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Entente de trahison entérinée dans le secteur public québécois

Par Laurent Lafrance
20 mai 2016

La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) a annoncé dans un communiqué laconique plus tôt ce mois-ci que ses membres ont entériné une entente de principe qui contient les mêmes offres patronales qu’ils avaient initialement rejetées en décembre dernier, à savoir des reculs majeurs dans les salaires, les retraites et les conditions de travail.

Cette entente, calquée sur celle déjà acceptée par les autres syndicats du Front commun, foule aux pieds les revendications pour lesquelles les travailleurs du secteur public luttent depuis des mois, et laisse le champ libre au gouvernement libéral québécois de Philippe Couillard pour qu’il accélère le démantèlement des services publics.

Le communiqué de la FSSS ne donne aucun détail sur le pourcentage des membres ayant voté en faveur de l’entente. Mais le sentiment de colère qui anime un grand nombre des 110.000 syndiqués de la FSSS demeure si élevé que le président de la FSSS, Jeff Beagley, a dû avouer que «cette négociation n’aura certainement pas permis de régler tous les problèmes dans le réseau de la santé et des services sociaux».

Par cet euphémisme, Beagley suit la trace de ses confrères bureaucrates du Front commun dans leurs efforts pour cacher l’ampleur de la trahison qu’ils ont conjointement perpétrée et enterrer le plus rapidement possible la lutte des travailleurs du secteur public.

La signature de l’entente par les syndicats du Front commun, puis par les syndicats supposément plus militants tels que la FSSS et la FAE (Fédération autonome de l’enseignement), est la conclusion logique de toute leur orientation depuis le début de la lutte.

La bureaucratie syndicale était déterminée à éviter une confrontation politique avec le gouvernement Couillard et son programme de guerre de classe. Elle a enfermé les travailleurs dans un processus bidon de négociations à l’intérieur du cadre budgétaire fixé par le gouvernement – celui de l’austérité capitaliste.

Bien que les employés de l’État jouissaient d’un fort appui parmi l’ensemble des travailleurs, qui étaient et demeurent vivement opposés aux coupures dans les services publics, les salaires et les emplois, le Front commun a tout fait pour empêcher que la lutte du secteur public ne devienne le catalyseur d’une contre-offensive de toute la classe ouvrière québécoise et canadienne contre le programme d’austérité de la grande entreprise.

Pendant des mois, les syndicats ont gardé un silence complice sur la menace d’un décret, alors même que les grands médias en parlaient ouvertement. Loin de préparer leurs membres à défier toute loi spéciale, et l’éventail des lois anti-démocratiques du gouvernement, les chefs syndicaux n’ont commencé à évoquer la possibilité d’un décret qu’à la veille des votes en assemblées, dans le seul but d’intimider les membres et les pousser à accepter les reculs. C’est d’ailleurs l’argument qu’a utilisé la FSSS pour justifier sa capitulation face au gouvernement et soumettre aux membres une entente de principe quasi-semblable à celle qu’ils avaient déjà rejetée.

Le conflit dans le secteur public québécois doit être vu dans le contexte d’une intensification de la lutte des classes à l’échelle internationale. L’élite dirigeante canadienne, tout comme ses homologues à travers le monde, réagit à la profonde crise du système capitaliste en imposant de profondes coupes sociales auxquelles les travailleurs s’opposent avec une détermination grandissante. Mais chaque fois les syndicats travaillent d’arrache-pied pour torpiller les mouvements d’opposition et imposer les mesures exigées par la grande entreprise.

En 2012, la bureaucratie syndicale avait isolé une grève militante des étudiants du Québec avant de la détourner derrière le parti de la grande entreprise qu’est le Parti québécois (PQ). Cette trahison éhontée avait permis à la classe dirigeante d’aller de l’avant avec de nouvelles compressions sociales.

La défaite de la lutte des travailleurs du secteur public a aussi démasqué la faillite du «syndicalisme de combat» préconisé par des organisations comme la FSSS et la FAE, ainsi que Québec solidaire, les groupes anarchistes et tout le marais de la pseudo-gauche québécoise. Ces forces ont joué un rôle clé pour contenir l’opposition des membres de la base à la politique traître du Front commun.

Tout au long du conflit, Québec solidaire a soutenu activement le Front commun, accueillant chacune de ses manœuvres malhonnêtes et faisant passer les importants reculs contenus dans l’entente de décembre pour de «précieuses concessions» que les travailleurs auraient «arrachées» au gouvernement. QS a aussi présenté la FAE et la FSSS comme des modèles de combativité.

Comme les autres syndicats du secteur public, cependant, la FAE et la FSSS ont isolé leurs membres, refusé de préparer les travailleurs à défier les lois anti-syndicales et évité toute référence aux attaques similaires qui visent les travailleurs ailleurs au Canada.

Comme le reste de la bureaucratie syndicale à travers le monde, les syndicats au Québec ont depuis longtemps abandonné leur programme de timides réformes dans un cadre national pour devenir des agences directes du patronat pour imposer les compressions et maintenir la «paix sociale».

Au Québec, ce processus s’est développé à travers leur appui historique au Parti québécois et au mouvement indépendantiste. Ce soutien s’accompagne d’un virulent nationalisme identitaire qui vise à diviser la classe ouvrière sur des lignes ethniques et raciales.

Ce que le conflit dans le secteur public a démontré avant tout, c’est que les travailleurs ont besoin de nouvelles organisations de lutte et d’une nouvelle stratégie politique.

Pendant le conflit, seul le Parti de l’égalité socialiste a mis les travailleurs en garde contre la trahison que préparaient les chefs syndicaux et a tracé une voie politique pour défendre l’ensemble des acquis sociaux et des services publics. La question centrale demeure celle d'une rupture avec le programme nationaliste et pro-capitaliste de la bureaucratie syndicale, et l'adoption d'une nouvelle stratégie, axée sur la mobilisation politique indépendante des travailleurs autour du programme socialiste de l'égalité sociale et de la lutte pour un gouvernement ouvrier.