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Trump et le Parti démocrate

Par Patrick Martin
22 mars 2016

Alors qu’Hillary Clinton prend sur le sénateur du Vermont Bernie Sanders une avance de plus de 300 délégués, la course à la nomination présidentielle démocrate touche à sa fin. Soit avant, soit pendant la convention, Sanders lui concédera probablement la nomination et exhortera ses partisans à soutenir l'ancienne secrétaire d'Etat comme il l'a promis dès le début de sa campagne.

Avec Clinton comme candidate, l'amie multi-millionnaire de Wall Street, le Parti démocrate fera campagne cet automne en tant que parti du statu quo; sa candidate est un pilier de longue date de l'Etat ayant des liens étroits avec l'appareil militaire et de renseignement. Clinton se

présentera comme la continuation de la politique du gouvernement Obama, concédant essentiellement les mécontents économiques au démagogue milliardaire Donald Trump qui jouit d'une large avance dans la course à la nomination républicaine.

Les partisans du Parti démocrate se préparent à la prochaine étape en jetant les bases d'une campagne du « tout sauf Trump ». Leur but est de masquer le rôle du Parti démocratique dans la création des conditions sociales que Trump cherche à exploiter.

Le caractère de parti du statu quo des démocrates a été résumé par le président Obama dans sa réaction aux chiffres de l'emploi en mars publiés par le Département américain du Travail. « Les faits ne mentent pas, » s'est-il félicité. « L'Amérique est sacrément grande en ce moment. » Obama faisait une allusion, sarcastique bien sûr, au slogan de la campagne Trump,

« Rendre à l'Amérique sa grandeur ».

La « grande » Amérique dont se vante Obama cependant est une Amérique où la crise sociale s’aggrave. Le taux de chômage réel reste à deux chiffres, si on inclut les travailleurs découragés et involontairement à temps partiel. Les salaires réels des travailleurs de base stagnent depuis des décennies. La pauvreté, le recours aux bons alimentaires, les sans-abri et d'autres indices de misère sociale sont élevés et en hausse. Les services sociaux comme l'éducation et les soins de santé se détériorent, l'infrastructure physique s'effondre et il y a un assaut frontal contre les retraites et les autres prestations sociales.

La capacité de Trump à gagner un soutien large est généralement présentée par les partisans du Parti démocrate dans les médias comme une conséquence du racisme irrémédiable des travailleurs blancs. S’ils reconnaissent la crise sociale sous-jacente, c'est pour cacher le rôle du Parti démocrate et du gouvernement Obama.

Le commentaire la semaine dernière de Paul Krugman, un défenseur de longue date du gouvernement Obama, est typique. Krugman argumente contre les républicains anti-Trump qui affirment qu'il n'y a pas de base sociale à la colère des travailleurs blancs. Il pointe des articles récents qui documentent la forte hausse de la mortalité et d'autres signes de détresse chez les Américains blancs d'âge moyen. « [L] élite républicaine ne peut pas accepter la vérité », écrit Krugman. « Elle est trop attachée à une intrigue genre roman d'Ayn Rand, créateurs d'emplois héroïques contre parasites, pour n'admettre ni le fait que l'économie des retombées ne parvient pas à fournir de bons emplois, ni que parfois l'aide gouvernementale est une bouée de sauvetage cruciale ».

Notamment absente de l'analyse de Krugman est toute mention du rôle du Parti démocrate dans la création d’une catastrophe sociale touchant la classe ouvrière tout entière, quelque soit l’ethnie. Les régions où Trump a été en mesure de gagner du soutien sont celles dévastées par des décennies de désindustrialisation supervisée par les démocrates et les républicains, avec la complicité des syndicats.

Obama, le candidat de « l'espoir et du changement », a renfloué Wall Street au détriment des travailleurs américains, a étendu les guerres et les attaques sur les droits démocratiques du gouvernement Bush, et a présidé à la détérioration continue des conditions de vie de la grande majorité des travailleurs.

Krugman omet également de mentionner le large soutien chez les travailleurs blancs pour un Sanders qui s'auto-proclame « socialiste démocratique » et a initialement axé sa campagne sur l'énorme croissance de l'inégalité sociale et les dangers pour la démocratie posés par la domination de la société américaine par la « classe des milliardaires ».

Nonobstant la fixation des médias sur Trump dans cette élection et leur affirmation incessante qu’il est devenu la voix « de la classe ouvrière blanche », plus de travailleurs blancs ont voté pour Sanders que pour Trump, au moins dans les États du Nord où Sanders a été le plus efficace contre Clinton. Sanders a remporté plus de voix que Trump, et dans de nombreux cas sensiblement plus de votes, dans l'Illinois, l'Iowa, le Kansas, le Massachusetts, le Michigan, le Minnesota, le New Hampshire, la Caroline du Nord, l'Oklahoma et le Vermont.

Ce soutien à Sanders chez les travailleurs blancs est ignoré car il ne correspond pas à la nature politique d’un Parti démocrate qui a tenté, par diverses formes de politique identitaire, de forger une alliance entre le un pour cent le plus riche et des sections de la classe moyenne.

Le rôle essentiel de Sanders a été d'empêcher le sentiment anti-capitaliste croissant de se libérer de la camisole de force politique du Parti démocrate.

La campagne anti-Trump des démocrates et de leurs partisans de la pseudo-gauche sera adaptée à ce même but: bloquer un mouvement indépendant, politique socialiste de la classe ouvrière, la seule base sur laquelle le danger posé par Trump peut être combattu avec succès. Leur « tout sauf Trump » se résume essentiellement à un « tout sauf le socialisme ».

(Article paru en anglais le 21 mars 2016)