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Les travailleurs des télécoms, des compagnies aériennes et de l’industrie entrent en lutte

Signes croissants d’une reprise des conflits de classe aux Etats-Unis

Par Jerry White
25 mai 2016

Ces dernières semaines, un nombre croissant de travailleurs aux Etats-Unis se sont mis en grève, ont été lockoutés, ont été victimes de rupture des conventions collectives ou ont pris part à d'autres luttes. L'inégalité sociale a atteint des sommets historiques et les travailleurs subissent la plus longue période de stagnation des salaires depuis la Grande Dépression. Cela engendre une radicalisation qui n’en est qu’à ses débuts.

Selon le président Obama, la vie n'a jamais été aussi bonne en Amérique et une recherche sur Internet du mot « grèves» [strikes] montre qu’on parle beaucoup plus dans les médias des « frappes [strikes] aériennes » meurtrières de l'armée américaine que des luttes ouvrières. Néanmoins, et malgré les efforts des syndicats pour réprimer la lutte des classes, les travailleurs des télécommunications, de l’industrie, du transport aérien et de la grande distribution, ainsi que ceux du secteur public, entreprennent des luttes importantes.

Il s’agit là d'une tendance internationale. Ces derniers mois ont vu des manifestations de masse et maintenant une grève des raffineries en France, trois jours de grève générale des travailleurs grecs contre l'austérité, une semaine de grève des travailleurs nigérians contre la hausse des prix du carburant et de l'électricité, une grève des enseignants mexicains pour défendre l'école publique, une grève d'un jour des cheminots du Royaume-Uni et la première grève en deux décennies des travailleurs koweïtiens du pétrole.

Aux Etats-Unis, la grève de 1700 travailleurs des télécommunications d’AT & T West à San Diego, Californie, a sapé les efforts du syndicat CWA et d'autres syndicats pour isoler la grève de six semaines des 40.000 travailleurs de Verizon. Le CWA a été contraint de lancer la grève – qui ne concerne que 10 pour cent des 16.000 travailleurs d’AT & T West sans aucun contrat de travail depuis le 9 avril – à cause de la montée de l’opposition de la base au géant des télécoms. AT & T a réalisé 13,2 milliards de dollars de profit en 2015 et dépensé des milliards en acquisition et paiements de dividendes à ses plus riches investisseurs et à ses hauts managers.

Le CWA et le syndicat IBEW (Fraternité internationale des ouvriers de l’électricité) sont actuellement engagés dans des négociations secrètes sous la houlette du ministre du Travail d'Obama et d’un médiateur fédéral pour arrêter dès que possible la grève chez Verizon aux conditions de ce dernier. Malgré les indemnités de grève pitoyables versées par le CWA et l’IBEW, les travailleurs de Verizon restent déterminés à résister à l'attaque contre leur niveau de vie.

Dans la classe ouvrière en général, il y a un large soutien pour une lutte unifiée. « Nous sommes avec nos frères et sœurs de la côte Est, » a dit au World Socialist Web Site un travailleur AT & T à San Diego. « Ce qui leur arrive peut nous arriver – le patronat américain élimine nos droits et nous devons les reprendre. »

Un travailleur de l'usine GM Hamtramck Assembly à Detroit a dit au WSWS lundi, « Je crois vraiment que tous les travailleurs devraient soutenir les Verizons et les travailleurs d'AT & T. Il n'y a rien aux actualités. Ils ne veulent pas que les gens sachent. Ils les considèrent comme un cancer qu’on doit empêcher de se propager ».

Environ 8788 conventions collectives couvrant 2,2 millions de travailleurs, tombent à échéance ou doivent être modifiées en 2016. Le principal obstacle à une lutte contre les entreprises sont les syndicats de l’AFL-CIO et de Change to Win (Changer pour Gagner), qui sont alliés au gouvernement Obama et aux démocrates. Ces syndicats fonctionnent comme un bras du patronat et de l'État. Ils soutiennent la politique de baisse des salaires et de réduction des coûts médicaux et des retraites pour rendre les entreprises américaines plus « compétitives au niveau mondial. »

Les syndicats ont depuis longtemps abandonné le principe du « pas de contrat, pas de travail, » poussant les travailleurs à travailler des mois, voire des années sans contrat. Le 20 mai, le syndicat des postiers NALC a annoncé qu'il poursuivait les négociations avec la poste américaine au-delà de la date d'expiration du contrat pour 204.000 postiers. 370.000 autres travailleurs de l’Administration des postes (USPS) ont été contraints par le syndicat APWU (American Postal Workers Union) et d'autres syndicats à accepter un arbitrage.

