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Referendum du ‘Brexit’ au Royaume-Uni

La campagne nationaliste de la pseudo-gauche pour une sortie de l’UE

Deuxième partie

Par Chris Marsden
23 mars 2016

Voici la deuxième partie d’un article en deux parties. La première partie a été publiée ici.

En juin 2015, le Secrétaire général du Parti socialiste (SP), Peter Taaffe, a soulevé la question de brider l’immigration comme un élément central dans son argument en faveur d’un vote pour quitter l’Union européenne (UE).

Citant « la peur et le ressentiment que les ressources limitées dans le logement, l’éducation et les services de santé ne suffiraient plus si une nouvelle vague d’immigrants arrive en Grande-Bretagne. » Il se plaignait que : « même la tentative de Cameron de limiter l’immigration polonaise en Grande-Bretagne a été platement rejetée par le Premier ministre polonais, Ewa Kopacz » qu’il a critiqué pour être « trop heureuse de pouvoir continuer à ‘exporter’ ses problèmes… »

Au milieu de ces commentaires, Taaffe fait un appel en demi-teinte pour « une action commune à travers les frontières nationales, ainsi que dans les nations » pour empêcher les patrons « d’exploiter et de profiter des divisions au sein de la classe ouvrière. » Mais même alors, il offre la consolation que cela signifierait, « de nombreux travailleurs choisiraient de retourner dans le pays dont ils ont été contraints de s’en aller… »

Taaffe écrit non comme un socialiste, mais en tant que défenseur vulgaire du syndicalisme. Il voit l’intégration sans précédent de la vie économique et de la classe ouvrière elle-même non comme une impulsion pour poser de plus en plus concrètement de la nécessité d’un parti socialiste et internationaliste, mais comme une menace pour les relations économiques nationales existantes entre les syndicats et les employeurs – le marché du travail est inondé de travail bon marché, donc l’immigration doit être découragée.

Le SP n’écrit plus en tant que participants, avec le Syndicat du rail, des transports maritimes et du transport routier (RMT) dans le front électoral « No2EU. » L’organisation semble avoir disparue et a été supplantée par les Syndicalistes contre l’Union européenne (TUAEU). La raison en est que le RMT est en bonne voie de s’affilier à nouveau au Parti travailliste, sur la base que l’élection de Jeremy Corbyn comme chef l’a restauré supposément comme un véhicule politique pour la classe ouvrière. Abandonné par ses anciens alliés, et avec la majeure partie des syndicats qui prennent une position pro-UE aux côtés de Corbyn, le SP soutient néanmoins que les syndicats pourraient même maintenant empêcher que la campagne pour « Sortir » soit « dominée par la droite réactionnaire. »

« Les syndicats ont toujours la possibilité de se mettre à la tête d’une campagne pour “Sortir” de la part de la classe ouvrière qui pourrait transformer la situation en Grande-Bretagne », écrivent-ils, en demandant que les syndicats soient à l’honneur dans la construction d’un « parti indépendant, avec des politiques socialistes et une position internationaliste claire, pour vaincre les politiciens pro-capitalistes, « au pays » autant qu’à Bruxelles. »

C’est une fraude politique. Les syndicats ont passé la meilleure partie de quatre décennies imposant défaite après défaite à la classe ouvrière afin de défendre le capitalisme et les intérêts nationaux de l’impérialisme britannique. Les divisions entre les syndicats ne sont pas entre « gauche » et « droite ». Ceux que le SP critique, comme Unison, font valoir que les intérêts de la Grande-Bretagne sont mieux servis au sein de l’UE tandis que ceux auxquels il est allié, comme le RMT, plaident en faveur de la souveraineté nationale tout en s’opposant à la main-d’œuvre étrangère pour avoir sapé le pacte national qu’ils avaient conclu avec les employeurs. Les deux fractions et les deux positions sont entièrement hostiles aux intérêts de la classe ouvrière.

La perspective du Parti ouvrier socialiste (SWP) est seulement une version plus déguisée de la même ligne nationaliste et met l’accent sur la possibilité d’assurer la défaite de Cameron qui, selon leurs dires, ouvrirait la voie à l’élection d’un gouvernement travailliste dirigé par Corbyn.

« Il n’est pas trop tard pour que Jeremy Corbyn du Parti travailliste ignore la pression de la droite, et lance une campagne pour une “Sortie” de gauche. Ce serait condamner Cameron à la défaite », écrivent-ils. Encore une fois, la position pro-capitaliste de la bureaucratie du travail et des syndicats n’est traitée que comme une regrettable erreur.

Dans un essai du 23 février prétendant développer : « Le cas internationaliste contre l’Union européenne », le leader du SWP, Alex Callinicos, se plaint que : « désastreusement, une partie de la gauche radicale en Grande-Bretagne relie l’opposition à l’UE à un rejet de l’un de ses principes clés : la libre circulation des travailleurs. »

Cela fait, il parvient à critiquer Taaffe et le SP sans mentionner une seule fois la position prise par le RMT à cet égard. La seule critique implicite des syndicats est au moyen d’un détour historique au référendum sur l’adhésion continue de la Communauté économique européenne (CEE) de la Grande-Bretagne en 1975.

