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La fin de la campagne de Sanders : Les leçons politiques

Par Tom Hall
29 juillet 2016

Avec son soutien à la nomination d’Hillary Clinton à la Convention nationale démocrate, la campagne de Bernie Sanders a pris une fin méprisable. Quoi de plus dévastateur pour révéler le rôle politique joué par Sanders que ses propres déclarations et actions au cours de la semaine dernière à Philadelphie ?

Lundi, Sanders a réprimandé ses propres délégués qui l’ont hué lorsqu’il défendait son soutien envers Clinton lors d’un événement en dehors de la salle du congrès, en déclarant : « C’est le monde réel dans lequel nous vivons ». Il entend par là un « monde réel » qui exclut toute opposition aux deux candidats présentés par les partis démocrate et républicain, Hillary Clinton et Donald Trump. La « révolution politique » de Sanders contre la « classe des milliardaires » s’est avérée être une défense du statu quo et du système bipartisan.

Dans son discours à la convention plus tard au soir, Sanders a couvert d’éloges son ancien adversaire dans la campagne de primaires, dépeignant la candidate qu’il avait critiquée pour ses liens intimes avec Wall Street comme une alliée progressiste des travailleurs. Il a également félicité le gouvernement d’Obama, qui a supervisé le plus grand transfert de richesse des pauvres vers les riches dans l’histoire de l’Amérique.

Sanders a continué son strip-tease politique mardi soir pendant la procédure des nominations, lorsqu’il s’est levé dans l’auditorium et a pris la parole pour appeler à la suspension du vote par appel nominal en faveur d’un vote par acclamation de la nominée Clinton.

Il ne reste rien de la campagne de Sanders, sauf des slogans creux et des phrases trompeuses. Mais ce résultat n’a été ni imprévisible, ni imprévu. Il confirme pleinement l’analyse faite par le World Socialist Web Site depuis l’annonce de la campagne Sanders l’an dernier. Dès le début nous avons averti que Sanders, un politicien capitaliste qui a faussement prétendu être un socialiste, cherchait à canaliser l’opposition derrière le Parti démocrate et sa politique de guerre et de réaction sociale.

Pour ne citer que quelques-unes des déclarations les plus importantes produites au cours de l’année écoulée, le WSWS a écrit :

L’explication par le WSWS du rôle politique et de l’importance de la campagne Sanders s’appuyait sur une analyse de classe et sur l’expérience historique. Les actions de Sanders pendant les élections de 2016 étaient en conformité entière avec son bilan politique antérieur. Il a longtemps utilisé son étiquette « socialiste » et son indépendance nominale afin de couvrir un programme pro-capitaliste qui se démarque peu du courant dominant du Parti démocrate. Son évolution, de ses jours en tant qu’étudiant radical dans les années 1960 puis maire de Burlington, dans le Vermont, favorable au patronat dans les années 1980, jusqu’à être un allié de longue date du Parti démocrate au congrès, est liée à un changement plus large vers la droite de toute une couche sociale de contestataires de la classe moyenne qui ont été intégrés dans l’establishment politique.

Depuis la campagne « populiste » de William Jennings Bryan à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, en passant par les campagnes de Jesse Jackson et Dennis Kuncinich dans les années 1980 et 1990, les démocrates ont utilisé des campagnes d'« outsiders » dans le but de se doter d’une crédibilité politique et de contenir l’opposition. Et il est impossible d’ignorer le fait que Sanders s’est engagé de son plein gré au début de sa campagne à soutenir l’éventuel candidat désigné par le Parti démocrate.

Dès le début, la campagne de Sanders a été accompagnée d’une foule de facilitateurs politiques de la pseudo-gauche, qui ont cherché à promouvoir des illusions, soit en faisant campagne activement pour lui, soit en le critiquant pour des raisons tactiques tout en se solidarisant avec sa politique réelle. Comme Sanders, les groupes qui opèrent autour du Parti démocrate et des syndicats s’opposent à l’émergence d’un mouvement indépendant de la classe ouvrière et dirigent tous leurs efforts pour l’empêcher.

Des groupes comme Socialist Alternative, Solidarity, l’International Socialist Organization, les Young Democratic Socialists, et le Green Party (Parti des Verts) se rassemblent à Philadelphie lors de la Socialist Convergence Conference (Conférence de Convergence socialiste) en même temps que la DNC (Convention nationale des démocrates). Sans donner aucune évaluation de ce qu’ils ont écrit autrefois, ils se remettent en route pour construire le prochain piège politique pour la classe ouvrière dans la campagne des Verts de Jill Stein, qui, il y a un mois à peine, a proposé à Sanders sa place sur la liste du parti.

Des conclusions doivent être tirées de cette expérience. Rien des immenses tensions sociales et de la colère qui ont trouvé un écho dans le soutien pour la campagne de Sanders ne va disparaître. Peu importe qui gagne les élections en novembre, la période à venir apportera avec elle des luttes de classe explosives.

La leçon politique centrale est la nécessité de rompre de façon irréconciliable avec la politique bourgeoise dans toutes ses formes, que ce soit de droite ou nominalement de gauche. C’est maintenant l’heure de construire un véritable mouvement socialiste, sur la base des principes d’internationalisme, d’anti-impérialisme et d’égalité sociale. L’indépendance politique de la classe ouvrière est une nécessité brûlante.

C’est sur cette perspective que la campagne présidentielle du Parti de l’égalité socialiste de Jerry White et Niles Niemuth est construite. Nous exhortons tous les travailleurs et les jeunes qui sont outrés par la trahison de Sanders à soutenir la campagne, rejoindre le Parti de l’égalité socialiste et prendre la décision de s’engager dans la lutte pour le véritable socialisme.

(Article paru en anglais le 28 juillet 2016)