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Le secrétaire du CIQI Peter Schwarz à Londres parle du référendum sur le Brexit

Par nos correspondants
17 juin 2016

Peter Schwarz, le secrétaire du Comité International de la Quatrième Internationale (CIQI) et membre de la direction du Partei für Soziale Gleichheit (Parti de l’Égalité sociale, PSG), s’est exprimé mardi soir à Londres sur le thème « socialisme contre nationalisme de gauche. »

Peter Schwarz s’exprimant lors de la réunion

Cette réunion faisait partie d’une série organisée par le Socialist Equality Party (UK) dans le cadre de sa campagne pour un boycott actif du référendum du 23 juin sur la participation du Royaume-Uni à l’Union européenne.

La conférence prononcée par Schwarz a été suivie attentivement par un auditoire comprenant des étudiants, des travailleurs et des retraités. La réunion fut retransmise en direct sur internet et suivie par des auditeurs en Inde, au Sri Lanka, en Amérique et dans divers pays d’Europe dont la Pologne, l’Allemagne et la France.

En ouverture de la réunion, Chris Marsden, le secrétaire national du SEP, a expliqué que les deux camps officiels menant la campagne du référendum étaient dirigés par les Tories conservateurs situés à droite, qui sont déterminés à imposer l’austérité, le militarisme et le nationalisme. Il s’en est pris à la pseudo-gauche qui affirme que l’un ou l’autre de ces camps fournirait une manière progressiste d’aller de l’avant pour les travailleurs et les jeunes – soit par une prétendue réforme de l’UE soit par un vote en faveur du Leave (vote pour une sortie, Brexit, de l’UE) qui entraînerait la chute du gouvernement conservateur et l’arrivée au pouvoir de Jeremy Corbyn du parti travailliste (Labour) pour appliquer un agenda « socialiste ». Marsden a expliqué que chaque camp s’emploie à attiser le nationalisme et la xénophobie en s’efforçant délibérément de détourner l’attention des antagonismes sociaux et de dissoudre la menace d’une lutte de classe unifiée par-delà des frontières.

Dans ses remarques, Schwarz a expliqué que le référendum « marquait un moment politique décisif non seulement pour la Grande-Bretagne mais pour l’Europe tout entière. »

Il a dit que les implications d’un vote en faveur de Leave de la part de la deuxième plus grande économie d’Europe sont imprévisibles. « Un Brexit accélérerait une tendance internationale – la croissance du nationalisme économique, l’éclatement de l’économie mondiale en blocs commerciaux et le développement d’une guerre monétaire et commerciale. »

Le Brexit, cependant, ne serait pas la cause de ces développements car étant lui-même une manifestation de tendances sous-jacentes liées à l’effondrement du système capitaliste de profit qui, tout comme dans les années 1930, est la force motrice d’une nouvelle guerre mondiale.

Schwarz a passé en revue les réactions de panique de la bourgeoisie européenne au vu de ce développement. Il a notamment attiré l’attention sur la presse allemande et notamment le magazine Der Spiegel dont la toute dernière édition – rédigée en anglais et en allemand – portait le titre « S’il vous plaît, ne partez pas. »

L’éditorial y déclarait qu’un retrait accélérerait la désintégration de l’Europe en États nationaux hostiles et concurrents, en prévenant qu’« était en jeu » avec le référendum « rien de moins que l’avenir du projet de paix que des nations ennemies d’hier avaient débuté en 1946 dans un continent dévasté… »

En exposant ses implications plus générales, l’article a poursuivi, « La Grande-Bretagne est un pont entre l’Europe et les États-Unis. Si la Grande-Bretagne quitte l’UE de ce côté-ci de l’Atlantique tandis que Donald Trump devient président de l’autre, alors des alliances en apparence permanentes vacilleront. »

Dans un passage remarquable il est précisé, « Après le Brexit, l’Allemagne perdrait un allié important et elle serait, en tant que grande puissance centrale sur le continent, définitivement condamnée à assumer le rôle prépondérant qu’elle n’a jamais voulu jouer. »

Bien que dit poliment, a indiqué Schwarz, cela doit être lu comme une menace de la bourgeoisie allemande qui avait par deux fois cherché à conquérir l’Europe par la force militaire.

Un vote en faveur de Remain (pour le maintien dans l’UE) n’empêcherait pas ces processus. Si les conséquences en seraient moins immédiates, elles ne seraient pas moins catastrophiques. « Le référendum accélérera toutes les tendances qui ont déjà fait de l’Union européenne l’institution la plus détestée du continent », a-t-il dit, en continuant et en intensifiant son rôle de force motrice des attaques sociales et des dérégulations, et en accélérant la transformation de l’UE en un état policier et une forteresse militaire. En effet, les quelques avantages que l’UE a apportés – l’élimination de contrôles aux frontières, la possibilité de travailler et d’étudier dans le pays de son choix, une garantie de certains droits démocratiques – sont toutes en train d’être supprimées au nom de la lutte contre le terrorisme et la dissuasion des réfugiés.

Peter Schwarz prenant la parole à la réunion de Londres

C’est dans ce contexte que Schwarz a examiné le rôle politiquement criminel que joue la pseudo-gauche en se rangeant derrière l’un ou l’autre des camps bourgeois dans ce référendum. Il a en particulier analysé le rôle joué par des figures telles George Galloway et des partis tels le Socialist Workers Party qui défendent un vote en faveur de Leave comme une alternative « progressiste », et même « de gauche », à l’austérité et au militarisme.

Schwarz a souligné leur argument, qu’un vote en faveur de Leave entraînerait le remplacement du premier ministre David Cameron par l’éminent eurosceptique Boris Johnson, une aggravation des divisions au sein du parti Tory en créant la base à la chute du gouvernement et de son remplacement par un gouvernement travailliste mené par Corbyn. Ce genre d’opportunisme politique criminel qui se fonde sur des calculs nationalistes et pragmatiques étroits a de considérables implications », a-t-il prévenu. « La lutte pour le socialisme ne peut être déléguée à des factions de la bourgeoisie », a-t-il précisé. « Un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière ne peut être remplacé par des manœuvres tactiques et un jeu de cache-cache avec des factions droitières de la classe dirigeante. »

Schwarz a expliqué que ce sont là les enseignements du mouvement ouvrier allemand. L’adoption par Left Leave [la campagne « de gauche » en faveur du brexit, ndt] du slogan « Après Boris, c’est Corbyn » rappelle le slogan des années 1930 du Parti communiste d’Allemagne (KPD), « Après Hitler, c’est nous. »

Les conséquences catastrophiques de la position du KPD qui furent le résultat du rejet par la bureaucratie stalinienne soviétique de la révolution socialiste mondiale au profit de la construction « du socialisme dans un seul pays », a mené Hitler au pouvoir sans qu’un seul coup de feu ait été tiré et a conduit à la guerre mondiale et à l’Holocauste.

La transcription des observations de Schwarz seront prochainement disponibles. Sa conférence fut suivie par une session animée de questions et réponses, y compris au sujet des conditions indispensables à une révolution en Grande-Bretagne : la relation entre les conditions objectives et le rôle subjectif joué par la direction politique révolutionnaire ainsi que de la manière de se prémunir contre une trahison des aspirations des travailleurs du genre de celle dont s’est rendu coupable le gouvernement Syriza en Grèce.

(Article original paru le 16 juin 2016)