Callinicos écrit : « Le principal conservateur anti-CEE en 1975 était le démagogue raciste, Enoch Powell, qui a rompu avec son parti au sujet de la CEE lors des élections générales en février 1974 », mais le « soutien le plus puissant est venu de l’aile gauche des ministres du gouvernement – Michael Foot, Tony Benn, Peter Shore et Barbara Castle – et les syndicats de gauche tels que le Syndicat des travailleurs généraux et de transport (TGWU). »

« La base de cette alliance était inévitablement nationaliste », admet-il. « Benn, Foot et Powell ont communément dépeint la CEE comme une menace à la souveraineté du parlement britannique. »

Ceci est facilement excusé par la simple affirmation que : « pour la gauche du Parti travailliste, cette critique nationaliste mêlée à la crainte que les restrictions impliquées à la souveraineté de l’État dans l’adhésion CEE empêchent la poursuite des politiques socialistes. »

Callinicos accepte volontiers les panacées protectionnistes adoptées par Benn et Cie en tant que politiques socialistes parce qu’il est trop marié lui-même à un programme nationaliste. Appelant à un vote pour la ‘Sortie’ « ne signifie pas que nous devrions tout simplement rejeter les craintes généralisées que s’opposer à l’UE représente un repli nationaliste », dit-il. Mais, « Stratégiquement, le problème est que depuis les années 1980, et encore plus depuis la crise de la zone euro, un régime néolibéral à l’échelle européenne est en cours de construction. Casser cet élan est plus susceptible de se produire au niveau national. Baser une résistance réussie sur un mouvement coordonné au niveau de l’UE c’est de reporter cette résistance indéfiniment. »

Neil Davidson était, jusqu’à une récente scission, l’un des principaux théoriciens du SWP et partage toujours ses perspectives essentielles. Dans « Un argument socialiste pour quitter l’UE », il expose une argumentation plus explicitement nationaliste que Callinicos, saluant la possibilité supposée de réformer l’État-nation, et la Grande-Bretagne en particulier, contrairement aux structures « supranationales » de l’UE. Il écrit :

« Les États capitalistes sont des structures permanentes jusqu’à ce qu’ils soient renversés, même si elles peuvent adopter de politiques différentes selon les partis politiques ou coalitions qui supervisent l’appareil à tout moment… En fait, derrière la façade de la continuité, l’État britannique a été l’un des états les plus flexibles et adaptatifs dans l’histoire du capitalisme et a toujours concédé des réformes quand il était obligé, ce qui est une des raisons pour lesquelles il a réussi à survivre pendant si longtemps. »

La référence blasée de Davidson au renversement des États capitalistes n’a rien à voir avec le programme réel qu’il avance. Sa défense d’un vote pour “Sortir” s’est fondée sur une déclaration de soutien à la « structure permanente » de l’État et de son renforcement, qui découle de son plaidoyer en faveur d’une Écosse capitaliste indépendante, par une rupture constitutionnelle négociée avec le Royaume-Uni, qu’il espère dans la foulée d’un “Brexit” possible de l’UE.

À l’opposé de la pseudo-gauche, le Parti de l’égalité socialiste intervient dans la campagne référendaire afin de clarifier les questions historiques et programmatiques fondamentales soulevées par la lutte contre l’austérité, le militarisme et la guerre. C’est le contraire de l’utilisation des phrases socialistes pour dissimuler les réalités politiques de la campagne pour “Sortir”, notamment de la part des syndicats.

La classe ouvrière doit établir son indépendance de toutes les fractions de la bourgeoisie britannique, basée sur l’adoption d’un programme socialiste et internationaliste. Le vote de “Sortir” et le vote de “Rester” sont des options dans ce référendum toutes deux dominées par les forces de droite, anti-classe ouvrière, anti-migrante et pro-capitaliste et ceci n’est pas modifié d’un iota par le camp derrière lequel les divers représentants de la bureaucratie du Parti travailliste des syndicats et de leurs organisations s’alignent. Les syndicats prennent leur position sur la base de l’État-nation et du capitalisme. La classe ouvrière doit chercher à dépasser la division nationaliste de l’Europe et du monde à travers la révolution socialiste.

Les États-Unis socialistes d’Europe sont la seule forme concevable par laquelle la classe ouvrière peut exercer son propre pouvoir dans les conditions du caractère intégré de la production à travers le continent et dans le monde. Cela ne peut venir ni par la réforme de l’UE ni en tant que sous-produit de sa fracturation nationaliste. Il faut l’unification politique consciente de la classe ouvrière, sous la direction du Comité international de la Quatrième Internationale. Telle est la signification de l’appel lancé par le Parti de l’égalité socialiste pour un boycott actif du référendum sur le Brexit. Il fournit un moyen par lequel les travailleurs les plus clairvoyants et les jeunes peuvent déclarer leur opposition à l’UE capitaliste et la division nationaliste du continent et pour une alternative socialiste.

(Article paru d’abord en anglais le 19 mars 2016)

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[2 mars 2016]