouvrière. Après huit années de la crise capitaliste la plus profonde depuis la Grande Dépression, il y a un intérêt et un soutien croissant pour le socialisme aux États-Unis, en particulier dans la jeunesse ouvrière, tandis qu’en France et en Belgique, un mouvement de grève a éclaté contre les politiques d’austérité des gouvernements. Les travailleurs et les jeunes en France sont mobilisés depuis plus de trois mois contre la loi travail régressive du Parti socialiste (PS) du président François Hollande.

Le NPA, qui en 2012 a appelé à voter pour Hollande et ainsi contribué à porter au pouvoir le gouvernement du Parti socialiste (PS) qui impose l’austérité en France, est profondément complice dans le programme réactionnaire PS. Il travaille en étroite collaboration avec les bureaucraties syndicales comme Solidaires et la CGTS, qui ont clairement fait savoir qu’elles vont négocier le passage d’une certaine version de cette loi travail réactionnaire avec le gouvernement PS.

Ce mouvement international de la classe ouvrière, qui en France a émergé en conflit direct avec le gouvernement PS, a terrifié les tendances de pseudo gauche qui pendant des décennies ont travaillé comme des alliés politiques du PS, le Parti démocrate aux États-Unis, et les partis similaires de gouvernements capitalistes au plan international. La radicalisation de la classe ouvrière américaine, dont les groupes de pseudo-gauche européens comme le NPA avaient enterré le rôle révolutionnaire il y a des décennies, n’a fait qu’alimenter leurs craintes.

L’entrée en lutte de la classe ouvrière américaine a de nouveau souligné le fossé de classe séparant ces groupes de pseudo gauche comme le NPA du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), qui publie le WSWS.

Dès le début, le WSWS et le Parti de l’égalité socialiste (PES) aux États-Unis sont intervenus dans la lutte à Verizon pour fournir une direction politique à la grève. En s’opposant aux tentatives de la pseudo-gauche à subordonner les luttes des travailleurs aux bureaucraties syndicales corrompues et au Parti démocrate, le PES a appelé les travailleurs à former des comités de base indépendants des syndicats en vue d’organiser la lutte. Il a insisté pour dire que la question essentielle était d’établir l’indépendance politique de la classe ouvrière et une lutte de la classe ouvrière pour le socialisme.

Le Bulletin de Grève de Verizon du WSWS a été distribué et a circulé parmi des milliers de grévistes et il est considéré comme la seule publication qui a donné une voix aux travailleurs et a fourni une stratégie visant à briser l’isolement de la lutte. Des centaines de travailleurs ont également participé à des discussions en ligne organisées par le WSWS.

Le fait que le NPA a essayé de peindre la trahison du CWA-IBEW dans des couleurs de « gauche » constitue un avertissement à la classe ouvrière alors qu’elle entre dans les luttes politiques en France et à l’étranger. Tout en soutenant tacitement des mesures d’austérité et la trahison de grèves, les tendances pseudo-gauches jouent en effet un rôle central dans la prévention des luttes ouvrières de se développer en dehors du contrôle des bureaucraties syndicales et de rallier les sections plus larges de la classe ouvrière dans une lutte pour le socialisme et pour le pouvoir politique.

En laissant entendre cyniquement que le résultat de la grève chez Verizon était une victoire qui a renforcé les travailleurs, le NPA se prépare à couvrir les tentatives de la CGT et d’autres syndicats pour arrêter les grèves et l’opposition contre la loi travail et l’austérité imposées par le gouvernement PS et l’Union européenne.

La question centrale à laquelle est confrontée la classe ouvrière est la construction du parti révolutionnaire basé sur le programme marxiste afin de fournir une direction politique à la classe ouvrière. Elle exige la mobilisation de la classe ouvrière à l’échelle internationale, indépendamment des syndicats et de leurs alliés de pseudo-gauches. Telle est la tâche principale avancée par le CIQI et le WSWS.

(Article paru en anglais le 9 juin 2016)