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Bernie Sanders déclare sa volonté de « travailler avec Trump »

Par Eric London
12 novembre 2016

Dans la foulée de la victoire électorale de Donald Trump mardi soir, le bureau du sénateur Bernie Sanders a proclamé sa volonté de « travailler avec » Trump une fois qu’il aura pris ses fonctions.

Affirmant que Trump avait « saisi la colère d’une classe moyenne en déclin qui en a marre de l’économie de l’establishment, de la politique de l’establishment et des médias de l’establishment », Sanders a poursuivi en disant :

« Dans la mesure où M. Trump est sérieux quant à l’adoption de politiques qui améliorent la vie des familles des travailleurs dans ce pays, moi et d’autres progressistes sommes prêts à travailler avec lui. Dans la mesure où il poursuivrait des politiques racistes, sexistes, xénophobes et anti-environnement, nous nous y opposerions vigoureusement ».

Dans une entrevue mercredi sur CNN, Sanders a répété ce point, en déclarant qu’il a l’intention de « travailler avec le président Trump sur ces questions où il travaillera de fait pour la classe moyenne et les familles de travailleurs dans ce pays ». S’il est sérieux au sujet de la création d’emplois en Amérique et non en Chine, je vais travailler avec lui », et « J’espère beaucoup qu’il travaillera avec les progressistes pour créer un système fiscal qui demande aux milliardaires et aux multinationales de payer leur part équitable des impôts ».

On pourrait imaginer la réponse du sénateur Sanders à Attila le Hun envahissant l’Europe avec ses hordes mongoles : « Je travaillerai avec vous dans la mesure où vous aiderez le peuple, mais je vais m’opposer à vous quand vous violerez et pillerez ! »

La notion que Trump va faire quelque chose pour « améliorer la vie des travailleurs » est un fantasme. C’est un milliardaire de droite qui s’est engagé à réduire les impôts pour les riches, à éliminer les réglementations sur les entreprises, à réduire les programmes sociaux et à bien d’autres politiques réactionnaires. Le verdict de Wall Street sur une future administration Trump a été fourni jeudi, par les marchés qui sont montés en flèche à des niveaux record.

Voici le résultat de la « révolution politique » de Sanders contre la « classe milliardaire » – une proposition de coopérer avec le fascisant Trump. Dix-huit mois après que Sanders a annoncé sa candidature, sa déclaration sur Trump représente une expérience critique pour la classe ouvrière.

Ce soi-disant socialiste a remporté 13 millions de voix et 23 États dans les primaires du Parti démocrate. Bien qu’il ait obtenu juste un peu moins de la moitié des délégués, Sanders a concédé la nomination à Clinton à Philadelphie et a faussement prétendu que la convention avait ratifié « la plate-forme de parti la plus progressiste de l’histoire ».

En réalité, sa capitulation a été politiquement gratuite – il n’a pas obtenu de concessions de Clinton, qui a ignoré la question de l’égalité sociale lors de sa campagne électorale générale, a mené la campagne électorale la plus à droite et a donne à Trump la possibilité de se présenter comme un adversaire du statu quo.

Dans les semaines et les mois qui ont suivi la convention, Sanders a voyagé à travers le pays admonestant ses anciens partisans qui voulaient voter pour des candidats de partis en dehors du système bipartite, et insistant pour qu’ils soutiennent Clinton, qu’il avait précédemment condamnée comme la candidate de Wall Street.

La volte-face de Sanders par rapport à Trump a été tout aussi rapide que la précédente vers Clinton. Il y a tout juste quelques jours, Sanders insistait qu’un vote pour Clinton était nécessaire parce que « Donald Trump serait un désastre pour l’avenir de ce pays ». Même pas 24 heures s’étaient écoulées depuis que le scrutin était terminé avant que Sanders ait proposé d’aider Trump à imposer ses politiques désastreuses à la classe ouvrière américaine et internationale.

L’engagement de Sanders n’est pas le produit d’une erreur politique ou d’un mauvais calcul. Il révèle plutôt le caractère pro-capitaliste et anti-ouvrier de sa campagne et de toute sa carrière politique.

Dans son engagement de deux paragraphes, le sénateur note sans autre commentaire que « Trump a utilisé la colère d’une classe moyenne en déclin », qui est fatiguée de « voir des emplois décemment payés partir en Chine », entre autres choses. Le langage diplomatique de Sanders révèle les parallèles entre ses propositions et celles de Trump.

Trump et Sanders sont tous deux des nationalistes qui se répandent en injures contre la Chine et d’autres pays pour avoir « volé nos emplois ». Les deux mettent les travailleurs américains en opposition avec les immigrés et accusent ces derniers de faire baisser les salaires. Les deux adoptent un ton vaguement contestataire quand ils parlent du niveau de vie, mais les deux n’ont rien à dire en opposition au système capitaliste ou à la machine de guerre américaine. Sur cette base, Sanders espère que Trump pourrait être « sérieux quant à l’adoption de politiques qui améliorent la vie des familles de travailleurs ».

Dans la mesure où Sanders est prêt à s’opposer à Trump, c’est sur la base très étroite de la politique raciale et environnementale : Si Trump « poursuit des politiques racistes, sexistes, xénophobes et anti-environnement, nous nous y opposerons vigoureusement ».

Mais en promettant son soutien à Trump sur les questions économiques, Sanders ouvre la voie à la capitulation sur les questions les plus fondamentales de droits démocratiques liées à des questions comme l’avortement et le mariage homosexuel. Le fait même que Trump soit élu est la preuve que la défense de ces droits démocratiques ne peut pas être confiée au Parti démocrate, qui fera une volte-face en un clin d’œil sur ces questions si l’opportunisme politique le dicte.

La capitulation rampante de Sanders devant Trump montre le caractère fictif de la démocratie américaine. Du début à la fin, l’élection présidentielle était un ramassis de mensonges et de détours de dix-huit mois visant à tromper la classe ouvrière et à canaliser l’opposition sociale derrière un candidate pro-patronat.

Une cabale de médias et de géants de la finance a accordé ses largesses à hauteur de milliards de dollars pour manipuler l’opinion publique avec des mensonges et de fausses promesses. Les téléspectateurs ont été soumis à un cycle sans fin de couverture sans intérêt du processus électoral par des réseaux dotés de riches experts qui ne savent rien de la réalité sociale aux États-Unis. Tous les points de vue politiques en dehors des campagnes démocrates et républicaines ont été totalement occultés. Il est tout à fait approprié que ce soit Donald Trump qui émerge des cendres de ce spectacle dégradant.

Suite à l’élection de Trump, Sanders et le Parti démocrate feront de nouveau appel aux travailleurs et aux jeunes pour les suivre dans le Parti démocrate et pour s’opposer à la nouvelle administration en formant une opposition loyale. Des sections de l’establishment du Parti démocrate, dirigées par des personnalités comme Sanders et la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren et soutenues par des idiots politiques comme Michael Moore, proclameront que le Parti démocrate « se transforme » et « est poussé à gauche ».

Des mensonges, des mensonges, et encore des mensonges. La débâcle dégradante des 18 derniers mois a prouvé que le système politique américain est organisé pour museler la classe ouvrière et la lier aux partis de ses exploiteurs capitalistes.

(Article paru en anglais le 11 novembre 2016)