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La convention démocrate : Sanders couronne une journée de tromperie et de démagogie

Par Barry Grey
27 juillet 2016

Bernie Sanders a terminé sa tâche assignée de chercher à canaliser la colère de masse et l’opposition de la classe ouvrière derrière le Parti démocrate à l’élection présidentielle 2016 avec un discours lundi soir qui a couronné une journée de fraude et de démagogie politique.

Plus tôt dans la journée, Sanders a été hué quand il a dit lors d’une réunion de ses délégués et partisans devant la salle de congrès de Philadelphie qu’ils devront faire avancer sa « révolution politique » en votant pour Hillary Clinton. En réponse à l’éruption de colère et de dégoût de sa propre périphérie, Sanders a déclaré cyniquement : « C’est un monde réel dans lequel nous vivons. »

Lui, bien sûr, avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour veiller à ce que ce « monde réel » exclût l’émergence d’un mouvement indépendant de la classe ouvrière contre le système capitaliste de plus en plus haï, et restait politiquement étranglée par la domination de deux partis militaristes de droite de l’aristocratie financière et patronale.

Les développements avant l’ouverture officielle de la convention avaient déjà souligné le caractère réactionnaire de la campagne que Hillary Clinton envisage de mener et du gouvernement dont elle sera à la tête si elle remporte l’élection en novembre. En réponse à la révélation, par l’intermédiaire de courriels divulgués, du complot de ses alliés à la direction du Comité national démocrate pour saboter la campagne de Sanders dans les primaires, les aides de Clinton ont accusé, sans fournir aucune preuve, que la Russie avait orchestré cette fuite afin d’installer son larbin supposé, Donald Trump, à la Maison blanche.

Cela fait partie d’un effort pour déborder sur sa droite le fascisant Trump en l’accusant d’être « mou » à l’égard du président russe Vladimir Poutine parce qu’il dit ne pas vouloir attaquer la Russie en défense des alliés de l’OTAN à la frontière occidentale de la Russie, ainsi que d’être insuffisamment agressif dans la préparation d’une guerre contre la Chine.

La journée a également mis en haut de l’affiche un discours flatteur par Clinton à la convention nationale des anciens combattants de droite pro-guerre des Vétérans de Guerres à l’étranger dans lequel Clinton a couvert de louanges le républicain faucon de guerre John McCain. La veille, le président Obama avait clairement exprimé l’orientation des démocrates en faveur des républicains mécontents en louant une longue liste d’anciens titulaires républicaines dans un entretien sur le programme de télévision « Face the Nation ». Il a étoffé cela en classant Ronald Reagan parmi les « plus grands présidents de l’Amérique ».

Au cours des travaux de lundi à l’intérieur du Wells Fargo Center, l’un après l’autre représentant de la classe moyenne aisée s’est levé pour louer Clinton comme une combattante infatigable en faveur de l’égalité et de la justice. Les divers éléments de la politique identitaire étaient exhibés, avec les intervenants Afro-Américains, Hispaniques, femmes, homosexuels et handicapés se succédant pour louer ce symbole largement détesté de l’establishment politique, qui est personnellement impliqué dans des crimes de guerre qui ont tué des millions de gens, et tristement célèbre pour ses relations corrompues avec Wall Street.

Mais il revenait à Sanders de terminer la tâche de mettre la réalité à l’envers en présentant Clinton et le Parti démocrate comme des combattants pour les intérêts des gens ordinaires. Son discours était un étalage de cynisme et de malhonnêteté purs. À l’entendre parler, on n’aurait jamais su pourquoi il s’est opposé à Clinton en premier lieu.

Tenter d’énumérer tous les mensonges et contradictions flagrants dans son discours consommerait des dizaines de pages. Il suffit à ce stade de noter que si ses déclarations élogieuses au sujet de Clinton étaient vraies, sa propre campagne serait incompréhensible, tout comme le large soutien qu’il avait reçu. La base des 13 millions de voix dont il se vantait dans ses remarques était le désir passionné de masses de travailleurs et de jeunes pour une alternative à la politique réactionnaire avec laquelle Clinton a été associée pendant plus de trois décennies.

L’exercice de fraude politique de Sanders semblait être fondé sur l’hypothèse que le peuple américain souffre d’amnésie collective. Mais les faits sont les faits. La dernière fois que les Clinton ont occupé la Maison-Blanche, ils ont présidé une période de corruption financière sans précédent.

Le gouvernement de Bill Clinton était la période de « l’exubérance irrationnelle », quand les taux d’intérêt extrêmement bas ont assuré une augmentation de 400 pour cent du marché boursier. Toutes les politiques des Clinton, du démantèlement de la loi Glass-Steagall et tout ce qui restait de la réglementation bancaire, à la destruction du programme fédéral de l’aide sociale, menèrent à un vaste enrichissement de l’élite patronale et financière. Ce fut la période qui a produit Enron et l’explosion de la rémunération des PDG. Tous les processus qui ont conduit à l’effondrement financier et la dépression de 2008, avaient mûri sous les Clinton.

Malgré toutes les dénonciations de Trump par Sanders, le fait est que l’ascension politique du magnat milliardaire de l’immobilier ne fut possible qu’en raison de la désillusion des masses et de la frustration envers l’hypocrisie et les politiques de droite du Parti démocrate.

Une chose qui a été particulièrement frappante à propos du discours de Sanders était l’absence de ne serait-ce qu’une seule référence à la politique étrangère. Il n’a pas dit un mot sur le rôle de Clinton, alors sénatrice, en soutien de l’invasion et de l’occupation de l’Irak en 2003, ou de son rôle de ministre des affaires étrangères pour soutenir le bombardement de la Libye et assassiner son dirigeant Mouammar Kadhafi, ainsi que d’une horrible effusion de sang, en Syrie pour obtenir un changement de régime et le bellicisme de plus en plus agressif envers la Chine et la Russie.

Sanders a eu le culot de présenter son soutien retentissant pour Clinton (« Hillary Clinton fera un président remarquable et je suis fier d’être à ses côtés ce soir ») comme la poursuite de sa « révolution politique » contre la « classe des milliardaires ». Cette soi-disant « révolution » s’est avérée avoir comme but la remise en selle d’un démocrate à la Maison blanche, accompagnée d’une majorité démocrate à la chambre des Représentants et au Sénat. Sanders est resté muet sur la décision de la campagne de Clinton d’accorder à l’ancien maire républicain multimilliardaire de New York, Michael Bloomberg, une intervention en première partie de soirée mercredi soir pour déclarer son soutien à Clinton.

Non seulement Sanders, mais toutes les différentes organisations de la classe moyenne – International Socialist Organisation, Socialist Alternative, Solidarity, et le Green Party – qui l’ont promu sont maintenant politiquement responsables des conséquences.

Les leçons politiques de l’expérience Sanders doivent être tirées. Comme cela a été si souvent le cas par le passé, le Parti démocrate devient le cimetière d’un mouvement de protestation sociale, avec Sanders remplissant le rôle des pompes funèbres. Les avertissements prononcés à plusieurs reprises par le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) et le World Socialist Web Site, qui ont insisté pour dire que Sanders ne fut pas le représentant d’un mouvement de révolte sociale, mais plutôt l’instrument pour contenir et dissiper ce mouvement, ont été entièrement confirmées.

La campagne du Parti de l’égalité socialiste et ses candidats à la présidence et vice présidence, Jerry White et Niles Niemuth est la seule campagne dans cette élection qui est véritablement indépendante de la politique capitaliste et qui avance un programme socialiste révolutionnaire.

(Article paru en anglais le 26 juillet 2016)