Le syndicat de l’automobile UAW (United Auto Workers) a tout juste survécu une rébellion par les travailleurs, ce qui a nécessité une campagne de mensonges, de menaces et de fraude électorale pour faire adopter des contrats aux rabais contre la résistance de la base l'automne dernier. Cette année, des enseignants de Détroit se sont mis en congé maladie de masse en dépit du syndicat, et des enseignants de Chicago se sont opposés à un accord pourri soutenu par le syndicat. Il y eut aussi une vague de grèves étudiantes à Detroit, Chicago et Boston.

Plus tôt ce mois-ci, des centaines de travailleurs de Honeywell ont rejeté « la dernière, meilleure et ultime » offre contenant des reculs massifs sur les soins de santé par neuf voix contre une dans les usines de South Bend (Indiana) et Green Island (New York). L'UAW a forcé les travailleurs à continuer à travailler après la fin du contrat, prolongé jusqu’au 3 mai, permettant au plus grand fabricant mondial de pièces détachées aéronautiques, de lockouter les travailleurs et de faire intervenir l’entreprise de briseurs de grève malfamée Strom Engineering.

Quatre cents travailleurs sont en grève depuis deux semaines chez Triumph Composite Systems à Spokane (Washington), un autre fournisseur de pièces pour Boeing, après avoir rejeté massivement un ultimatum de l’entreprise. Le syndicat métallurgiste International Association of Machinists (IAM) qui a fait passer en force la prolongation d’une convention collective vieille de huit ans couvrant 25.000 travailleurs de Boeing en 2014, par une marge de moins de 400 voix, et s’efforce maintenant d’isoler les travailleurs de Spokane.

Cinq mille travailleurs des quatre grands magasins Macy de New York et Manhattan ont voté la grève jeudi dernier pour le 15 juin, date de fin de leur contrat. Les travailleurs se battent contre les attaques sur leurs soins de santé, leurs salaires et leur droit de refuser de travailler les jours fériés. Des milliers de travailleurs de Kroger, la plus grande chaine de magasin d'épicerie traditionnelle aux États-Unis, ont également voté la grève dans 41 magasins en Virginie, au Tennessee et en Virginie-Occidentale à moins que l'entreprise n’offre de meilleures pensions et prestations de santé pour les retraités. Le syndicat UFCW du commerce d’alimentation les a forcé à continuer de travailler après l’expiration de leur contrat le 8 mai.

Deux milliers de pilotes de cinq compagnies de fret contractées par DHL Express ont voté la grève dans cette entreprise allemande de livraison de colis, basée en Allemagne, parce que leurs salaires sont inférieurs à ceux des travailleurs des entreprises concurrentes UPS et FedEx. Dans l’intervalle, des milliers de pilotes et de mécaniciens d'UPS pourraient faire grève après près de trois ans d’une médiation fédérale.

Des centaines de milliers d'autres travailleurs chez United Airlines, Costco, Safeway et les supermarchés Albertson arrivent en fin de contrat. Au Canada, quelque 23.500 ouvriers horaires de Ford, General Motors et Fiat Chrysler Canada arrivent en fin de contrat à la mi-septembre.

Dans les élections américaines, la radicalisation des travailleurs et des jeunes s’exprime dans le large soutien pour Bernie Sanders, qui a centré sa campagne sur l'inégalité sociale et l’opposition à la « classe des milliardaires. » Le rôle de Sanders cependant, a été d'essayer de canaliser le sentiment anti-capitaliste croissant derrière le Parti démocrate qui, sous le gouvernement Obama, a supervisé un transfert historique de la richesse de la classe ouvrière vers l'élite patronale et financière.

Le Parti de l'égalité socialiste participe à l'élection présidentielle américaine afin d’unifier toutes les sections de travailleurs dans une contre-offensive industrielle et politique. Nous appelons à la formation de comités de la base, indépendamment des syndicats pro-capitalistes et nationalistes, afin de lutter pour des actions communes pour défendre les travailleurs de Verizon et d'AT&T et d'organiser une offensive conjointe contre l'attaque des emplois, des avantages et des conditions de travail.

Les travailleurs ont avant tout besoin d'une nouvelle direction révolutionnaire, le Parti de l'égalité socialiste, pour transformer ces luttes en combat politique conscient contre le système capitaliste, la cause fondamentale de l' inégalité sociale, de la guerre et de la marche vers la dictature.

(Article paru en anglais le 24 mai 2016)