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Obama à la jeunesse américaine: Cessez de vous plaindre, les choses n’ont jamais été aussi bien!

Par Niles Niemuth
20 mai 2016

Niles Niemuth est le candidat à la vice-présidence des États-Unis du Parti de l’égalité socialiste.

Le président américain Barack Obama a profité d’un discours de collation des grades prononcé dimanche passé à l’Université Rutgers dans le New Jersey pour exprimer son mépris envers les partisans des campagnes présidentielles du républicain Donald Trump et du sénateur démocrate «socialiste» Bernie Sanders.

Alors que les médias ont mis l’accent sur les attaques à peine voilées d’Obama contre la promesse de Trump de construire un mur le long de la frontière mexicaine et sa politique étrangère, l’attaque claire du président contre les étudiants et autres partisans de Sanders a été encore plus importante.

La conclusion à tirer de son discours est que les travailleurs – et en particulier les jeunes – doivent cesser de se plaindre et faire ce qu’on leur dit. Obama a soutenu, dans ce qui est maintenant devenu son mantra, que les choses n’ont jamais été aussi bien aux États-Unis, et il a critiqué les jeunes qui soutiennent les appels à une «révolution politique».

En référence au candidat présidentiel républicain Donald Trump qui promet s’il est élu de «rendre les États-Unis grandioses à nouveau», Obama a affirmé que les conditions sociales et économiques n’ont jamais été aussi bonnes. «En fait, sous presque tous les aspects, les États-Unis, tout comme le reste du monde, sont bien mieux qu’ils ne l’étaient il y a 50 ou 30 ans, ou même il y a huit ans.»

Obama a cité notamment des tendances à la baisse dans le taux de criminalité, le nombre de grossesses chez les adolescentes et le pourcentage de personnes vivant dans la pauvreté, ainsi que l’augmentation de l’espérance de vie dans l’ensemble comme preuves que la vie aux États-Unis est mieux qu’elle ne l’a jamais été. Il a également cité le fait qu’une plus grande partie des Américains ont une éducation universitaire et qu’il y a plus de Noirs et de Latinos que jamais qui siègent maintenant à des conseils d’administration ou exercent des fonctions politiques.

Au cours de son discours, Obama s’est plaint que l’accès à l’Internet et aux téléphones intelligents nous a «d’une certaine façon... rendus plus confiants dans notre ignorance... Nous devons accepter que les faits et les preuves comptent. Et nous devons exiger que nos dirigeants rendent des comptes, afin de savoir de quoi diable ils parlent.»

Il n’aurait pas été déplacé que quelqu’un dans l’assemblée crie alors: «Médecin, guéris-toi toi-même!»

Les données roses d’Obama contredisent la réalité de la vie à laquelle fait face la grande majorité des Américains en 2016. Au cours des huit dernières années, les travailleurs et les travailleuses ont en effet connu une baisse de leurs revenus et de leurs salaires, de même qu’une hausse de leurs taux de mortalité en raison d’une augmentation des suicides, des surdoses de drogue et de l’alcoolisme. Des villes et des régions entières ont été dévastées par des décennies de désindustrialisation. Le taux de pauvreté est plus élevé que jamais dans les zones urbaines et suburbaines de partout au pays.

Obama s’adressait à un public qui fait partie d’une génération aux prises avec plus de 1300 milliards de dollars de dettes en prêts étudiants. La première génération aux prises avec des conditions pires que celles de leurs parents, constituée de millions de diplômés universitaires qui sont entrés sur le marché du travail après la crise économique de 2008 et qui sont soit au chômage, soit sous-employés, avec une dette moyenne de 30.000 $ en prêts étudiants.

Une majorité de personnes aux prises avec d’onéreux paiements de dette sont incapables de s’acheter une voiture ou une maison et beaucoup remettent à plus tard leurs fiançailles ou leur mariage. Un récent sondage a révélé que 77 pour cent des répondants trouvaient leur vie plus difficile en raison de leur dette de prêts étudiants.

Après huit ans de règne du candidat de «l’espoir et du changement», une période où 95 pour cent des gains en revenus (depuis 2009) sont allés au un pour cent le plus riche de la société, il y a un sentiment général que l’ensemble du système politique est pourri et que l’ordre économique est arrangé.

Les remarques d’Obama expriment l’inquiétude de la classe dirigeante non pas envers Sanders même, qui travaille à ramener le vent d’opposition dans le Parti démocrate, mais à l’endroit des sentiments anticapitalistes qui motivent le tournant prodigieux parmi les jeunes électeurs vers un candidat qui se dit socialiste.

Obama a servi aux étudiants une version hautement simplifiée de l’histoire dans laquelle des militants et des organisateurs engagés dans «la création d’alliances et la négociation d’ententes» ont été la source de tout progrès social aux États-Unis. Craignant que son jeune public n’ait des idées, Obama a lancé comme mise en garde que les changements «n’ont pas lieu du fait de quelque révolution politique de masse».

Alors même qu’il fait valoir que les conditions sociales et économiques aux États-Unis sont meilleures que jamais, Obama soutient pourtant qu’elles pourraient être encore mieux si seulement plus de gens, en particulier les étudiants, votaient en plus grand nombre pour les démocrates! Il a rappelé que le taux de participation de 2014 a été le plus bas depuis la Deuxième Guerre mondiale, mettant en garde que «l’apathie a des conséquences».

Obama a cyniquement conseillé aux étudiants d’«avoir foi dans la démocratie». Par cela il veut dire qu’ils devraient soutenir un ensemble politique entièrement subordonné aux intérêts des individus et des sociétés les plus riches. L’accusation que ceux qui ne votent pas sont apathiques est pure calomnie. Le sentiment général n’est pas de l’apathie, mais de l’hostilité et de la colère envers un système bipartite corrompu sur lequel Obama préside.

Assénant un coup de plus aux étudiants, Obama a poursuivi en critiquant les protestations à l’Université Rutgers qui ont accompagné l’annonce que Condoleezza Rice, ancienne secrétaire d’État de George W. Bush, prendrait la parole lors d’une cérémonie de collation des grades. Que les étudiants puissent s’opposer à devoir écouter une criminelle de guerre après la collation de leur grade est, selon Obama, une violation scandaleuse du principe qu’il est nécessaire d’«écouter ceux avec qui on n’est pas toujours d’accord». Obama est peut-être inquiet qu’il puisse faire l’objet de protestations et de dénonciations similaires dans un avenir pas si lointain.

Même lorsqu’il a admis que «l’argent en politique constituait un énorme problème», il a cyniquement affirmé que «le système n’est pas aussi arrangé que vous le pensez, et certainement pas autant sans espoir que vous le pensez... si vous votez et que vous choisissez une majorité qui représente votre point de vue, vous obtenez ce que vous voulez. Et si vous vous abstenez, ou si vous cessez de suivre, vous n’obtiendrez rien. C’est aussi simple que cela.»

Le président a apparemment perdu de vue que l’histoire de sa propre administration prouve amplement que la colère et l’hostilité qu’il cherche à contrer sont, en fait, tout à fait justifiées.

(Article paru d’abord en anglais le 17 mai 2016)