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Les manifestations anti-Trump se répandent, les démocrates tentent de contenir l’opposition

Par Barry Grey
18 novembre 2016

Les manifestations contre le gouvernement Trump en formation ont continué à se répandre aux États-Unis mercredi. Les lycéens et les jeunes sont passés au premier plan dans le mouvement anti-Trump, sortant de leurs établissements pour exprimer leur opposition aux plans d’expulser des millions d’immigrés et à la désignation par Trump du provocateur fasciste Stephen Bannon comme son principal conseiller politique et stratège.

Mercredi, des élèves d’au moins six lycées et des étudiants de deux universités du comté de Miami-Dade, en Floride, ont demandé à ce que leurs communautés soient déclarées « villes-sanctuaires », où les autorités refuseraient d’ordonner l’expulsion des immigrés. Les élèves de deux écoles secondaires de San Diego ont également quitté les classes. Cela fait suite à des mouvements plus tôt cette semaine de milliers de lycéens et d’étudiants à Washington, D.C., New York, Seattle, Los Angeles, Denver et d’autres villes.

Ces manifestations soulignent le développement d’un important mouvement politique aux États-Unis. Une génération entière de la jeunesse est radicalisée par l’arrivée au pouvoir du gouvernement le plus à droite de l’histoire américaine.

Depuis qu’il a perdu le vote populaire par plus d’un million de voix tout en gagnant le vote du Collège électoral la semaine dernière, Trump a réaffirmé sa guerre contre les immigrés, a promis de nommer au siège vacant de la Cour suprême un zélateur anti-avortement et a clairement indiqué qu’il va remplir son cabinet de réactionnaires sécuritaires et de bellicistes.

Face à l’opposition croissante à Trump, les hauts responsables du Parti démocratique continuent à prêcher l’accommodement et l’unité. Le sénateur nouvellement élu et chef de la majorité Charles Schumer a déclaré mercredi que les démocrates du Sénat étaient « prêts à se tenir côte à côte avec les républicains qui travaillent avec le Président élu sur les questions où nous sommes d’accord ».

Le vice-président Joe Biden a donné tout son soutien à l’administration entrante, disant aux journalistes mercredi, après avoir rencontré le vice-président élu Mike Pence, qu’il était « confiant que dès le premier jour, tout sera entre de bonnes mains ». Biden a déclaré qu’il serait disponible « à tout moment » pour conseiller Pence après son entrée en fonction.

Hillary Clinton, lors de sa première apparition publique depuis son discours de concession la semaine dernière, a parlé pendant 20 minutes à une conférence du Children's Defense Fund sans mentionner ni Trump ni les manifestations de masse contre lui.

En même temps, une partie de la direction du Parti démocrate fait des critiques de Trump dans une tentative de restaurer la crédibilité brisée du Parti démocrate et de contenir la croissance de l’opposition sociale. De façon prévisible, cet effort est mené par le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, et la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren.

Sanders a appelé à une réévaluation fondamentale du Parti démocrate et a prononcé ce qui a été présenté comme un discours important sur l’administration entrante de Trump mercredi soir à l’Université George Washington. Ce discours s’est avéré être une élaboration des déclarations conciliantes qu’il avait faites au cours du week-end.

Sanders a énuméré une série de promesses démagogiques que Trump a faites pendant la campagne pour capturer les voix des travailleurs en difficulté économique, et a dit que c’était toujours une question ouverte de savoir si Trump les honorerait.

« La première chose qui sera résolue », a-t-il déclaré, « c’est s’il est hypocrite ou sincère, et nous le verrons bientôt ». Comme s’il y avait un doute que le nouveau gouvernement intensifiera les attaques contre la classe ouvrière !

« Ce que vous verrez sur le Capitole, ajoute-t-il, c’est que beaucoup de démocrates seront prêts à travailler avec M. Trump s’il se montre sincère au sujet des promesses qu’il a faites ».

Warren, pour sa part, a envoyé une lettre à Trump datée mardi le critiquant pour avoir rempli son équipe de transition de banquiers et de personnages de Wall Street. Elle a écrit : « Le peuple américain veille pour voir si vous étiez sincère dans vos promesses de campagne de servir les intérêts des familles de travailleurs, plutôt que les intérêts des riches et puissants. Maintenant, il est temps de respecter ces promesses ».

L’indignation de Warren vis-à-vis de Wall Street est sélective. Seulement quelques jours plus tôt elle faisait des discours de campagne pour Clinton, candidate multi-millionnaire qui a reçu la majeure partie du financement de sa campagne de Wall Street et a reçu des dizaines de millions de dollars en honoraires comme conférencière pour les grandes banques.

Ni Warren, ni Sanders n’ont mentionné les manifestations anti-Trump qui ont lieu à travers le pays.

Dans la mesure où il y a un vrai contenu dans les propositions de Sanders et de Warren visant à travailler avec l’administration Trump, censées améliorer le sort des travailleurs, il est en accord avec le programme de nationalisme économique et de guerre commerciale de Trump, avec lequel la bureaucratie syndicale s’est également déjà solidarisée publiquement. Il s’agit d’une politique réactionnaire visant à opposer les travailleurs américains aux travailleurs d’autres pays et à les aligner derrière leurs « propres » patrons.

Ce cabotinage creux est conçu pour désarmer politiquement la classe ouvrière et la jeunesse quant aux dangers immenses auxquels elles sont confrontées par un gouvernement Trump et, surtout, pour maintenir l’opposition et la protestation sociales dans les limites du Parti démocrate.

Les travailleurs et les jeunes ne doivent plus se laisser berner ! Dans les primaires du Parti démocratique, Sanders a remporté les votes de millions de travailleurs et de jeunes en raison de ses appels à une « révolution politique » contre la « classe milliardaire ». Comme l’a prévenu le WSWS, Sanders ne parlait pas pour les intérêts de la classe ouvrière, mais pour une section de la classe dirigeante qui cherchait à détourner la colère contre la baisse des niveaux de vie et l’augmentation des inégalités économiques et pour que cela ne prenne pas une forme politiquement indépendante et anticapitaliste.

En soutenant Clinton, la préférée de Wall Street, Sanders a fait en sorte que le sentiment anti-establishment parmi de grandes sections de travailleurs soit capturé par la droite. Maintenant, au fur et à mesure que l’opposition se développe contre Trump, Sanders est de nouveau appelé à piéger l’opposition.

Fait significatif, Sanders a été promu à la direction du groupe démocrate au Sénat. Warren, déjà dans la direction, a été élevée au rôle de coprésidente. Le Parti démocrate cherche à se donner un lifting même quand il vire à droite.

Toutes les tentatives de présenter ce parti de Wall Street et du complexe militaire et des renseignements comme pouvant être « poussé à gauche » et contraint à servir les intérêts des travailleurs sont frauduleuses. La leçon la plus fondamentale et la plus critique de l’élection de Trump est la nécessité urgente pour la classe ouvrière et les jeunes d’effectuer une rupture complète avec le Parti démocrate et de prendre la route de la lutte politique indépendante contre le système capitaliste que défendent les deux partis.

(Article paru en anglais le 17 novembre 2016)